Cuba : la propagande castriste se fracasse sur la réalité

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Les manifestants du 11 juillet ne sont pas descendus dans les rues pour demander la fin de l’embargo américain ou la démission de Joe Biden. Ils ont bravé la police pour obtenir la fin de la dictature castriste.

Par Nathalie MP Meyer.

Ségolène Royal est inhabituellement silencieuse.

À ce jour, pas un seul petit tweet sur les manifestations monstres qui ont secoué Cuba comme jamais le dimanche 11 juillet dernier. Elle qui, dépêchée par François Hollande aux obsèques de Fidel Castro en décembre 2016, voyait en ce dernier « un monument de l’histoire » qui avait permis aux Cubains de récupérer « leur territoire, leur vie, leur destin », n’a-t-elle rien à dire aux manifestants qui sont descendus par milliers dans les rues aux cris de « Liberté ! », « À bas la dictature ! », « Nous n’avons pas peur ! » et « La patrie et la vie ! » par détournement du slogan castriste « La patrie ou la mort » ?

Pour notre gauche française toujours aussi empêtrée dans son surmoi totalitaire, toujours prête à trouver toutes les excuses possibles aux pires dictateurs de la planète pourvu qu’ils soient estampillés « de gauche », malgré les famines, les pénuries, la répression acharnée des libertés, les millions de morts, de déportés et d’emprisonnés qui, de l’URSS à la Chine en passant par l’Afrique, le Cambodge, le Venezuela et Cuba, s’inscrivent systématiquement dans leur sillage révolutionnaire, l’événement est profondément dérangeant. Plutôt se taire. Plutôt faire comme s’il n’existait pas.

Plutôt faire comme si l’actuel homme fort de Cuba, l’apparatchik communiste Miguel Díaz-Canel Bermúdez qui a succédé tout récemment aux frères Castro (photo ci-dessus), n’avait pas purement et simplement ouvert les vannes de la guerre civile en appelant ses partisans à descendre dans la rue pour sauver les fabuleux acquis de la Révolution contre les manifestants relégués au rang de mercenaires des États-Unis, conformément à la rhétorique bien rodée de tous les potentats communistes en proie à la débandade orchestrée par leur propre idéologie :

Estamos convocando a todos los revolucionarios de nuestro país, a todos los comunistas, a que salgan a las calles en cualquiera de los lugares donde se vayan a producir estas provocaciones hoy, desde ahora y en todos estos días. »
Nous appelons tous les révolutionnaires du pays, tous les communistes, à sortir dans les rues où vont se produire ces provocations, dès maintenant et les prochains jours.

Mais de quelle Révolution s’agit-il ? De quel « monument de l’histoire » est-il vraiment question ? Cela vous étonnera peut-être, mais je vais donner la parole à François Hollande. En 2003, bien avant de tomber à son tour dans une admiration lamentablement servile pour El Commandante, il en donnait une description des plus exactes :

La belle révolution de 1959 contre la dictature de Batista, celle qui avait fait lever tant d’espérance au-delà même de l’Amérique latine […], s’est transformée en cauchemar politique : pouvoir personnel, voire familial, refus d’élections libres, censure, répression policière, enfermement des dissidents, camps de travail, peine de mort, bref, l’arsenal complet d’une dictature.

On ne saurait mieux dire. Mais encore faudrait-il préciser qu’en 1957 et 1958, c’est-à-dire juste avant la prise de pouvoir de Fidel Castro, la situation économique et sociale de Cuba n’était pas l’horreur absolue décrite par la propagande castriste pour donner plus de lustre à ses maigres accomplissements.

D’abord, la presse était libre et abondante. Il existait à l’époque 58 quotidiens et 129 magazines alors que ne subsistent aujourd’hui que les deux organes du Parti communiste cubain, Granma et Juventud Rebelde. Toutes les tentatives de presse indépendante sont impitoyablement réprimées et l’accès à internet est coupé dès que la situation politique devient trop irritante pour l’estomac des dirigeants castristes.

Ensuite, Cuba se situait au quatrième rang d’Amérique latine pour l’espérance de vie, le PIB par habitant et le taux d’alphabétisation (76,4 %), ce qui en faisait un pays très comparable à l’Espagne ou l’Italie de l’époque. De plus, son système de santé – dont la légende d’extrême gauche a fait un laurier castriste – était déjà très développé. L’île avait à l’époque un taux de mortalité infantile de 32 ‰, soit l’équivalent de la France.

Le pays restait profondément inégalitaire, mais dans un contexte de prospérité prometteur, tandis que le communisme1 et sa collectivisation des terres et des moyens de production ont rapidement et définitivement plongé les Cubains dans un égalitarisme synonyme de pauvreté, pénuries et coupures d’électricité récurrentes.

Un peu d’histoire :

Arrêté et emprisonné pendant deux ans sous la dictature de Batista, Fidel Castro prend le pouvoir en janvier 1959 suite à une marche de guérilleros menés par Che Guevara sur La Havane. La capitale fait un accueil triomphal au nouveau régime, mais tout va basculer très vite dans le sens d’une dictature soviétophile très éloignée des projets libéraux exprimés avant la prise de pouvoir.

Les partisans de Batista sont fusillés systématiquement, la constitution de 1940 n’est pas restaurée, au profit d’un gouvernement par décrets, et la réforme agraire se transforme en confiscation des terres par l’armée castriste. Peu à peu, tous les démocrates quittent le gouvernement.

