La liberté de conscience s’affirme contre l’emprise religieuse, Madame Belloubet !

En 2020, parler comme le fait le garde des Sceaux de l’insulte à la religion comme une atteinte à la liberté de conscience apparaît comme un non-sens, ou plutôt comme une régression face à l’esprit des Lumières.

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La liberté de conscience s’affirme contre l’emprise religieuse, Madame Belloubet !

Publié le 29 janvier 2020
- A +

Par Frédéric Mas.

Interrogée sur Europe 1, la ministre de la Justice Nicole Belloubet est revenue sur l’affaire Mila, du nom de cette jeune internaute cyberharcelée après avoir injurié l’Islam dans une courte diatribe contre toutes les religions. Le garde des Sceaux a rappelé que dans une démocratie, « menacer de mort est inacceptable ».

Elle s’est empressée d’ajouter que l’insulte à la religion était « évidemment » une atteinte à la liberté de conscience. Ce dernier propos n’a pas tardé à faire réagir les internautes, voyant dans la réserve du ministre une reconnaissance à demi-mot de la prohibition du blasphème et un recul notable de la liberté d’expression.

Notons qu’historiquement, en France et plus largement en Europe, c’est plutôt la liberté de conscience qui fut une atteinte à la religion que l’inverse. L’histoire de la déprise de l’Église catholique sur la société au moment de la Réforme est aussi celui de la découverte des droits de la conscience, d’abord invoqués par les défenseurs de la Réforme, puis laïcisés par les philosophes des Lumières quelques siècles plus tard.

D’abord une querelle sur la sincérité de la Foi

Dans sa monumentale Histoire du scepticisme, Richard Popkin rappelle que l’histoire de la liberté de conscience commence par une querelle épistémologique et religieuse1 : quel est le critère le plus solide pour juger de la Foi ? Faut-il se fonder sur la tradition de l’Église comme le soutiennent les catholiques ou sur sa conscience, comme le prétendent les réformés ? Pour saper l’autorité de la conscience individuelle, les champions de la Contre-Réforme catholique utiliseront les outils de la philosophie sceptique, jugeant son assise trop faible pour interpréter les textes.

Bientôt, les arguments sceptiques vont se répandre bien au-delà du champ religieux pour contaminer tous les domaines de la connaissance et provoquer une crise dont naîtra le monde moderne.

Au moment de la Réforme, il n’est pas encore question de liberté de conscience : la conscience a un caractère tout aussi absolu et objectif pour ses défenseurs que l’autorité de la tradition dans l’Église catholique. Quand la crise sceptique se répandra, quelques générations plus tard, elle se met au service de la philosophie des Lumières qui lui imprime un caractère subjectif, livrant ainsi à l’individu les droits d’en disposer sans être obligé par les religions ou par l’État2.

En 2020, parler comme le fait le garde des Sceaux de l’insulte à la religion comme une atteinte à la liberté de la conscience apparaît donc comme un non-sens, ou plutôt comme une régression face à l’esprit des Lumières. La tolérance religieuse prônée par le libéralisme moderne suppose aussi de ne pas reprendre les arguties des adversaires radicaux qui cherchent à empêcher toute discussion sur la question.

  1. Richard Popkin, Histoire du scepticisme. De la fin du Moyen Âge à l’aube du XIXe siècle, Paris, Agone, 2003.
  2. Lucien Jaume, Les origines philosophiques du libéralisme, Paris, Flammarion, 2010.
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  • La complicité de LaREM avec les islamistes est particulièrement flagrante avec cette bourde de Belloubet, qui vient d’avouer involontairement cette collusion.

    • Belloubet n’est qu’une jeanne-foutresse qui soutient le procureur de Grenoble dans sa réquisition (incitation à la haine raciale) contre Mila.

