L’impérieuse nécessité de renouer avec l’excellence française 

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OPINION : au déclassement français, il faut opposer une résilience à toute épreuve en ne craignant pas que les moins aptes se sentent discriminés par l’institution.

Par Adnan Valibhay.

… D’où l’importance de l’école au cœur du régime républicain. C’est à elle qu’il revient de briser ce cercle, de produire cette auto-institution, d’être la matrice qui engendre en permanence  des républicains pour faire la République. République préservée, république pure, république hors du temps au sein de la République réelle, l’école doit opérer ce miracle de l’engendrement par lequel l’enfant, dépouillé de toutes ses attaches pré-républicaines, va s’élever jusqu’à devenir le citoyen, sujet autonome. C’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle Église, avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la Loi – Vincent Peillon –  La révolution française n’est pas terminée – page 17

L’ancien ministre de l’Éducation nationale retranscrit ainsi par ce paragraphe empli d’inspirations bibliques, l’ambition et la mission de l’école républicaine, laïque et obligatoire : donner continuellement à la patrie de nouveaux citoyens.

Cette visée n’est pas uniquement celle du XXIe siècle. Elle prend racine dans les lois Jules Ferry de 1882, mais également, du point de vue idéologique, dans les travaux de Ferdinand Buisson1. L’école est consubstantielle à la République.

Pourtant, la faillite de celle-ci joue aujourd’hui un rôle non négligeable dans la remise en question de l’identité de la France. Il importe alors de renouer avec l’excellence non pas républicaine, mais française pour contribuer à rendre à la France sa grandeur.

Le déclin des hussards noirs de la République

De la fin des années 1960 jusqu’à nos jours, l’éducation s’est considérablement massifiée de sorte que le pourcentage de titulaires du baccalauréat connaît une croissance exponentielle2. Cette réussite ne se limite pas au seul enseignement secondaire, elle s’étend également à l’enseignement supérieur.

Ce succès cache toutefois une réalité bien moins glorieuse : celle d’un nivellement par le bas de la qualité de l’éducation.

À l’école primaire

Les performances en mathématiques et en sciences y connaissent un déclin inéluctable tant dans les classements internationaux3 que dans les études nationales officielles4.

La langue française elle-même n’est pas épargnée.

En 2015, le ministère de l’Éducation nationale organise une dictée test pour des élèves de CM2 dont le constat est sans appel : 17,8 fautes en moyenne contre 14,3 en 2007 et seulement 10,6 en 19875. Les attentes des programmes scolaires qui deviennent de moins en moins exigeants6 en la matière peuvent certainement apporter un début d’explication à cette baisse de niveau. Cet effondrement est non seulement nuisible pour les élèves eux-mêmes7 mais il l’est aussi pour la langue qui s’appauvrit considérablement : l’imparfait du subjonctif, très populaire parmi les écrivains et les orateurs au XIXe et XXe siècles disparaît et des programmes scolaires et des habitudes linguistiques des français. Le passé simple semble suivre le même chemin.

Cette réalité est si dérangeante qu’elle est même dissimulée par le biais de la disparition progressive des notes chiffrées8. Bien que cela puisse partir d’une bonne intention visant à ne pas stigmatiser les élèves les moins efficients académiquement, cette bienveillance se révèle perverse notamment parce qu’elle leur attribue des résultats et des diplômes de plus en plus dépourvus de valeur.

Les conséquences d’un tel choix en matière d’éducation sont nuisibles car elles relativisent l’exigence vis-à-vis de l’enfant, le confortant ainsi dans son ignorance tout en le préservant du moindre effort. D’autant plus qu’il est inacceptable de renoncer à la maîtrise des savoirs fondamentaux, -parler, lire et écrire-, car rien ne justifie que les enfants d’aujourd’hui soient moins armés que ceux d’hier.

Au collège et au lycée

Le constat n’est pas moins alarmant. Les programmes d’histoire sont désormais si lacunaires sur le sujet du roman national9, lequel est pourtant essentiel à l’harmonisation de la jeunesse, qu’ils parviendraient aisément à rallier, à titre posthume, Jules Michelet et Jacques Bainville, respectivement historiens du roman national, républicain pour le premier, royaliste pour le second. Les humanités aussi tendent à être de plus en plus négligées si bien que le niveau global de culture générale au sortir du lycée est en chute libre.

La langue et le savoir-être sont eux aussi délaissés au profit d’un sabir et d’une tenue détestables. L’Éducation nationale a ainsi failli dans sa mission de transmission en laissant les jeunes dans une situation d’emprisonnement face à leur condition initiale.

L’enseignement supérieur

Il est également frappé par ce phénomène de massification pernicieuse qui s’exprime de différentes manières. Les anglicismes sont de plus en plus fréquents si bien que les jeunes diplômés participent eux aussi à l’appauvrissement de la langue française lequel joue un rôle important dans le morcellement des jeunesses.

Les matières culturelles sont délaissées, tant dans les filières techniques que dans les filières générales si bien qu’aujourd’hui très peu de personnes connaissent l’Évangile, un texte que Jean Jaurès, diplômé de l’École Normale Supérieure, peu connu pour son cléricalisme, connaissait sur le bout des doigts10.

L’échec, tout le moins, la perception d’une certaine incapacité des élites françaises, diplômées pour la plupart des grandes écoles, est également à souligner, car c’est elle qui a abouti au mouvement des Gilets jaunes qui n’est lui-même que la face visible d’une crise, plus grave, de l’autorité.

