EDF : la fin d’Hercule

Olivier Durand-EDF(CC BY-NC-ND 2.0)

La question du nucléaire comme celle des énergies vertes (notamment avec la montée de l’anti-éolienisme) s’inviteront dans la campagne.

Par Greg Elis.

La fin prochaine du projet de réforme d’EDF, baptisé « Hercule », sera moins violente que celle du héros antique, poussé sur son bûcher par la tunique empoisonnée de Déjanire. Elle aura lieu dans un silence d’enterrement. Pas d’annonce publique, pratiquement rien dans les médias. Mais que sera le nouveau projet baptisé « Grand EDF » ? Pourrait-il à la fois satisfaire les syndicats, combler son déficit de 42 milliards et construire pour l’avenir ?

Pour satisfaire à de complexes autant qu’ineptes directives européennes, le projet prévoyait la scission du groupe EDF en trois entités : EDF bleu, pour les centrales nucléaires, EDF vert pour la distribution d’électricité et les énergies renouvelables, EDF azur, pour l’hydraulique.

Seul le nucléaire resterait une entreprise publique, EDF vert devant être mis sur le marché boursier et EDF azur bradé au privé, au grès des cessions des centrales hydrauliques, amorties  depuis des années et hyper-rentables.

Le projet s’est bien évidemment heurté à une vive opposition des syndicats ouvriers, essentiellement inquiets sur leur statut, au point d’obtenir le report des concessions d’exploitation des centrales depuis le décret du 23 mars 2008 prévoyant leur mise en concurrence à l’échéance des dites concessions.

La lente agonie d’Hercule

Depuis le début et en se basant sur les seul articles du journal Le Monde (rare média à suivre le projet), on peut suivre la lente agonie du projet « Hercule » au travers de manifestations syndicales, de déclarations de diverses autorités ou de tribunes de spécialistes. Extraits dans l’ordre chronologique :

–   28 janv. 2021 — Le contenu de la réorganisation d’EDF n’est toujours pas connu en détail, mais les opposants s’organisent de plus en plus. Le mercredi 27 janvier, le Comité social et économique central (CSEC) du groupe a annoncé le lancement d’une campagne de communication de grande ampleur contre le plan « Hercule ».

–   10 févr. 2021 — Jean-Bernard Lévy a soutenu, devant les sénateurs puis les députés, son projet de division des activités de l’entreprise en trois parties.

–   4 mars 2021 — Le ministre de l’Économie reconnaît désormais que la méthode mise en œuvre pour promouvoir le plan « Hercule » n’était pas la bonne.

–   25 mars 2021 — Opposants syndicaux et politiques se sont réunis devant la centrale nucléaire de Penly pour protester contre le projet de réorganisation de l’énergéticien.

–   6 avr. 2021 — La réforme d’EDF est-elle en train de sombrer ? Le projet de la direction du groupe et du gouvernement, … n’est pas officiellement abandonné, mais il est désormais en grande difficulté,…. Pour tenter de sauver le projet « Hercule », le gouvernement a proposé, mardi 6 avril, aux syndicats, de modifier ses contours.

–   10 avr. 2021 — Après les sénateurs et les députés en février, c’est devant les auditeurs de France Inter que Jean-Bernard Lévy a soutenu son projet de division des activités en trois parties.

–   12 avr. 2021 — L’exécutif estime que seul son plan « Hercule » – qui n’est désormais plus appelé ainsi, le nom ayant suscité plus d’oppositions qu’autre chose – peut répondre aux défis auxquels fait face EDF, tout en respectant les exigences de la Commission européenne.

–   10 mai 2021 — Interrogé par Ouest France le 23 avril, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, affirme en effet que celui-ci est « oublié » et que le gouvernement ne démantèlera pas EDF en trois sociétés indépendantes.

–   11 mai 2021 — Ce grand projet de réforme, porté depuis près de deux ans par la direction du groupe, est désormais en passe d’être discrètement enterré par le gouvernement, qui fait face à un calendrier intenable et à une forte pression syndicale.

–   14 mai 2021 — Depuis plus de deux ans, les négociations avec Bruxelles se sont enlisées, et les rares échanges avec les syndicats n’ont pas permis d’avancer. Prenant acte de cet échec, Bruno Le Maire vient de décider de mettre fin au plan « Hercule » et plaide désormais pour un « grand EDF », dont l’intégrité serait préservée.

Et maintenant …

Exit Hercule, bonjour Grand EDF. Mais quoi de neuf ?

Tout est encore flou, pas de plan, pas déclaration d’une quelconque autorité donc pas de réaction des syndicats; l’attente. L’intégrité d’EDF semble vouloir être préservée. On ne peut empêcher personne de penser que la proximité des prochaines présidentielles soit pour beaucoup dans le souci de cette intégrité. La question du nucléaire comme celle des énergies vertes (notamment avec la montée de l’anti-éolienisme) s’inviteront dans la campagne.

Le déficit de 42 milliards d’euros est un boulet que traîne le groupe et qui lui ôte tout moyen de peser dans la transition énergétique. EDF est en limite capable de soutenir la maintenance du parc nucléaire français et  totalement incapable d’investir dans son renouvellement pourtant inéluctable. Ne parlons même pas de l’activité dans les énergies renouvelables.

Pour le président d’EDF, Jean-Bernard Lévy « sans Hercule, EDF risque de devenir un acteur de second rang ».

Rien n’est donc décidé sur l’avenir d’EDF. Un fleuron de technologie que les politiques, notamment européenne sur les réglementations absurdes, ou française pour son apathie envers l’agressive Allemagne, auront réussi à démolir.

L’absence de renouvellement du parc nucléaire français depuis 1998 a été le point de départ de cette faillite. Les soi-disant écologistes français ont enfoncé le clou pour parvenir au résultat (un des plus polluants d’Europe) qui fait la fierté leurs confrères germaniques.

[Mise à jour 21/06/2021 : Correctif : une version précédente de cet article précisait à tort que les compteurs Linky seraient facturés dès 2022. Cette information, du Parisien début juin 2021, a été démentie récemment officiellement. Pour plus d’informations sur ce sujet, nous invitons nos lecteurs à consulter cet article.]

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