    • l’expression complicité avec les islamistes est excessive.. je vois peut être de la trouille de se faire traiter d’islamophobe, …voire d’etre la cible pour des terroristes islamiste ou autre… je vois aussi de façon flagrante un propos stupide
      je ne vois pas de preuve flagrante de complicité !!
      du relativisme bien sur..et mal venu dans le cas d’espece
      complicité

      nom féminin
      1.
      Participation à la faute, au délit ou au crime commis par un autre.
      Être accusé de complicité de meurtre.
      2.
      Entente profonde, spontanée entre personnes.
      Synonymes :
      accord
      accord connivence

      • Certes, mais cela revient à soutenir la revendication des islamistes sur le blasphème!
        D’ailleurs il est à noter que s’il est interdit de prêcher la haine pour Zemmour et Mila, ce n’est pas pour les rappeurs qui ne se gênent pas, ni pour les imams dans les mosquées! Et qu’un certain Mehdi Mekla, défendu par France Inter, a pu impunément écrire des tweets haineux sans aucun problème avec la justice impartiale de ce pays!

      • @jacques lemiere
        Bonjour,
        « …voire d’être la cible pour des terroristes islamistes ou autre…  »
        Nous lui procurons, via nos impôts, une belle équipe de professionnels de la sécurité issue des Forces de l’Ordre. Elle aurait peur pour son intégrité physique avec cette présence protectrice, quand Mila, ni ses parents, n’ont droit à un Opinel ?
        Curieux que cela après les chiffres de la délinquance du pays sortis récemment…

  • Bien que ça soit toujours intéressant, je crois qu’il n’y a même pas besoin de mobiliser l’histoire pour démontrer que ce que dit Belloubet est un non-sens. Insulter l’Islam n’empêche évidemment personne d’adopter et de croire en cette religion.
    Je n’aime personnellement pas les injures, qui me paraissent toujours contreproductives, mais il est étrange de prétendre que s’en prendre à l’Islam serait une atteinte à la liberté de conscience quand on a lu le Coran, qui menace très explicitement de châtiment éternel tous ceux qui ne croient pas en la sagesse de ses mots. Aujourd’hui, l’Islam est sans doute l’obstacle le plus puissant au progrès de la liberté de conscience dans le monde. (Oui, oui, je sais, l’Islam est pluriel, et tout, et tout…)

    • les musulmans sont pluriels ..le coran c’est le coran et son interprétation à la lettre est contraire aux fondements d’une société libre..

      • le coran est contraire a une société libre

        • oui… sa lecture littérale..

          • le terme islamophobie est une impasse et un choix malheureux..

            • L’islamophobie est un terme polysémique qui se définit étymologiquement comme la peur ou la crainte de l’islam, mais dont le sens peut aussi désigner la notion d’une hostilité envers l’islam, voire envers les musulmans1, sans qu’un consensus ne soit aujourd’hui dégagé.

              La définition de ce mot, né dans la première moitié du xxe siècle et devenu fréquent au cours des années 2000, varie suivant les milieux et les périodes. De nombreuses divergences quant à son origine existent, et certains y voient une manipulation sémantique visant à empêcher toute critique de l’islam. Une partie de la presse francophone, ainsi que certaines institutions et organisations internationales de lutte contre les discriminations, utilisent le terme pour désigner un phénomène sociétal de stigmatisation à l’encontre des musulmans2.

              • Le Coran est le seul à exiger de ses fidèles de tuer les mécréants, c’est écrit en toutes lettres!

              • @jacques lemiere
                Bonjour,
                « islamophobie »
                Une phobie est une peur irrationnelle de quelque chose. La plupart des gens comprennent le terme « islamophobie » pour ce qu’il est sensé être : une peur irrationnelle de l’islam. Peu importe les sens que peuvent donner certains suivant la mode et l’époque.
                Le mot est sans doute calquer sur ce que représente le terme « xénophobe » lequel renvoie au racisme, voire aux heures les plus sombres etc…
                C’est de la pure manipulation sémantique.

          • Attention, ne plaquez pas sur les Musulmans la manière de lire les textes sacrés des Chrétiens et des Juifs. Pour les premiers, les choses sont beaucoup plus sacrées que pour les autres ; leur livre est la parole divine elle même et par conséquent ne saurait être lu que de manière littérale. C’est pourquoi les études consistent à l’apprendre par cœur.

