Régionales : le macronisme effacé dans une élection sans vainqueur

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Les résultats de La République en Marche sont sans appel : c’est une invisibilisation du parti présidentiel, comme s’il n’existait pas, comme s’il n’avait jamais existé.

Par Nathalie MP Meyer.

Il est tristement amusant de voir jusqu’à quel degré de nombrilisme auto-satisfait nos politiciens hexagonaux sont capables de se hisser et comment ils parviennent à déduire d’un scrutin largement boudé par les Français que la France n’attend plus qu’eux pour réenchanter la politique et entrer à l’Élysée l’an prochain. 

Pour le maire écologiste de Grenoble Éric Piolle, par exemple, les élections régionales auraient fait la preuve que les écologistes étaient « en capacité de fédérer, en capacité de gagner, qu’ils avaient le potentiel pour cela ». Pourtant, aucune victoire à signaler dans son camp, ni en solo ni en alliance avec les socialistes et l’extrême gauche, mais hop, le voilà candidat à la primaire Europe Écologie Les Verts en vue de 2022.

Pour le candidat présidentiel déclaré Xavier Bertrand (droite hors LR) qui a été réélu dimanche dernier dans les Hauts-de-France avec 52,4 % des suffrages exprimés mais seulement 16,7 % des inscrits, ce résultat lui « donne la force d’aller à la rencontre de tous les Français ». Et hop, le voilà qui saute au nez et à la barbe du Président dans la 4L estampillée spécialement au logo de la présidence de la République à l’intention d’Emmanuel Macron par le PDG de Renault alors que les deux hommes visitaient l’usine douaisienne du constructeur automobile avant-hier.

Ce sont jusqu’aux soutiens du polémiste du Figaro et de CNews Éric Zemmour qui ont immédiatement profité de l’incapacité du Rassemblement national à s’imposer à la tête d’une région pour placarder dès le lendemain du vote 10 000 affiches «Zemmour Président » sur les panneaux électoraux d’un millier de communes.

Pourtant, l’élection présidentielle sera très différente de ce tour de chauffe régional et il semble infiniment prématuré de s’imaginer que les rapports de force politiques sortis des urnes dimanche dernier seront ceux qui s’imposeront en 2022. Première et essentielle différence, on peut d’ores et déjà prédire que les Français seront nombreux à s’y intéresser car c’est bel et bien depuis l’Élysée que tout se décide (ou ne se décide pas) en France, pas depuis les Hauts-de-France ou la Nouvelle-Aquitaine, ni même depuis l’Assemblée nationale, ainsi que l’organise notre Constitution avec encore plus d’emphase depuis le passage au quinquennat.

Il n’en reste pas moins que si les élections régionales n’ont mis en évidence aucun vainqueur, elles tendent néanmoins à rendre certains échecs particulièrement cuisants et significatifs, à commencer par celui du parti de la majorité présidentielle La République En Marche (LREM) : 10 % des voix au premier tour, 7 % au second, trois fois rien par rapport aux inscrits. Un effacement, une invisibilisation du parti présidentiel, comme s’il n’existait pas, comme s’il n’avait jamais existé.

Emmanuel Macron peut certes tenter d’affadir cette désagréable séquence au motif que les régionales n’étaient qu’une élection locale dont les électeurs eux-mêmes se sont détournés, mais personne n’est dupe.

On n’envoie pas cinq ministres dont le ministre de l’Intérieur et le garde des Sceaux au casse-pipe (Régionales 2021) si l’on n’a pas décidé qu’il était important pour LREM d’avoir une influence locale. On ne fusille pas sa ministre de la Santé dans une compétition municipale très mal engagée (Paris 2020) alors qu’une pandémie de magnitude sanitaire et sociale inconnue est en train de se déclarer partout dans le monde.

Ces stratégies comportent à l’évidence leur part nationale en vue de 2022. Mettre des bâtons dans les roues d’Anne Hidalgo, de Xavier Bertrand, voilà qui serait plaisant pour la suite. Mais quand on voit que le candidat LREM dans les Haut-de-France, pas en mesure de se maintenir au second tour des régionales, a finalement appelé à voter pour Bertrand, on mesure les limites de ces plans bricolés en grand secret sur un coin de table à l’Élysée.

