Abstentions aux régionales : la douche froide

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Un an et quelques mois de privation de libertés et de leçons de morale ne pouvaient avoir qu’un seul et unique résultat : une haine et un mépris généralisé pour la politique française.

Par Olivier Maurice.

Qu’elles sont déjà loin les réflexions de l’entre-deux tours des élections régionales et départementales.

Sitôt les résultats tombés, tout le petit monde médiatique et politique est aussitôt reparti de plus belle pour discuter du prochain match : la finale de la coupe de France de politique qui aura lieu l’année prochaine.

Il est tellement facile de se cacher la réalité en parlant d’autre chose.

Une sérieuse douche froide

La réalité, c’est que sur une échelle qui va de « Tout le monde donne son avis et admet le résultat » à « personne, à part ceux qui briguent un mandat, ne s’exprime », le curseur légitimité touche quasiment la butée du zéro pointé.

Pourtant, nous avons assisté toute la dernière semaine à un formidable florilège de moulinage de matière grise pour trouver des explications, des coupables et des raisons à l’incroyable camouflet que le peuple de France a infligé au processus électoral.

On a ainsi pu, au gré des multiples émissions télévisées et radiophoniques, voir se succéder au banc des accusés un long défilé d’excuses et d’hommes de paille qui ont au moins le mérite de démontrer la créativité imaginative et les capacités rhétoriques des divers intervenants.

Dénonciations et boucs émissaires

À croire qu’absolument rien ne fonctionne dans ce pays et que tout est toujours la faute des autres : la faute du beau temps, des tracts mal distribués, des conditions sanitaires, du manque d’explications et d’éducation civique sur les enjeux du scrutin, des hommes politiques, du gouvernement, des précédents gouvernements, des caractéristiques génétiques qui perdurent depuis Astérix et Obélix…

Sans doute pas très convaincus eux-mêmes de la pertinence de leurs élucubrations, les commentateurs politiques ont eu vite fait de retomber en terrain connu : le pronostic et les paris sur la ligne finale du prochain tiercé présidentiel.

Fin donc de la parenthèse « les Français ont voulu dire quelque chose en n’allant pas voter, mais nous n’avons absolument pas le début du commencement d’une idée de quoi ça voudrait dire »… retournons vite aux réflexions qui n’engagent à rien, ça nous évitera de dire des bêtises sur un sujet auquel on ne comprend absolument rien.

Comme si le politiquement correct rendait à la fois sourd, aveugle et niais et empêchait de regarder la simple vérité en face : les Français ne veulent pas voter. Donc, ils ne votent pas.

Ou si vous préférez : si les Français ne se déplacent pas pour voter, c’est qu’ils décident en pleine conscience et en pleine responsabilité de ne pas aller voter.

Surprise : les Français ne croient pas tout ce que vous racontez

Le festival d’atermoiements, d’autoflagellations, de culpabilisations que l’on a eu à subir pendant une semaine démontre surtout par l’absurde la totale incapacité de la classe politique au sens large à considérer les citoyens comme des adultes responsables de leurs actes.

Deux tiers, voire trois quarts de la population française ont simplement mis en pratique l’avertissement libertarien : « Don’t tread on me ».

Ou de façon plus explicite, comme le chantait Charlie Daniels dans un succès de la musique country des années 1970 :

Je ne demande à personne ce que je peux obtenir moi-même. Si tu n’aimes pas ma façon de vivre, pourquoi tu ne me fous pas la paix ?

Il serait temps de se rendre compte de l’ampleur de la raclée

Il fallait s’en douter, un an et quelques mois de privation de libertés et de leçons de morale ne pouvaient avoir qu’un seul et unique résultat : une haine et un mépris généralisé pour des gens dont les préoccupations principales semblent bien être de nous marcher dessus, de tout faire pour camoufler leur incompétence et faire croire qu’ils sont indispensables, comme pour l’histoire des masques où les entreprises privées ont réglé en quelques heures ce que le président de la République, le ministre de la Santé, le ministère, les centaines de cadres de la fonction publique, les dizaines de bureaux, de comités et de services divers, les milliers, voire les millions de fonctionnaires et le pharaonique budget dont ils bénéficient ont été totalement incapable de faire pendant plusieurs semaines.

« Je ne demande à personne ce que je peux obtenir moi-même »

Il reste maintenant un immense chantier devant nous, un chantier inévitable qui demandera des efforts considérables. La crise a prouvé l’inutilité, voire la nocivité de l’État dans bon nombre de domaines. Les Français l’ont compris et en ont pris la mesure : ils ont refusé au moins une fois de jouer le jeu. Ils ont acté ce constat.

C’est toute l’utilité des élus, des administrations, de l’État qui a été remise en question par ces deux scrutins et seul un changement très profond des institutions permettra de recréer un contrat social qui a été clairement dénoncé par la grande majorité de la population.

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