Hidalgo : et dire qu’il y a des gens pour la vouloir présidente

Anne Hidalgo BY Human Rights for All FIDH (CC BY-NC-ND 2.0)' — Human Rights for All FIDH, CC-BY

OPINION : 200 élus socialistes ont récemment affirmé dans une tribune qu’Anne Hidalgo possédait « toutes les qualités pour être la prochaine présidente de la République française ». On est tellement loin de la réalité.

Par Nathalie MP Meyer.

Le Conseil de Paris qui s’ouvre ce mardi 6 juillet promet d’être assez rock’n roll. Il y sera en effet question de l’épineux dossier du temps de travail des 55 000 fonctionnaires de la capitale. Figurez-vous qu’il est fortement question de les faire travailler davantage, ce qui plonge tous les syndicats et la plupart des élus de gauche dans des transes effroyables.

Halte à l’oppression des travailleurs ! Pas une minute de plus ! clament-ils à l’unisson depuis plusieurs mois.

Mais dans les faits, il ne s’agit jamais que de remonter leurs horaires hebdomadaires afin d’atteindre… rien de plus que les 35 heures légales ! Et de toute façon, la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, idéologiquement alignée avec ses syndicats, a trouvé l’entourloupette miraculeuse qui permet de travailler plus sur le papier tout en travaillant comme avant, voire moins, dans la réalité.

Tout a commencé en 2018 quand le Premier ministre de l’époque, Édouard Philippe, s’est mis en tête non sans raison de faire appliquer les 35 heures, c’est-à-dire 1607 heures par an, dans l’ensemble de la fonction publique. Plusieurs rapports successifs de la Cour des comptes et des Chambres régionales des Comptes avaient montré que de Lille à Marseille, la fonction publique territoriale formait un vaste maquis de privilèges et de dérogations, sans compter un absentéisme absolument ahurissant qui avait augmenté de 28 % en 10 ans.

Inutile de dire que pour la CGT et tous ses acolytes, avec cette idée de travailler toutes ses heures que seul un ultra-libéralisme aussi dangereux que maladif pouvait concevoir, on assistait à une véritable « provocation » contre les fonctionnaires territoriaux, contre le service public et contre « le » statut, à seule fin de financer les cadeaux fiscaux libéralement accordés par Emmanuel Macron à ses amis les riches.

Le Parlement a vu les choses autrement. En 2019, il a voté la loi dite de transformation de la fonction publique aux termes de laquelle les collectivités territoriales disposent d’un délai d’un an à compter du renouvellement de leurs assemblées délibérantes pour se mettre en conformité avec la durée légale du temps de travail (article 47).

Concernant spécifiquement Paris, un rapport de la Chambre régionale des Comptes d’Île-de-France publié en décembre 2017 pointait « des aménagements du temps de travail dérogatoires, complexes et coûteux ». Il indiquait notamment que le temps de travail annuel moyen y était de 1552 heures au lieu des 1607 heures requises, ce qui correspond à un avantage illégal de huit à neuf jours de congé en plus par an. En outre :

Ce temps de travail annuel, qui s’écarte sensiblement de la loi, est réduit plus encore, dans certains cas particuliers, sous l’effet de quelque 138 délibérations différentes.

Bilan financier, donc bilan fiscal, cette situation engendre un surcoût que la Cour des compte chiffre à un minimum de 74 millions d’euros par an.

Excellent moment pour se rappeler que la Ville de Paris est pour ainsi dire abonnée aux remontrances polies mais désabusées des contrôleurs de la rue Cambon et que sa dette devrait dépasser les 7 milliards d’euros à la fin de cette année, soit une augmentation de 71 % depuis l’arrivée de madame Hidalgo à l’Hôtel de Ville en 2014. Du reste, cette dernière cherche désespérément comment taxer plus ses administrés après s’être fait réélire en 2020 sur la promesse de ne pas augmenter les impôts.

Comble de la débandade mal assumée, elle vient de retirer la présentation de son plan d’investissement à cinq ans de l’ordre du jour du Conseil de Paris. Motif : manque de « visibilité financière ».

Comprendre : état catastrophique des finances de la capitale qualifiées pourtant de saines avant les élections municipales. Heureusement que la pandémie de Covid est là pour pour servir de parade à sept ans de dérive budgétaire !

