Régionales en Hauts-de-France : situation après le premier tour

Régionales : les Hauts-de-France illustrent à merveille les surprises du scrutin.

Par Nathalie MP Meyer.

Je ne vous fais pas languir plus longtemps : au niveau national, la participation au premier tour des élections régionales qui s’est tenu hier dimanche 20 juin n’a pas dépassé 33 % des inscrits, du jamais vu en aucune autre élection auparavant. Grosse dégringolade depuis l’édition régionale de 2015 où le chiffre équivalent atteignait presque les 50 %, mais également depuis le premier tour des municipales de mars 2020 qui, malgré le Covid annoncé, avait quand même réussi à attirer pas loin de 45 % des électeurs dans les bureaux de vote – ce qui n’était déjà pas beaucoup.

Alors évidemment, dans ces conditions, impossible de parler de victoire électorale pour aucun des partis ni aucun des candidats en lice. Tous ont lamentablement échoué à donner du sens à la politique territoriale, quoi qu’ils en disent, y compris ceux qui semblent avoir tiré leur épingle du jeu si l’on réduit l’analyse aux seuls suffrages exprimés, comme c’est justement le cas pour Xavier Bertrand, Président sortant et candidat à sa réélection dans la région des Hauts-de-France.

Dans son allocution de « victoire » d’hier soir, ce dernier s’est félicité d’avoir su redonner un sens à la politique par son travail et son engagement à la tête de la région :

« Le RN a reculé parce que nous avons montré que par le travail, l’engagement et la cohérence, la politique n’était pas morte, et qu’elle avait encore un sens, celui de servir pour rendre la vie meilleure. »

C’était passer un peu vite sur l’extrême désintérêt envers ces élections, envers le sort futur des candidats et envers la politique en général manifesté par les deux tiers du corps électoral.

En revanche, dans ces mêmes conditions peu glorieuses, ô combien la chute du parti présidentiel (LREM) est immense ! Et ô combien le recul du Rassemblement national (RN) est impressionnant ! Marine Le Pen a d’ailleurs appelé ses électeurs « au sursaut » pour le second tour, une première pour ce parti, je pense.

Là encore, les Hauts-de-France illustrent à merveille les surprises du scrutin (voir détail dans le tableau des résultats ci-dessous).

Donné au coude-à-coude avec le candidat du RN Sébastien Chenu dans une fourchette de 32 à 33%, Xavier Bertrand est parvenu à creuser l’écart de telle façon qu’il a complètement renversé le rapport de force de l’édition régionale 2015 : à l’époque, il avait recueilli 25 % des voix contre une Marine le Pen à 40 % ; aujourd’hui, il grimpe à 42 % et laisse son rival du RN avec un score inattendu par sa faiblesse de 24 %.

La prime au sortant, très probablement, comme dans la plupart des autres régions (de droite ou de gauche, d’ailleurs) et comme lors des municipales de 2020. Et aussi, peut-être, une petite prime (très modérée, n’oublions pas l’abstention) en faveur de la droite LR et des partis apparentés. Au niveau national, cette dernière sort en tête de ce scrutin avec 27 à 29 % des suffrages exprimés selon les estimations (taux qui tombent aux alentours de 9 % si l’on se réfère aux inscrits…)

Du côté de LREM, malgré une impressionnante brochette de ministres envoyés à la rescousse du peu charismatique Laurent Pietraszewski (Dupond-Moretti, Justice – Darmanin, Intérieur – Griset, PME et Pannier-Runacher, Industrie) et malgré la visite du président de la République Emmanuel Macron dans la Somme et dans l’Aisne jeudi dernier, la liste de la majorité présidentielle stagne à 9 %, soit en dessous des 10 % requis pour se maintenir au second tour.

Quant à l’Union de la gauche concoctée spécialement dans les Hauts-de-France (ailleurs, c’est la guerre) entre le PCF, le PS, EELV et la France Insoumise, elle devait redonner des couleurs « de gauche » à une terre « de gauche » complètement privée d’élus régionaux « de gauche » suite au retrait de la liste du PS décidé par François Hollande en 2015 pour faire barrage à l’extrême droite. Apparemment, ce ne sera pas pour cette fois. Avec environ 19 % des voix, elle peut se maintenir au second tour si elle le souhaite mais ne semble pas en mesure de modifier profondément l’ordre d’arrivée.

