Une méconnaissance du libéralisme en France

New York - Atlas Statue By: Alonso Javier Torres - CC BY 2.0

La confusion qui s’est installée entre le libéralisme classique et le liberalism au sens américain du terme est réelle.

Par Alexandre Massaux.
Un article de l’Iref-Europe

En novembre 2020 est paru, pour L’Opinion et la Fondation Concorde, un sondage IFOP sur la popularité d’un certain nombre de valeurs, dont le libéralisme, auprès des Français.

Les résultats sont étonnants : ils montrent une confusion générale sur le libéralisme et une perception négative, souvent illogique, de certains éléments majeurs liés à cette philosophie, entretenue à bien des égards par les faiseurs d’opinions. Une tendance d’autant plus inquiétante que le pays traverse une crise profonde qui va être récupérée par les étatistes de tous bords.

Des paradoxes dans la perception par la population française

Selon le sondage, 55 % des Français disent aimer le libéralisme et 56 % l’économie de marché. Pourtant, seulement 28 % approuvent le capitalisme, 34 % la mondialisation et 35 % les privatisations. S’il est possible d’avoir du capitalisme sans libéralisme, par exemple du capitalisme de connivence comme en Russie ou un capitalisme contrôlé comme en Chine, le libéralisme ne peut pas exister sans le système capitaliste.

Des valeurs comme l’initiative (92 %) et le mérite (91 %) sont plébiscitées, tout comme l’entreprise (83 %) et l’auto-entreprenariat (79%), mais les services publics le sont aussi avec 74%. Si ce dernier point peut être interprété comme un soutien aux fonctions régaliennes de l’État qui font partie d’un pays libéral, la vision de l’État par la population française est là aussi paradoxale.

L’État évoque quelque chose de positif pour 58 % des Français, soit un peu plus que le libéralisme, mais l’État-providence est globalement rejeté avec uniquement 36 % de la population jugeant cette valeur positive. Pourtant, 50 % des Français voudraient que l’État intervienne davantage dans l’économie et 32 % souhaitent que le niveau d’interventionnisme actuel se maintienne.

Un résultat incohérent compte tenu que le système actuel français est déjà cet État-providence qu’ils rejettent, comme en témoigne le taux des prélèvements obligatoires dans le PIB, le plus élevé de l’OCDE.

Une vision plus proche du libéralisme américain que du libéralisme classique

On peut en partie expliquer ces résultats, en apparence paradoxaux, par la confusion qui s’est installée entre le libéralisme classique et le liberalism au sens américain du terme.

Comme le rappelait Alain Laurent dans son livre paru en 2006 Le libéralisme americain : Histoire d’un détournement, le liberalism s’est écarté du sens originel pour se rapprocher des idées socialistes, devenant un synonyme de social-démocratie.

Le liberalism se montre plus que sceptique envers la suprématie de l’individu, préférant une démarche plus collectiviste. Cela se traduit par un interventionnisme et un poids étatique dans la sphère économique et sociale qui peuvent se révéler extrêmement importants ; le New Deal du président Franklin Roosevelt avait augmenté l’impôt sur le revenu jusqu’à un taux de 75 % pour les personnes gagnant plus de 500 000 dollars.

Ce liberalism s’oppose donc au libéralisme classique que l’on peut qualifier d’authentique, qui, lui, prône la propriété privée, une intervention limitée de l’État, le libre choix du consommateur sur un marché concurrentiel, et une fiscalité réduite.

Le problème, en France comme dans un nombre croissant de pays occidentaux, est que seul le liberalism est jugé acceptable médiatiquement, le second étant honni, qualifié d’ultra-libéralisme ou de néolibéralisme.

Ironiquement cette dernière expression est apparue lors du colloque de Lippmann en 1938 pour désigner un libéralisme hostile au laissez-faire : le néolibéralisme est ainsi, dans son sens véritable, un synonyme du libéralism américain, à l’opposé donc de la signification méprisante qui lui est couramment donnée aujourd’hui. C’est ainsi que Macron a pu être considéré comme un libéral, alors qu’il est surtout social-démocrate.

Des faiseurs d’opinion hostiles au libéralisme ?

Cette situation n’est pas le fruit du hasard : elle résulte de l’hostilité à certains aspects du libéralisme qu’affiche une majorité de faiseurs d’opinion, personnes privées ou professionnels qui influencent le grand public.

Or, comme le démontre l’étude Que pensent les penseurs ? Les opinions des universitaires et scientifiques français d’Abel François et Raul Magni-Berton (2015), l’économie de marché est considérée de manière négative par la majorité des universitaires : 57 % considèrent que la concurrence est source de problèmes plus que de bienfaits (page 57).

De plus, si 96 % d’entre eux considèrent que la libre circulation des personnes est une bonne chose, seulement 53 % sont favorables à celle des capitaux (page 86). Enfin, du côté des médias, l’ancrage socialiste des rédactions de la presse française a été mis en avant par une étude Harris : en 2012, ils auraient été 74 % à voter pour François Hollande au second tour.

Dès lors, les laboratoires d’idées et les partisans du libéralisme classique ont plus que jamais un rôle à jouer afin de promouvoir un libéralisme authentique et montrer ses bienfaits, tout en se battant contre l’usurpation du terme et la destruction des valeurs fondamentales qu’il recouvre.

Sur le web

Un article paru initialement le 16 décembre 2020

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