Le déballage des réseaux sociaux est-il pervers ?

OPINION : les réseaux sociaux n’impliquent ni de connaître celui qui s’exprime, ni même de savoir avec qui l’on est mis en rapport. Leur prétention à la « transparence » menace de faire éclater la vie en société!

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Le déballage des réseaux sociaux est-il pervers ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 1 août 2021
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Par  Jean-Pierre Chamoux.

Facebook, Twitter ou Linkedin ont profondément transformé les relations humaines. Transmettant à distance l’image, le mouvement, l’écrit et le son, ces réseaux modifient profondément les relations entre les hommes : au contraire des échanges face à face, les réseaux sociaux n’impliquent ni de connaître celui qui s’exprime, ni même de savoir avec qui l’on est mis en rapport. Leur prétention à la « transparence » menace de faire éclater la vie en société!

Le réseau social plonge le nouvel entrant dans un milieu dont les participants lui sont principalement inconnus ; il permet à certains d’escamoter leur identité derrière un pseudonyme qui peut être mensonger ou trompeur . Ces réseaux incitent par contre chacun à dévoiler ingénument son corps et son âme, qui il est, ce qu’il pense, ce qu’il aime ou ce qu’il fait ; et à partager avec des inconnus des pans entiers de sa personnalité !

Car le réseau social érige en système l’exposition de soi; il associe l’impudeur et l’indiscrétion avec une prétendue socialisation ; il pousse chacun à décrire son entourage, ce qui lui est cher, ce qu’il déteste. Chacun croit alors bon de forcer le trait, d’exprimer des vues tranchées, des émotions exagérées. Ce penchant favorise l’exhibitionnisme, encourage la vanité, décourage la mesure, la réflexion, la prudence et la modestie. Est-ce ainsi que l’on maintient la cohésion d’une société ?

Réseaux sociaux : secret ou transparence ? Il faut choisir

Dès l’an 2000, le philosophe Alain Etchégoyen condamnait déjà le « principe de transparence » : c’est un germe d’inquisition diabolique, une imposture contraire aux respectables traditions que sont le secret du confesseur, celui de l’avocat et le serment d’Hippocrate.

La « transparence », disait-il, sape les mœurs qui visent à pacifier les relations humaines et imposent pour cela à chacun de respecter les autres et leur intimité.

Dans la vie publique comme dans la vie privée, ajoutait-il, la modération et la délicatesse permettent de maîtriser l’instinct belliqueux, de contrôler son expression et de limiter le risque de conflit. Ne vaut-il pas mieux, à tout prendre, user d’un langage diplomatique et tolérer ces pieux mensonges que raillaient les esprits forts des XVIII° et XIX° siècles?

Quatre ans plus tard, le bâtonnier Jean-Marie Burguburu appelait lui aussi ses confrères avocats à défendre le secret professionnel qui fonde leur métier. Alain Etchégoyen, alors Commissaire au Plan, renouvela à cette occasion sa critique de la transparence : non, ce n’est pas une « vertu cardinale» ; mais un travers qui détruit la civilité, stimule la défiance entre les hommes et menace nos libertés !

Le grand civiliste Pierre Catala constata, lui aussi, que « le secret régresse » : la sécurité publique grignote le secret professionnel de l’avocat ; la répression de la pédophilie menace le secret de la confession ; la santé publique lève l’anonymat du malade et bafoue le secret médical (sous prétexte) d’observer les patients ! » Quant aux lois Informatique & libertés dont Catala fut l’un des inspirateurs dès 1975, il regrettait déjà que la réforme européenne en affaiblisse sérieusement l’effet: « si la vérité des choses est (sans doute) un progrès, je doute qu’il en soit de même pour la vérité des êtres » !

Qu’en conclure aujourd’hui? Que si la société impose la transparence à tous et classe cet impératif catégorique au dessus de tous les autres, elle cultive de fausses valeurs. Ce qu’avait cyniquement noté Malraux, il y a bien longtemps : « l’homme est ce qu’il cache : un misérable petit tas de secrets ». Entre deux maux, je choisis le moindre: je préfère la vie privée à la transparence inquisitoriale !

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  • Cette critique des réseaux sociaux est du même ordre que celles qui ont été faites en leur temps à l’imprimerie.