Renouer avec l’excellence française

Délaisser la vocation morale de l’école

Les parents ont le devoir de transmettre à leurs enfants un savoir-vivre en société sur lequel l’école ne doit plus s’attarder. C’est ainsi que tous les objectifs moraux promus par le ministère de l’Éducation nationale comme par exemple la sensibilisation à la sécurité routière ou aux inégalités de genre doivent cesser au plus vite pour que les enseignants puissent se concentrer sur l’éducation au sens strict de leurs élèves afin de faire d’eux des hommes libres, accomplis, mais dévoués à leur communauté.

Transmettre aux enfants la fierté d’être Français

Pour que les enfants d’aujourd’hui deviennent les Français de demain, il est nécessaire de les attacher à leur patrie. L’action de Jean-Michel Blanquer doit, à cet égard, être soulignée. Rendre obligatoire le drapeau français en salle de classe, c’est rendre à chaque Français la possibilité de constater à quelle nation il appartient. Les étendards sont un bon début, mais il faut encore persévérer en imposant des chants patriotes lors d’occasions telle que la rentrée des classes notamment.

Apprendre aux enfants ce qu’est la France

Pour aimer la France, encore faut-il la connaître, en apprendre l’Histoire. En ce sens, le roman national doit être de nouveau au cœur des programmes scolaires. Jacques Bainville, Ernest Lavisse, Jules Michelet doivent être réhabilités. L’Europe, tout le moins sa civilisation, et non pas uniquement ses valeurs, gagnerait à être affirmée à l’occasion d’enseignements culturels spécifiquement dédiés.

Renouer avec des savoirs fondamentaux exigeants

Au déclassement français, il faut opposer une résilience à toute épreuve en ne craignant pas que les moins aptes se sentent discriminés par l’institution.

Pour ce faire, la dictée doit être impérativement sollicitée par les enseignants en ce qu’elle permet d’assurer une maîtrise de la langue exempte de défauts dès lors qu’à force de répétitions et d’efforts, cet exercice se trouve surmonté.

Les mathématiques, doivent également revenir en force en étant enseignées sans qu’aucune concession ne soit faite à la médiocrité.

Rétablir le prestige de l’Université

Que les classes préparatoires aux grandes écoles soient peu ou prou les seules filières dites d’excellence est insupportable. La sélection à l’entrée des facultés doit être encore plus accrue, plus encore que celle prévue par la loi ORE. Les redoublements de confort ne sauraient être permis de même que l’enseignement d’idéologies anti-françaises, comme le décolonialisme ou les études de genre.

Pour y faire face et captiver les étudiants, en plus de leur assurer une professionnalisation pérenne, l’enseignement supérieur, y compris les grandes écoles, doit assurer des cours de civilisation européenne et pourquoi pas des modules entiers consacrés à l’art de vivre à la française.

  1. Le dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, Ferdinand Buisson, 1880
  2. 69 % de personnes sont diplômées du baccalauréat en 1970, contre 88,3 % en 2018, pour finalement atteindre 95 % en 2020.
  3. La France est notamment avant-dernière du classement international Timss sur l’enseignement des mathématiques et des sciences.
  4. En 2017, la reprise d’une enquête initiée en 1987, portant sur le calcul en fin de CM2, permet de comparer les performances des élèves à trente ans d’intervalle. Cette enquête donne des résultats à quatre temps de mesure : 1987, 1999, 2007 et 2017. Entre 1987 et 1999, les performances des élèves avaient fortement baissé. Cette tendance s’était atténuée entre 1999 et 2007. Dix ans plus tard, on assiste à une baisse des performances des élèves moins marquée cependant qu’entre 1987 et 1999. MENJ-DEPP, enquête « Lire, écrire, compter »
  5. Les performances en orthographe des élèves en fin d’école primaire (1987-2007-2015), Note d’information, DEPP
  6. Les programmes scolaires 2016 du cycle 3 (CM1, CM2 et 6e) prescrivent l’enseignement du passé simple uniquement aux troisièmes personnes.
  7. Selon un sondage Opinionway réalisé auprès de 200 directeurs des ressources humaines, 52% d’entre eux affirment qu’un faible niveau orthographique et grammatical peut mener à un rejet de candidature. 15 % estiment même que c’est un frein à une promotion.
  8. En 2014, le jury de la conférence nationale sur l’évaluation s’est prononcé en faveur de l’abandon de la notation chiffrée pour les cycles 1, 2 et 3 – sixième incluse.
  9. L’expression « roman national » est une expression popularisée par Pierre Nora en conclusion de ses Lieux de mémoire. L’historien l’a empruntée à un sociologue, Paul Yonnet, mort en 2011 et auteur en 1992 du Voyage au centre du malaise français, l’antiracisme et le roman national. Dans cet ouvrage, il soutient la thèse d’un effondrement du récit national par l’émergence, dans les années 1980, de l’antiracisme adossé aux droits de l’hommisme. Il y évoque une diabolisation du roman national par les élites françaises, en lien avec une France alors dominée par la gauche au pouvoir et marquée par le renoncement à la grandeur, au sens et à la remise en cause de l’ordre dominant. Il décrit l’antiracisme comme « une utopie de substitution » et parle d’une « utopie panethnique » ayant succédé à l’utopie marxiste. La xénophilie dominante confine à la haine de soi et écarte l’idée d’une assimilation républicaine.
  10. On pourrait arguer qu’il s’agit là de connaissances religieuses mais l’argument est fallacieux tant cet ensemble de savoirs appartient à ce qui constitue le cœur de la culture française, tant celui-ci influe encore nombre de concepts laïcs clés comme l’est notamment la défense de la dignité humaine.
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