Liberté et responsabilité : les deux faces d’une même pièce

OPINION : comment avons-nous pu en arriver là, à une société au management paternaliste et quelque peu autoritaire ?

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Liberté et responsabilité : les deux faces d’une même pièce

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 28 juillet 2021
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Par Bernard Marie Chiquet.

Le débat qui anime les conversations autour de la nécessité et la pertinence du pass sanitaire, et au-delà de la nécessité pour tous les Français de se faire vacciner, est pour moi une source de souffrance et d’interrogation. Quel que soit le point de vue que l’on défend, ce débat vient révéler deux visions opposées, contradictoires de notre monde et de notre société.

Théorie X et théorie Y

Un antagonisme qui ne manque pas de rappeler à certains d’entre nous les travaux de Douglas McGregor portant sur les organisations et très utilisés par les professionnels du management. Au travers de ces deux théories, la théorie X et la théorie Y, issues d’une observation empirique, McGregor met en opposition deux visions de l’homme au sein même de l’organisation.

Quand la théorie X postule que l’homme n’aime pas le travail et doit donc être contraint ou récompensé pour se mettre en mouvement, la théorie Y affirme que, pour ce même homme, le travail et les efforts sont naturels, qu’il est capable de progrès.

Alors que la seconde affirme que l’homme a besoin de travailler pour se développer et qu’il est vertueux de laisser les équipes s’auto-organiser, la première prétend que l’homme fuit les responsabilités et ne met son intelligence qu’au service du contournement des règles… X amène au parti pris de la non confiance, Y le pari de la confiance ! Sachant que nos croyances sont auto-réalisatrices, nos organisations créent l’homme qu’elles méritent, X ou Y. L’entreprise FAVI et bien d’autres l’ont largement démontré.

Vous l’avez compris, ma croyance et ma propre expérience vont dans le sens de la théorie Y. Le self-management ne peut se fonder que sur la théorie Y, celle du pari de la confiance. La croyance que l’Homme est bon, une fois rendue explicite au sein de l’entreprise, devient le socle sur lequel peut se mettre en place un véritable cercle vertueux : plus de responsabilité, plus de liberté.

Mais, alors que certaines organisations en démontrent l’efficacité chaque jour, pourquoi, hors de celles-ci, est-ce plutôt la théorie X qui semble vouloir, dans une forme d’inversion des balanciers, s’imposer : moins de responsabilisation, moins de liberté. Quel serait donc le chemin à suivre pour que nos gouvernants et nos sociétés s’inspirent, une fois n’est pas coutume, du monde de l’entreprise, démontrant ainsi que responsabilité et liberté sont, au final, les deux faces d’une même pièce ?

S’inspirer des entreprises « avancées »

Comme moi, nombreux sont ceux qui vivent assez mal les décisions prises par nos gouvernants. Non sur le fond, qui est un autre débat, mais sur la forme qui donne jour à des processus qui sont à des lieux de la responsabilisation des concitoyens.

Notez bien qu’il ne s’agit pas ici de débattre du bien-fondé du pass sanitaire mais plutôt de se questionner sur ce qui doit et de ce qui peut être changé dans la façon dont nous sommes gouvernés. En ce sens, il y a beaucoup à apprendre de centaines d’entreprises dans le monde qui ont adopté une organisation constitutionnelle comme l’holacratie. Un modèle Y basé sur la confiance qui donne envie, responsabilise, et conduit à davantage de liberté.

Disons-le, si le système qui régit nos sociétés aujourd’hui est ce qu’il est, nous en sommes collectivement responsables. Or, sorte de paroxysme de notre situation, la crise sanitaire que nous traversons vient mettre une lumière crue sur les carences du système – au-delà des personnes et des partis politiques – qui nous gouvernent. Contrairement à ce qui se passe dans les entreprises dites avancées en matière d’organisation et de gouvernance, notre société, nos gouvernements s’appuient sur un pouvoir sur plutôt que sur une autorité au service de.

