L’Affaire Mila est un excellent détecteur de l’hypocrisie politique féministe

C’est parce qu’une partie du féminisme mainstream s’est transformée en business politique que les réactions de la classe politique sur l’affaire Mila ont été frileuses.

Par Frédéric Mas.

Où sont les féministes dans l’Affaire Mila ? Où sont les défenseurs de la moralisation de la vie politique et de la liberté d’expression ?

Des peines allant jusqu’à 6 mois de prison avec sursis ont été requises par le parquet dans l’affaire de cyberharcèlement contre la jeune instagrameuse Mila. Déscolarisée depuis ses 16 ans, obligée de se cacher pour vivre après avoir insulté l’Islam sur le net, Mila vit aujourd’hui sous la menace permanente d’être agressée.

Les insultes misogynes, lesbophobes et les menaces de mort pleuvent quotidiennement sur ses comptes instagram et twitter, témoignant quotidiennement de l’impuissance des pouvoirs publics à endiguer la spirale de la violence dont elle est victime.

Beaucoup de commentateurs se sont indignés du silence d’un certain monde associatif féministe, d’ordinaire très vocal, dans cette affaire. Mila elle-même estime que les associations féministes et LGBT n’ont « pas envie » de la soutenir, et a évoqué une forme de « lâcheté et de malveillance » à son égard.

C’est que cette affaire tragique dévoile son petit secret, que nous évoquions dans un article précédent il y a quelques années, à savoir que le féminisme « institutionnel » -et intersectionnel- est essentiellement un business politique, et non une œuvre de charité.

Entrepreneur politique

L’entrepreneuriat politique occupe une fonction précise sur le marché démocratique. Il vient faciliter la rencontre entre l’offre (la classe politique) et la demande (les coalitions électorales) pour obtenir des biens et des services publics.

En termes moins choisis, il s’agit de capter une partie de l’argent public pour alimenter des groupes d’intérêts idéologiques chargés de rabattre des électeurs vers les politiques, et d’influencer les politiques pour accepter les causes défendues, souvent manufacturées pour correspondre au chausse-pied aux besoins du marché.

Seulement, pour être acceptable, le message porté par l’entrepreneur doit être compatible avec ceux des autres groupes d’intérêt défendus par l’offreur politique. Associer le féminisme à Mila, du point de vue des affaires, c’est risquer d’être catalogué raciste par les entrepreneurs identitaires et indigénistes. C’est prendre un risque de s’aliéner une clientèle électorale et donc de susciter le rejet d’une partie de la classe politique qui en a besoin pour vivre.

Depuis l’écriture de cet article beaucoup d’autres, plus récents, sont venus le compléter utilement. Le Point ou Le Figaro ont enquêté sur la société de Caroline de Haas ou sur ses méthodes, occasionnant de nouvelles questions sur les silences et les omissions du militantisme de cette frange de la gauche de la gauche.

Réactions frileuses

C’est parce qu’une partie du féminisme mainstream s’est transformée en business politique que les réactions de la classe politique sur l’affaire Mila ont été frileuses. On se souviendra longtemps des déclarations de Ségolène Royal, ou pire encore de Nicole Belloubet, alors garde des Sceaux, sur le « droit au blasphème ».

Si celle-ci s’est piteusement rétractée par la suite, mais offre un bon exemple du caractère ondoyant d’une profession qui sait que son intérêt est davantage dépendant de l’opinion publique que de la vérité.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.