La première grande vague d’exils a lieu en 1961. Elle concerne surtout les classes moyennes, mais le monde ouvrier ne sera pas non plus épargné : les syndicats sont marginalisés par noyautage des communistes et Castro parvient à imposer l’interdiction du droit de grève. L’Église catholique avait accueilli avec satisfaction la chute de Batista, mais très vite elle doit se replier sur elle-même car nombre de prêtres sont expulsés, les collèges religieux sont fermés et les revues diocésaines interdites. Le monde artistique sera touché de la même façon.

La thèse de Castro est simple comme le totalitarisme : « Dans la Révolution, tout, en dehors, rien. » La dictature est en place et elle a son Saint-Just en la personne de Che Guevara, être froid et sectaire, convaincu que « la solution des problèmes de ce monde est derrière le rideau de fer. » C’est lui qui met en place dès 1960 le premier camp de travaux forcés et qui aime assister aux exécutions des opposants en fumant un cigare. Guevara sera aussi ministre de l’Économie à laquelle il ne connaît rien. Il finira par ruiner la banque centrale cubaine. Au total, plus de cent mille Cubains ont connu les camps ou les prisons, et de 15 000 à 17 000 personnes ont été fusillées.

Voilà la belle « Révolution » que Miguel Díaz-Canel entend protéger et prolonger.

Quitte à faire porter la faute de l’échec cubain sur l’ennemi extérieur de prédilection de tous les régimes communistes, c’est-à-dire les États-Unis. On se rappellera par exemple que si la RDA s’est vue contrainte de construire un « mur de protection antifasciste » au prétexte de se protéger des agressions de l’Occident, il s’agissait en réalité de mettre un terme à la fuite massive de ses citoyens vers l’Allemagne de Ouest.

De la même façon, il faudrait croire maintenant que tout irait merveilleusement bien à Cuba si l’impérialisme américain n’était pas le moteur contre-révolutionnaire qui pourrit les rues du pays depuis le 11 juillet et s’il n’imposait pas un « bloqueo » (blocus) qui asphyxie complètement l’île depuis bientôt 60 ans :

[Traduction : Les Cubains savent parfaitement que le gouvernement américain est le principal responsable de la situation actuelle à Cuba. #Cuba et ses rues appartiennent aux révolutionnaires.]

[Traduction : Alors que les États-Unis tentent de nous étouffer avec un blocus insensé, le noble travail des brigades médicales « Henry Reeve » a permis de diffuser la solidarité de #Cuba à travers les continents et de sauver des vies. Fin du blocus ! C’est aussi un virus !]

Or il n’y a pas de blocus à Cuba. Il y a un embargo américain qui fait que l’île peut commercer avec tous les pays qu’elle veut sauf avec les États-Unis et dans toutes les monnaies qu’elle veut sauf en dollars américains.

Ce qu’elle ne se prive pas de faire : selon les chiffres de l’Ambassade de France à La Havane, les échanges commerciaux de Cuba avec le reste du monde se sont montés en 2019 à l’équivalent de 12 milliards de dollars (10 milliards d’importations et 2 milliards d’exportations), ses cinq premiers partenaires étant le Venezuela, la Chine, l’Espagne, le Canada et la Russie.

Et encore l’embargo s’est-il fortement allégé depuis le début des années 2000 puisque le commerce des aliments et des médicaments avec Cuba est maintenant autorisé. Il en résulte qu’aujourd’hui, ce que mangent les Cubains provient à 80 % des États-Unis. Un intéressant article du quotidien Libération (cité plus haut sur la situation en 1958) nous indiquait que déjà en 2009, Cuba importait 84 % de ses denrées alimentaires et que les États-Unis étaient devenus le premier fournisseur de nourriture du pays.

Il y a bien asphyxie de l’économie cubaine, mais elle n’est pas à rechercher ailleurs que dans ce que les Cubains eux-mêmes appellent le « blocus interne », c’est-à-dire l’échec économique, social et bureaucratique qui ponctue dramatiquement toutes les expériences de « socialisme réel » sans exception. Cuba a pu profiter pendant un temps de l’aide de l’URSS devenue Russie, puis de celle du Venezuela, notamment pour les hydrocarbures, mais les mêmes causes produisant les mêmes effets, ces deux pays fondés sur le même régime de collectivisation forcée et de suppression des libertés individuelles n’ont plus été en mesure de compenser la faillite cubaine.

Ils ont néanmoins été parmi les premiers à soutenir Cuba dans la crise récente et à réclamer la fin du « bloqueo » américain, suivis rapidement par la Chine et tous les pays « frères » d’Amérique latine comme la Bolivie et le Mexique. Pas de quoi s’étonner, l’hypocrisie, la brutalité et la désinformation forment la marque systématique et indélébile des régimes politiques déficients. Du reste, les flux migratoires rétablissent clairement la réalité : ce sont bien les Cubains, les Vénézuéliens, les Allemands de l’Est, etc. qui ont cherché ou cherchent encore à quitter massivement leur pays, souvent au péril de leur vie.

Aussi, ne nous y trompons pas. Les manifestants du 11 juillet ne sont pas descendus dans les rues pour demander la fin de l’embargo américain ou la démission de Joe Biden. Ils ont bravé la police du régime pour obtenir la fin de la dictature castriste et accéder à toutes les libertés publiques. C’est bien le communisme et lui seul qui est en cause. Les Cubains, citoyens experts en dictature depuis six décennies, n’en veulent plus.

Sur le web

  1. Source : Le livre noir du communisme, Cuba : l’interminable totalitarisme tropical, par Pascal Fontaine, Éditions Robert Laffont, Collection Bouquins.
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