Une situation somme toute assez cocasse lorsque l’on sait que l’organisation constitutionnelle en entreprise se voit à l’origine comme une sorte de transposition de ce qui fait l’autonomie, la responsabilité et le libre-arbitre de chacun dans sa sphère personnelle.

Le paradoxe est que dorénavant notre société semble adopter à l’inverse les canons et les processus qui régissent les organisations conventionnelles basées sur la hiérarchie et l’implicite. Quand je vois la façon dont les gens réagissent aujourd’hui – polarisation des points de vue, état de stress général – je m’aperçois qu’à l’extérieur de l’entreprise, il sont dans des conditions beaucoup moins « soutenantes » en matière de responsabilisation qu’ils ne le sont à l’intérieur, dans une organisation constitutionnelle.

Alors qu’ils sont considérés comme adultes dans l’entreprise, ils sont infantilisés à l’extérieur. L’équilibre, la dynamique semble s’être inversée. Dans notre vie, nous sommes à n’en pas douter, soumis à un pouvoir sur. Une situation qu’on essaie de quitter dans l’entreprise pour aller vers une autorité au service de. Mais si la situation à l’extérieur se confirme, il va être de plus en plus compliqué de changer les choses au sein des entreprises.

De l’intérêt de challenger le management de la crise que nous traversons

Le constat est qu’aujourd’hui de nombreuses personnes sont en friche et préfèrent rester silencieuses. D’abord parce qu’elles ont peur de l’environnement mais aussi de s’exprimer du fait d’une polarisation radicale voire violente des points de vue. La pression sociale atteint des sommets. Désormais, le plus souvent, leurs choix sont faits sous contrainte, soumis à une pression emprunte d’une dose certaine de paternalisme.

Comment avons-nous pu en arriver là, à une société au management paternaliste et quelque peu autoritaire ? Si on tente de prendre un peu de recul, on ne peut que constater que nous sommes désormais, dans l’entreprise, dans un système où on vise la confiance, la responsabilité et, en conséquence, davantage de liberté alors que, dans le même temps, à l’extérieur, nous sommes clairement dans la déresponsabilisation par le management et la restriction des libertés. Une situation encore amplifiée par la grande centralisation qui caractérise notre pays, ainsi que le déficit de confiance accordé à ceux censés nous représenter et agir en notre nom.

L’absence de transparence et l’infantilisation des citoyens viennent renforcer le phénomène. Contrairement à ce qui se passe dans les entreprises « avancées », ici rien n’est fait pour créer des espaces où chacun peut amener ses ressentis, les partager sans être jugé et traverser ses craintes. Ici tout cela est complètement nié, n’est absolument pas géré. Rien n’est donc fait pour générer et libérer cette énergie de responsabilité dont chacun est intrinsèquement porteur.

Force est donc de constater que beaucoup reste à faire pour inverser la dynamique, accompagner le changement et faire face aux crises qui ne manqueront pas de venir après celle que nous traversons. En optant pour une vision humaniste de notre société et de ses enjeux ; en s’interrogeant sur le sens et la raison d’être qui doit être celle de nos états. Avec en ligne de mire cette volonté d’augmenter et de faire circuler l’énergie de responsabilité de chacun et, par voie de conséquence, d’accroître nos libertés. Parce que responsabilité et liberté sont bel et bien les deux faces d’une seule et même pièce !

 

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  • Article intéressant mais très théorique car une entreprise n’est pas une société et vis-versa.

    Le modèle Y (selon la dénomination de l’auteur) se traduira dans une société, par un moindre rôle et moindre pouvoir des gouvernants et administratifs. A l’extrême, ceux-ci deviendraient dépendants du bon vouloir de la population. C’est impensable pour la quasi-totalité de nos gouvernants qui cherchent à sécuriser leur carrière et leurs postes sans parler de la soif de pouvoir qui s’accommode mal d’une limitation quelle qu’elle soit et encore moins quand elle vient « d’en bas ».