            • oui si vous voulez la majeure partie des musulmans n’ont pas pris la distance nécessaire pour passer du littéral au symbolique ..je ne sais pas si c’est possible d’ailleurs…

              peut être que c’est l’absence de clergé qui fait que la lecture radicale réapparaît systématiquement.

              mais je suis désolé…les gens sont des individus..

              les musulmans laïques existent…c’est à dire nés de parents musulmans…je ne jugerai personne sur la seule raison qu’il est musulman.

              • A lire le Père Jourdan, spécialiste du dialogue inter-religieux, ce passage du littéral au symbolique est très qu’hypothétique mais ce n’est pas une raison pour ne pas dialoguer, simplement, il faut baser le dialogue sur la connaissance de l’autre. Malheureusement, la connaissance de tous ceux qui prétendent parler de ce sujet délicat va rarement jusqu’aux questions de dogme religieux. O tempora, o mores, comme disait l’autre.

              • L’islamophobie ne porte pas sur les musulmans mais sur la religion!

    • « e Coran, qui menace très explicitement de châtiment éternel tous ceux qui ne croient pas en la sagesse de ses mots »

      Si ce n’était que du châtiment éternel… ça ne dérangerait pas les non musulmans, puisque par définition ils ne croient pas au coran.

      C’est bien plus grave que ça : le coran menace les « mécréants » des pires châtiments dès ici-bas, et il charge à plusieurs reprises, très explicitement, les musulmans de faire le boulot, les incitant à la violence voire au meurtre des « incroyants ».
      C’est en cela que le coran est dangereux et son message, inacceptable. C’est bien pire que de « simples » insultes.
      Du reste, la jeune Mila a été la première à subir des injures, dans cette affaire, d’après ce que j’ai lu : des musulmans l’ont traitée de tous les noms parce qu’elle ne faisait pas mystère de son homosexualité. Alors qu’en retour ils se prennent des insultes, ce n’est qu’un retour de bâton, d’une certaine façon.

  • « L’insulte à la religion est évidemment une atteinte à la liberté de conscience »

    Jamais vu une phrase d’une telle bêtise de la part d’un ministre de la justice. Incroyable !
    Elle a juridiquement tort et politiquement tort, comme dirait l’autre.
    Car à la bêtise s’ajoute la lâcheté vis a vis des milieux islamistes violents (ceux qui menacent de mort) et d’une certaine manière la non-assistance à personne en danger (en la rendant en partie responsable de ce qui lui arrive).

    Je suis Charlie, je suis Mila !

  • bof quand on voit les ministres de Macron, un ramassis de médiocres et de faux culs …la Belloubet est du même acabit, une incompétente notoire, elle vient de le prouver , incapable de dire une chose intelligente sur un sujet qu’elle devrait maîtriser à la perfection vu que c’est son cursus.

  • je ne vois pas le rapport entre insulte et liberté ?

  • L’Islam condamne a mort celui qui veut abandonner cette religion. L’Islam est donc la négation de la liberté de conscience. Incompatible de façon absolue avec nos lois. Belloubet est une bourrique inculte, sa démission immédiate doit être exigée.

    • Inculte sans doute, mais elle est docteur en droit et fut enseignante universitaire, ce qui laisse perplexe et inquiet …

      • Vous avez encore une bonne opinion des universitaires avec ce qui se passe en ce moment dans les universités, où toute personne non orthodoxe avec la doxa est interdite? Rappelons également qu’ils furent presque tous communistes au XXe siècle.

  • Le plus consternant est qu’une ministre de la justice mette sur le même plan des propos, certes désagréables pour certains, mais qui relèvent de la liberté d’expression et des menaces de mort qui relèvent du délit.

  • C’est absolument ahurissant de lire ces 17 commentaires à la file…..Mais quand donc cessera-t-on de lancer des insultes gratuites comme celles de Virgile ou de Hank ? ? ?
    Quand laissera-t-on à tout un chacun le droit de penser ce qu’il veut sans légiférer stupidement à tort et à travers ? Un site qui se veut « libéral » ne devrait pas se laisser entrainer dans ce genre de polémique d’un autre âge.

