Éric Zemmour ou le « quoi qu’il en coûte » de la liberté d’expression

Eric Zemmour BY Fondation France Israël(CC BY-ND 2.0) — Fondation France Israël, CC-BY

La liberté d’expression, notamment celle des journalistes, est un des fondements de la démocratie. Soyons respectueux de cet équilibre fondamental.

Par Laurent Sailly.

Combien coûte la liberté d’expression ?

200 000 euros répond le gendarme de l’audiovisuel français qui a condamné CNews pour les propos d’Éric Zemmour sur les migrants mineurs isolés.

C’est la première fois qu’une chaîne d’info en continu écope d’une sanction pécuniaire de la part du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA).

Le 29 septembre dernier dans l’émission Face à l’info dédiée à la question des mineurs isolés après l’attentat devant les ex-locaux de Charlie Hebdo, Éric Zemmour avait émis l’opinion suivante :

Ils n’ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu’ils viennent.

Le C.S.A. a jugé que la chaine d’info du groupe Canal+ a manqué à ses obligations et a estimé que :

La maîtrise de l’antenne n’avait pas été assurée, d’autant plus que l’émission a été diffusée en différé et sans modification.

La haute autorité a condamné CNews à une peine d’amende pour incitation à la haine et à la violence :

Les limites à la liberté de communication et à la liberté éditoriale des médias audiovisuels ont été franchies.

Prenant les devants, le régulateur rappelle que déjà en 2019 CNews avait été mise en demeure pour des faits similaires.

Ainsi, poursuit le communiqué du CSA, « la loi n’ayant pas été respectée, cette sanction est mécanique ». Il ne faut y voir « ni chasse à l’homme, ni message politique » à la veille de l’élection présidentielle de 2022.

Dans un communiqué, le Groupe Canal+ « déplore la décision du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel » estimant qu’elle « contrevient au principe de liberté d’expression ».

Comment ne pas s’interroger sur le caractère politique des décisions du CSA : l’éventuelle candidature d’Éric Zemmour à la présidentielle semble commencer à agiter le microcosme parisien ; Vincent Bolloré, propriétaire de la chaine, n’a jamais caché sa proximité avec Nicolas Sarkozy ; la réussite de CNews et de son patron, Serge Nedjar, émeuvent les plus hautes sphères du landerneau cathodique.

Il faut dire que le CSA a pris la fâcheuse habitude de se substituer à la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, chargée de juger de la légalité de la parole dans la presse. Le Conseil s’érige ainsi en tribunal de la pensée et contribue à la judiciarisation de la parole dans les médias.

Il ne nous appartient pas ici de débattre plus avant du rôle du CSA, ni de la ligne éditoriale de CNews. Mais, l’équilibre voulu par la loi de 1881 sur la liberté de la presse reste fragile. Et la liberté d’expression, notamment celle des journalistes, est un des fondements de la démocratie (libertés de pensée, d’opinion, d’information). Soyons respectueux de cet équilibre fondamental.

 

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