Une expérience d’expat’ au Mexique par temps de covid

Mexique, mai 2021 - Photo de collection privée — Collection privée,

Comment se passe la vie au Mexique, en temps de crise sanitaire où, dans nos contrées, les restrictions parfois absurdes règnent toujours ?

Un entretien dirigé par Justine Colinet.

Suite à la pandémie, plus précisément suite aux restrictions qui en ont découlé, l’hôtel bruxellois dans lequel Marion travaillait a été contraint de fermer ses portes depuis la fin du mois de décembre 2020. Au mois de mai 2021, la réouverture n’a pas pu avoir lieu. L’hôtel espère désormais pouvoir ouvrir à nouveau en juillet avec, peut-être, le retour d’une activité touristique rentable à Bruxelles.

Sachant qu’elle ne retrouverait pas son activité professionnelle avant cela, Marion a décidé de partir au Mexique, où des connaissances lui avaient précisé que le pays acceptait l’arrivée de touristes sans trop de restrictions.

Nous nous sommes donc intéressés à ce voyage au Mexique qui aura duré plus d’un mois, en temps de crise sanitaire où, dans nos contrées, les restrictions parfois absurdes règnent toujours. Voici donc les réponses de Marion pour nous éclairer sur la manière de vivre ailleurs, malgré la covid.

Quelles sont les plus grosses différences entre la gestion de crise à la française/belge et la gestion de crise au Mexique ? Quelles sont les mesures sanitaires imposées ?

Certaines villes au Mexique, une minorité, imposent toujours un couvre-feu à 23 heures ou 23 heures 30, celui-ci est globalement bien respecté par la population et les touristes.

En ce qui concerne l’arrivée dans le pays, il n’y a pas eu de conditions spécifiques à respecter, pas de quarantaine. Je suis donc arrivée à Cancun, puis à Playa del Carmen plus précisément.

Là, ce fut un peu la surprise, une agréable surprise : tout le monde vit, tout simplement ! La joie de vivre y est quasiment incroyable, vu ce à quoi nous sommes désormais habitués en Belgique. On y fait la fête, les restaurants, bars, discothèques sont ouverts sans jauges maximales d’occupation des lieux.

On y impose souvent la désinfection des mains au gel hydroalcoolique. À l’entrée de certains lieux fréquentés comme les magasins, on prend la température des clients avant de les laisser entrer.

Certaines incohérences demeurent malgré tout : lorsque l’on fait la file pour entrer en boîte de nuit, il est demandé de porter le masque et de se désinfecter les mains, mais une fois à l’intérieur, le port du masque et la distanciation ne sont plus obligatoires.

Mis à part dans les lieux dansant, les gens continuent de porter le masque dans certains endroits publics comme les rues très fréquentées, les marchés, les magasins.

Dans les villes où il n’y a pas de couvre-feu, les bars et restaurants sont autorisés à rester ouverts et accueillir leurs clients aussi longtemps qu’ils le souhaitent.

Tout le monde peut-il travailler librement au Mexique à l’heure actuelle ? Tous les secteurs d’activité sont-ils accessibles ?

Oui, tout le monde travaille librement et absolument tous les secteurs d’activité sont accessibles. Je me suis entretenue avec des Mexicains et la raison à cela est simple : ils travaillent pour vivre.

S’ils n’ont pas de travail, ils ne peuvent pas continuer de vivre dignement, il n’est pas question là-bas de compter sur l’une ou l’autre aide de l’État. Tu travailles ou tu meurs.

Financièrement, comment as-tu eu l’impression que le pays s’en sortait par rapport aux pays européens ?

Les Mexicains sont très étonnés que les aides du gouvernement en Belgique ou en France puissent se prolonger depuis maintenant plus d’un an. Là-bas, pendant la courte période où les frontières ont été fermées, la plupart des travailleurs ne gagnaient presque plus d’argent et ils ne recevaient pourtant aucune prime de l’État.

Comme ce pays dépend très fort économiquement du secteur touristique, lorsque les frontières ont été fermées l’année passée, beaucoup de travailleurs en difficulté se sont d’ailleurs reconvertis en chauffeurs de taxi notamment, et ont migré vers les plus grandes villes du pays pour pouvoir continuer à gagner leur vie.

Si tu as avais eu le choix, aurais-tu passé toute la période de crise au Mexique ?