    • @epidermiquement : Les commentaires sur contrepoints.org peuvent être très injustes lorsque le sujet de l’islam est abordé, mais là en l’occurence ils n’ont rien d’injustes, ils sont totalement justifiés. Vous n’avez pas l’air de comprendre à quel point ce qu’à dit la ministre est d’une connerie monumentale, que c’est elle qui s’oppose au « droit de penser », et que par conséquent c’est l’occasion idéale pour les libéraux de prouver qu’ils s’opposent au politiquement correct en critiquant cette ministre.

    • Je n’ai écrit aucune insulte! Vous ne connaissez pas le français? J’ai accusé Mme Belloubet d’être complice avec les islamistes qui réclament que les propos contre l’Islam soit considérés comme un blasphème et punis par la loi. Cela n’a strictement rien à voir avec vos accusations grotesques, et je vous rappelle que c’est rétablir le blasphème qui est d’un autre âge. Depuis 1905 la religion est de la sphère privé car la République est laïque et ne doit pas s’en mêler.

    • J’ai du mal à vous comprendre. Vous semblez vouloir mettre un terme aux propos de gens qui vous déplaisent, tant en insistant sur le côté libéral de l’endroit où nous sommes… Volonté qui n’a rien de très libérale.

  • les francs-maçon , le RN , les citoyens en général soutienne la jeune fille ; la bélloubet s’est fait recadre pat Edouard philippe….j’espère que ça lui servira de leçon ; il n’empêche que la jeune Mila ne peut être scolarisé dans aucun lycée parce que se sécurité ne peut être assuré ; voilà ce qu’il en coûte de dire ce que l’on pense des religions , notamment l’islam , dans un pays ou l’on ne se sent plus chez soi ;

    • Les Francs-Maçon vous y allez un peu vite il y a quelques jours le Grand maître du GODF, se félicitait de la gouvernance Macron sur la laïcité.
      Cela fait des années que conseil de l’ordre, instance dirigeant active de cette institution est strictement du coté du manche, lèche-cul et complice des socialos assassins de la laïcité. (Elisabeth Badinter : « Je ne pardonne pas à la gauche d’avoir abandonné la laïcité »)
      Perso, je ne pardonnerai jamais au GO.

      • E. Badinter se faisait des illusions sur la gauche? Pourtant vu leurs exactions dans le monde et leur défense systématique des dictatures de gauche auraient dû lui ouvrir les yeux bien plus tôt.

  • Que dire de plus, c’est un pur produit socialiste, donc rien à en tirer!

    • Le problème n’est pas tant qu’elle soit socialiste ou pas. Ce qui est plus qu’étonnant, c’est d’entendre ce genre de propos de la part de quelqu’un qui a été juriste, professeur de droit et membre du Conseil constitutionnel !

  • Et vice versa ,cela va sans dire,

  • Le « libéralisme absolu » ? C’est quoi cette nouvelle religion ? Une version alternative au turbo-libéralisme ?

  • Ces questions là sont réglées dans les grandes lignes depuis au moins deux siècles chez nous (DDHC de 1789), et encore plus précisément depuis la loi sur la presse de 1881.
    La liberté d’expression est garantie, sous réserve qu’elle ne tombe pas sous le coup de la loi. Or en ce qui concerne cette jeune fille, elle n’a franchi aucune ligne rouge. Elle s’est contenté de dire ce qu’elle pensait d’une religion, elle n’a insulté personne. Pour certains, c’est bien sûr un blasphème, mais celui-ci n’est nullement interdit en France.
    Ce qu’elle a dit n’est en aucune façon l’expression d’un libéralisme échevelé, juste la stricte application de la loi française qu’elle a parfaitement respectée. Personne ne pourra jamais la poursuivre devant un tribunal. D’ailleurs le parquet de Vienne qui avait lancé une enquête pour « provocation à la haine religieuse » vient de retrouver le chemin de la raison, en abandonnant les poursuites. Il était temps. Quant à Belloubet et sa boulette, qui traduit à tout le moins une méconnaissance notoire du droit, elle vient, elle aussi, de faire machine arrière.
    Reste qu’on aurait bien aimé que les réactions de soutien à cette jeune fille soient plus franches, plus massives et plus rapides, et qu’en particulier les gens censés dire le droit, moins stupides (au 2 sens du terme).

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