    En entreprise, le modèle Y peut fonctionner parce que l’entreprise possède une régulation forte: la possibilité de licencier! Un individu qui a naturellement un comportement X est obligé de s’adapter pour s’intégrer aux autres qui ont adopté un comportement Y ou finit par partir (de lui-même ou forcé). Si les individus X sont nombreux dans une entreprise, l’origine du blocage est vite identifié et solutionnée d’une manière ou d’une autre. Car une entreprise n’est pas une organisation démocratique! Les salariés sont rarement les actionnaires décisionnaires. Ils peuvent donner leur avis et l’argumenter certes, mais cela ne va pas au-delà.

  • D’accord avec le titre.
    Mais quand un pays est dirigé par une bureaucratie, cette pièce n’a plus cour. Elle est remplacée par: clientélisme et infantilisation, pour la plus grande joie des parasites réclamant du pain et des jeux et les collectivistes et leurs apparatchiks.

  • Hum…
    Ni la théorie X ni la théorie Y ne semblent représenter correctement ce que font les gens.
    Dans tous les cas les actions sont jugées, comme les investissements en finance, sur trois dimensions : le coût (immédiat, connu), les bénéfices (décalés dans l’avenir, inconnus et « nets » d’effets négatifs possibles) et le risque (dispersion des bénéfices).

    Personne n’aime travailler « en soi » ou quelqu’action que ce soit. Mais il y a toujours un « prix » auquel on accepte de travailler, pour obtenir une entreprise efficace il faut rémunérer les employés à ce prix (plus est inutile, moins et ils ne travaillent pas… assez).

    Il en va de même pour un soin médical. Si à un « prix » donné les gens ne veulent pas de votre vaccin, il faut modifier l’investissement initial, le risque ou les bénéfices… ou admettre que c’est un mauvais choix et que « bidouiller » les paramètres de la décision conduit au « malinvestissement » et in fine aux crises (théorie autrichienne du cycle).

    En ce moment, le pass sanitaire tente de modifier les « gains perçus » (la liberté d’agir comme on veut) et le risque (baratins sur l’absence d’effets secondaires) pour changer le taux d’actualisation. Le cout initial est déjà « nul » (en fait payé par nos impôts mais c’est déjà fait donc on ne peut plus jouer dessus).

    Le résultat va innévitablement être le même que quand les banques centrales font la même chose sur les monnaies : des décisions d’investissement (de vaccination) qui n’aurait jamais du être prises le seront et un décalage se produira. D’ici peu les gens dont les enfants auront été vaccinés, et qui auront des effets secondaires, les gens qui verront leurs liberté rognée et leurs choix personnels fichés par le gouvernement via le pass, les gens qui auront choisi d’être vaccinés pour (cocher la ou les bonnes réponses) garder leur boulot, pouvoir voyage, pouvoir s’amuser, pouvoir recevoir des procédures médicales importantes… réaliseront qu’en fait ils ont fait le mauvais choix pour eux.

    Et là… LA CRISE (mais dans celle là ce ne sont pas juste des entreprises qui mourront).

  • Dans la vraie vie, il n’y a ni culture d’autorité absolue, ni culture de responsabilité totale (par ex en entreprise), mais toujours des modèles intermédiaires penchant dans un sens ou dans l’autre. La subsidiarité constitue l’un des ces modèles intermédiaires dans lequel une fois déterminé le niveau de responsabilisation optimum qui sera siège de la décision (démocratique), c’est celui-ci qui administre l’ensemble…puisqu’il est le plus efficient. Idem pour le modèle ordolibéral où le pouvoir central établit des cahiers des charges de services pour lesquels des opérateurs privés ont toute responsabilité pour les mettre en œuvre. Ajoutons qu’il n’y a pas de délégation de responsabilité sans contrôle , relevant, même dans des systèmes à forte délégation, de l’autorité centrale.

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