Mais revenons au temps de travail. Les élections municipales à Paris ayant été scellées à l’issue du second tour qui s’est déroulé le 28 juin 2020, les nouvelles règles doivent impérativement être adoptées ce mois-ci pour une application au 1er janvier 2022. L’adjoint parisien aux ressources humaines Antoine Guillou aurait bien aimé bénéficier d’un petit délai, mais la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques Amélie de Montchalin est resté sourde aux demandes émanant de la mairie de Paris.

Pas facile d’organiser une conformité à laquelle on ne croit pas à un moment où l’on se verrait bien candidate présidentielle d’une gauche dont l’un des totems reste la réduction du temps de travail.

Anne Hidalgo a répété mille fois qu’elle était opposée au rehaussement à 35 heures qui allait contre le sens de l’histoire sociale de ce pays. Selon elle et selon les conceptions économiques de la gauche en général, le temps de travail est fait pour diminuer jusqu’à 32 voire 30 heures par semaine, certainement pas pour « augmenter » insidieusement sous prétexte d’économies et, pire, d’équité entre les différentes catégories de salariés.

Il est d’ailleurs amusant et révélateur de se rappeler que parmi les huit à neuf jours de congés excédentaires à Paris, quatre d’entre eux, les « quatre jours du maire », sont un héritage de Jacques Chirac. Droite, gauche, pour un élu clientéliste, cela ne fait guère de différence…

Finalement, à force d’examiner sous toutes les coutures les textes qui régissent les ressources humaines de la fonction publique territoriale, Anne Hidalgo et son adjoint sont parvenus à trouver plusieurs martingales apparemment acceptables sur le plan juridique qui vont leur permettre de supprimer les huit jours de congés ostensiblement excédentaires tout en en recréant au moins sept en toute légalité formelle :

  • Trois jours seront attribués à l’ensemble du personnel au nom de « l’intensité et (de) l’environnement de travail particulier des agents de la collectivité parisienne. »
  • Deux autres seront réservés aux agents qui acceptent de prendre huit jours de congés d’affilée en hiver, ce qui, en pratique, concerne tous les agents.
  • Deux jours de RTT supplémentaires seront trouvés en échange d’un allongement de la journée de travail de quatre à dix minutes selon les cas.

Astucieux, non ? Mais ce n’est pas tout. La pénibilité de certains métiers va être réévaluée, notamment dans les crèches, ce qui débouchera sur trois jours de congé supplémentaires pour environ 15 000 agents municipaux, surtout des femmes, qui verront ainsi l’augmentation de leur temps de travail aboutir en fait à une diminution.

Pour les syndicats, tout ceci est nettement insuffisant, bien sûr. D’abord le compte n’y est pas ; pour certains agents, il manque un jour. Et puis, travailler dix minutes de plus, vous n’y pensez pas ! On frôle le retour à l’esclavage !

Mais au-delà de ces tours de passe-passe minables où l’idéologie le dispute au clientélisme électoral et au pilotage à vue, ce qui fait encore plus froid dans le dos, c’est d’entendre Olivier Faure, le secrétaire général d’un PS fort déconfit, expliquer pourquoi Anne Hidalgo serait selon lui la candidate idéale de la gauche pour la présidentielle de 2022 :

Elle a montré par sa rigueur, par la façon dont elle exerce le pouvoir, la façon dont elle gère la plus grande ville de France, elle a fait la démonstration qu’elle pouvait être celle-là.

Rigueur ! On croit rêver.

Soit Olivier Faure souffre d’anosmie et d’agueusie aiguës (le Covid-19 peut-être ?) devant le brouet d’incompétence et de dirigisme idéologique que la dame nous sert avec persévérance jour après jour, soit il nous donne sans le vouloir le niveau de déliquescence abyssale dans lequel se traînent le PS et toute la gauche. Soit plus probablement, les deux.

Il n’est pas le seul, malheureusement. Pour lui faire écho, 200 élus socialistes ébouriffés par les performances du PS aux élections régionales ont récemment affirmé dans une tribune qu’Anne Hidalgo possédait « toutes les qualités pour être la prochaine présidente de la République française. »

On est tellement loin de la réalité, tellement loin de la prise de conscience que notre trajectoire dépensière et collectiviste inchangée depuis plus de quarante ans nous mène droit à la faillite à plus ou moins brève échéance, tellement loin de la cure de désétatisation, de responsabilisation et d’autonomisation dont la France aurait besoin ! C’est à pleurer.

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