(Notons au passage la fine remarque de Gérald Darmanin sur l’abstention qui figure au bas de la capture d’écran ci-dessus :

« Le niveau d’abstention est particulièrement préoccupant. »

Ah oui, vous croyez vraiment ? Quel extralucide, ce ministre de l’Intérieur. Et quelle puissance d’analyse !)

Élections régionales 2021 dans les Hauts-de-France – Résultats du premier tour
Sources : résultats définitifs du ministère de l’Intérieur.
Remarque : en 2015, les partis de gauche partaient en ordre dispersé.

Candidats Partis 2015 Exprimés Inscrits
Xavier Bertrand Droite 25,0 % 41,4 % 13,0 %
Sébastien Chenu RN 40,6 % 24,4 % 7,7 %
Karima Delli EELV-FI-PS-PC 28,3 % 19,0 % 6,0 %
L. Pietraszewski LREM 9,1 % 2,9 %
Autres G et D 6,1 % 6,1 % 1,9 %
Blancs et nuls 1,4 %
Abstention 67,2 %
TOTAL 100,0 % 100,0 % 100,0 %

Xavier Bertrand se retrouve dans la situation idéale de n’avoir besoin de personne pour le second tour. Il a du reste annoncé dès hier soir qu’il allait déposer aujourd’hui sa liste du premier tour inchangée pour le second.

Notons toutefois que Laurent Pietraszewski (LREM) qui se présentait comme le candidat de la vraie gauche « républicaine, laïque, écologiste, la social-démocratie » a appelé à voter pour lui. Une consigne (inutile) d’Emmanuel Macron probablement, qui tenait beaucoup à faire savoir qu’il savait sacrifier ses ministres pour faire barrage au RN, quitte à donner de la crédibilité à l’un de ses futurs concurrents de 2022. Encore que d’ici là, les surprises ne manqueront sans doute pas. Wait and see.

Quoi qu’il en soit, on peut s’avancer à pronostiquer que Xavier Bertrand sera réélu dans les Hauts-de-France dimanche prochain. Mais avec quelle part du corps électoral ? Là réside toute la question pour celui qui se verrait bien accéder à la magistrature suprême dès l’an prochain.

Nul doute qu’il se sente maintenant complètement confirmé dans son projet présidentiel (mais Pécresse aussi n’en doutons pas). N’a-t-il pas eu raison dans sa région des deux partis, donc des deux candidats donnés en tête de la course à l’Élysée, le sortant et la présidente d’un Rassemblement national nettement moins fringant qu’avant ? Et pourtant, vu le degré d’abstention auquel on est arrivé hier, n’est-il pas complètement surréaliste de voir un destin présidentiel se conforter ainsi sur presque rien – ou du moins sur seulement 13 % des inscrits, ce qui ne vaut guère mieux ?

Mais tout en répétant partout comme Darmanin que l’abstention devient terriblement préoccupante, les politiciens ont l’art de lui trouver les interprétations qui flattent au mieux leurs petites affaires :

  • Dédain du local en attendant la grande élection nationale ?

C’est à coup sûr l’interprétation que ne manquera pas de retenir Emmanuel Macron et tous les perdants à sa suite.

  • Sanction de la politique nationale ?

Interprétation privilégiée par tous les opposants au gouvernement qui plait certainement beaucoup à M. Bertrand.

  • Sentiment que le résultat quel qu’il soit ne changera rien à la vie de tous les jours ? Indifférence générale voire rejet à l’égard des politiciens, peu importe la nature de l’élection ?

Interprétations unanimement rejetées par les politiciens qui, tous sans exception, s’imaginent comme Xavier Bertrand qu’ils redonnent du sens à la politique au plus près des citoyens. Sans grand succès, pourtant, comme on vient de le constater une fois de plus.

Les politiciens ont le don d’oublier qu’ils sont élus par de moins en moins de citoyens, ce qui ne les empêche nullement d’être de plus en plus dirigistes sur le plan économique et de plus en plus constructivistes sur le plan sociétal. À gauche comme à droite. Chez les progressistes comme chez les conservateurs. Ça promet.

Cet article est la suite de « Régionales en Hauts-de-France (I) : Situation AVANT le premier tour » publié sur ce blog le samedi 19 juin 2021.

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