Évidemment, si j’avais pu me le permettre, j’aurais volontiers passé toute la crise au Mexique, tout simplement pour retrouver de la normalité, de la vie !

Le peuple mexicain, en plus, a besoin de cela pour vivre. La vie ne s’y est pas arrêtée à cause du virus. Si cela avait été le cas, c’est une grande partie de la population qui aurait disparu, ou du moins qui en aurait souffert énormément. Entre le risque de contracter la covid ou mourir de faim, les Mexicains ont choisi de continuer à vivre le plus normalement possible.

Au Mexique, on danse, on chante, on fait la fête, on dort dans des dortoirs avec une dizaine d’autres personnes, on rencontre des gens qui veulent nous serrer les mains, nous faire des accolades… Si on en croit les mesures sanitaires belges et françaises, toutes les conditions seraient réunies pour former des clusters et relancer dangereusement l’épidémie. Pourtant, aucun voyageur ayant partagé un bout de chemin avec nous ni aucun des amis avec qui je suis partie n’a été testé positif. On s’est évidemment posé la question : ces restrictions imposées depuis plus d’un an sont-elles réellement efficaces ? Sont-elles pertinentes ? Est-ce que cela a un sens de continuer sur cette voie ? Va-t-on se rendre compte de l’absurdité de certaines mesures, prendre du recul et les réévaluer ?

Quelles ont été les difficultés liées au départ/retour du Mexique ?

Pour le départ, je n’ai pas connu de restriction spécifique pour entrer au Mexique. On m’a demandé à la douane les raisons de mon voyage, j’ai dit que je venais pour du tourisme, et l’affaire était réglée ! Il n’y a pas eu de demande de test PCR, ni de quarantaine obligatoire.

Pour le retour, ce fut un peu plus compliqué. J’ai dû obtenir un test négatif pour pouvoir rentrer en Belgique. Le testing au Mexique y est moins développé et l’attente est plus longue qu’en Belgique pour obtenir les résultats, il faut compter 48 à 72 heures pour les recevoir. Mon test était négatif.

J’ai alors dû remplir un formulaire qui m’obligeait à me faire tester à nouveau à mon arrivée en Belgique, et une troisième fois après sept jours de quarantaine. Ces tests étaient à nouveau négatifs. S’ils avaient été positifs, j’aurais dû prolonger la durée de la quarantaine imposée.

Qu’est-ce que ton expérience au Mexique t’as montré sur la gestion de la crise en Europe ?

J’ai eu l’impression de vivre dans un autre monde. Je pense même que j’aurais dû partir au Mexique plus tôt au lieu de me morfondre en Belgique, privée de travail et d’une quelconque activité complémentaire.

En Belgique, la vie tourne désormais autour du virus, des variants, du nombre de contaminés, d’hospitalisés, de fermetures, réouvertures, reconfinement, déconfinement… Les médias et les gens ne parlent pratiquement que de ça.
Au Mexique, il y a certes des affichages de prévention, le port du masque à certains endroits, la désinfection des mains, mais la vie a repris son cours.

Tous les voyageurs que j’ai rencontrés qui découvraient librement le Mexique puis décidaient de changer de pays ou de rentrer dans leur pays d’origine étaient priés de passer un test. À chacune de mes rencontres, la même réponse : le test était négatif. C’était un peu surprenant pour moi, venant de Belgique où les restrictions sanitaires sont tout de même très strictes et parfois clairement insensées et où malheureusement on prend l’habitude de vivre dans la précaution extrême voire même la peur du virus.

Les Mexicains sont souvent choqués par les importantes restrictions auxquelles nous avons droit, ils ne comprennent pas ce qui justifie autant de privation de liberté. Je pense qu’on peut se poser la question : d’un côté la Belgique ou la France sont-elles dans l’abus de précautions et de restrictions, d’un autre le Mexique est-il trop laxiste en ce qui concerne les mesures sanitaires ? Dans les deux cas, le virus circule, mais au Mexique, les citoyens continuent à vivre, à circuler librement, à travailler.

Là où il est certain que nous pouvons prendre exemple sur le peuple mexicain, c’est pour leur joie de vivre et leur détermination face aux difficultés. Ils ne se sont pas apitoyés sur leur sort, ils n’ont pas laissé place à la panique, ils n’ont pas mis toute leur existence en pause. L’humain a des besoins sociaux, des besoins de perspective d’avenir, et le gouvernement mexicain a choisi de préserver ces besoins vitaux.

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