    Il serait plus judicieux de s’intéresser à leur modèle économique, qui repose sur une mise en boucle des interactions (comme les moteurs de recherche), et sur une absence de modération (sauf par des robots, avec leurs imperfections).

    • ou de les remettre à leur place.. ils n’ont le pouvoir qu’on leur donne!!!

      les réseaux sociaux ne reflètent pas l’opinion, ne détiennent pas la vérité, ne sont ni neutres, ni objectifs, absolument pas bienveillants, ce n’est pas la vérité qui prévaut mais le nombre..apprenez à les gérer en premier lieu n’en dépendez pas!!! ou CREEZ LE VOTRE!!!!! et surveillez vos gosses…

      tous les gens qui se plaignent de la censure de facebook ou de youtube… font de la pub à facebook et youtube..

    • à vrai dire je ne comprends pas parce que vous voulez dire par regarder leur « modèle économique » , si je n’y trouve pas de connivence..leur modèle économique est leur affaire…
      il y a a des mécanismes connivents..ou tentatives de « régulation » à mon opinion injustifiées.

      mais bon…une gamine se suicide…on suppose du fait du harcèlement sur les réseaux sociaux par d’ autres gamins anonymes… en effet le problème n’est pas réellement les réseaux sociaux…

      • Leur modèle économique consiste à revendiquer une pseudo neutralité liée à leur fonction de canal de diffusion, pour justifier leur absence de modération et se dégager de leurs responsabilités.
        Or ils ne sont pas neutres, puisque leur modèle économique pousse par ailleurs leurs usagers à retomber vers ce qu’ils ont envie de voir, ou vers les milieux qui ne leur apportent aucune contradiction, avec les conséquences que l’on connaît.

        Il me semble donc plus intéressant de s’intéresser à ce modèle économique, plutôt que de donner des leçons de morale aux utilisateurs, comme le font sur ce sujet ce texte et vos interventions.

  • les réseaux sociaux offrent une occasion de jouir du plaisir d’humilier autrui de le dominer sans guère de risque , c’est un outil de normalisation si puissant et étouffant qu’il risque de se bouffer lui même telle la cancel culture..

    que celui qui n’a jamais péché me jette la premiere pierre.

    l’hypocrisie est un défaut mais c’est aussi necessaire à la paix civile.

    le mécanisme qui peut permettre d’éviter l’outrance? se passer des réseaux sociaux autant qu’on le peut.

    le problème c’ets surtout le nombre de personnes qui prétendent à la célébrité..et qui s’exhibent.. et les irresponsables..tel les gosses harceleurs.. les parents irresponsables..

  • « Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées » ( Brassens, 1962 ) A savourer sans modération

  • « L’oisiveté est la mère de tous les vices » disait-on. Les réseaux sociaux dans une certaine mesure flatté une forme d’oisiveté en permettant de jeter en pâture tout en n’importe quoi sans avoir à fournir le moindre effort, celui de réfléchir, de débattre les yeux dans les yeux, de se déplacer, de choisir le les bons mots pour s’exprimer, de construire un argumentaire,… il en résulte donc qu’ils deviennent le support des nombreux vices.

    • pas TOUT et n’importe quoi.. le problème est même à mon opinion à un autre niveau.. les réseaux sociaux sont un levier qui amplifie la criminalisation de la pensée… ou de la haine!!!

      être raciste , homophobe, communiste, ou je ne sais quoi n’est PAS un crime…la confusion est à ce niveau…
      elle n’a pas été crée par les réseaux sociaux..

      si être homophobe était bel et bien un crime..alors ressortir du placard des paroles homophobes pour virer quelqu’un ne serait pas un problème….

      la criminalisation de la mal pensance fait de tous les gens normaux des « criminels. ».. et les réseaux sociaux sont un outil de surveillance de la pensée efficace ……en conséquence tous ceux qui s’y aventurent seront « démasqués » .. ce qui retarde l’apocalypse est le double standard… et la partialité des juges pour le moment de « gauche »..

      le problème principal précède les réseaux sociaux qui en sont un révélateur et un amplificateur , souvenez vous du « il ne faut pas laisser parler le pen » …

  • Les commentaires sont fermés.

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