À moins d’avoir complètement perdu pied avec la réalité – ce qui est tout à fait possible – et contrairement à tout ce qu’il peut dire maintenant, Emmanuel Macron sait fort bien que s’il veut que LREM survive à sa propre vie politique, il doit impérativement donner un ancrage territorial à son parti, avec des élus et des sections locales qui interviendront lors de prochaines élections. Qu’il ne soit pas réélu en 2022 et c’est l’ensemble de l’appareil macroniste (quoi qu’on mette dans ce terme) qui risque de disparaître du paysage politique français.

Tel est bien là le problème originel de LREM. Sorti de rien en 2016 par la seule magie du verbe macronien sur fond de lugubre crépuscule hollandais, ce nouveau parti dédié d’abord à l’ascension présidentielle d’Emmanuel Macron a eu pour ainsi dire la malchance de voir son leader accéder du premier coup à la présidence de la République sans avoir obtenu assez de temps pour se tisser un réseau et encore moins une philosophie politique, mis à part le grand bric-à-brac soi-disant printanier mais à coup sûr racoleur du dépassement des clivages.

Or les exécutifs, de quelque couleur politique qu’ils soient, ont une nette tendance à perdre les élections intermédiaires qui se déroulent pendant leur mandat. Rien d’étonnant à cela. Dans le contexte de forte étatisation de la France, et avec des niveaux locaux démultipliés façon millefeuille mais aux compétences limitées, le gouvernement central est forcément la cible privilégiée des exigences et des rancœurs des électeurs.

Ainsi, quand Emmanuel fut élu en 2017, peut-être un quinquennat plus tôt qu’il ne s’y attendait réellement, il était écrit d’avance que son parti serait réduit à être la cible de l’inévitable mécontentement des citoyens face à la politique de l’exécutif. Et disons qu’avec sa décision catastrophique de limiter la vitesse à 80 km/h, avec son projet (annulé sous la pression des Gilets jaunes) de hausse des taxes sur les carburants et avec sa réforme des retraites rejetée par tout le monde, sans oublier la gestion calamiteuse de la pandémie de Covid-19, l’exécutif a eu à cœur de rendre ce mécontentement encore plus exacerbé que d’habitude.

Et les députés ? LREM a quand même réussi à obtenir la majorité absolue à l’Assemblée nationale après l’élection d’Emmanuel Macron, me direz-vous. En effet, mais d’une part les députés ne sont pas des élus locaux, et surtout, avec la formule du quinquennat qui place les législatives juste après la présidentielle, leur élection est devenue une simple validation de cette dernière n’attirant plus guère les foules citoyennes.

Que le Président sortant ne soit pas réélu en 2022 et ses députés pourront s’activer à retrouver un point de chute, éventuellement en revenant vers les partis plus implantés que certains ont précipitamment quittés pour suivre le vainqueur de 2017. Et là encore, le macronisme aura disparu. Qu’il soit réélu, et il aura la même difficulté qu’aujourd’hui à faire émerger un parti représentatif au niveau local.

Élu trop tôt, essentiellement par effet de surprise sur des Français désabusés et revenus de tout qui (certains, du moins) ont voulu croire au joli rêve qu’on leur racontait – que tout redeviendrait miraculeusement et merveilleusement printanier sans rien changer à notre État providence maître de tout – Emmanuel Macron a échoué à faire de son quinquennat autre chose que son (incroyable, il faut l’admettre) aventure personnelle.

D’où question : à côté du colbertisme que la plupart des politiciens français revendiquent (mais plutôt sous les vocables d’État stratège et de souverainisme économique), n’y aurait-il pas un petit quelque chose de sombrement napoléonien chez cet homme ? Même ascension politique fulgurante, même enthousiasme médiatisé façon « Bonaparte au pont d’Arcole », même mise en scène du pouvoir, même tentation liberticide, même fuite en avant, dans les conquêtes militaires pour l’un, dans le « quoi qu’il en coûte » pour l’autre. Ça promet.

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