Économie française : l’affolant dérèglement de tous les signaux

La France s’éloigne toujours plus de la configuration d’une économie de marché et, sans points de repère, s’enfonce dans l’inconnu. 

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Économie française : l’affolant dérèglement de tous les signaux

Publié le 7 juin 2021
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Par Pierre Robert.

D’étranges paradoxes

Dans une économie de marché, il est normal que lorsque la conjoncture se dégrade les entreprises les plus fragiles, incapables de résister au mauvais climat des affaires disparaissent, ce qui permet au tissu productif de se renouveler. En France cette disparition est encadrée par des procédures que les tribunaux de commerce sont chargés de mettre en œuvre.

En période de crise économique aiguë comme celle que nous traversons depuis plus d’un an, cela se traduit logiquement par une forte hausse du nombre d’entreprises qui, ne parvenant plus à payer leurs factures, se retrouvent devant les juridictions consulaires, soit pour organiser leur redressement si cela est envisageable, soit pour liquider leur activité et vendre leurs biens au profit de leurs créanciers dans le cas contraire.

Le paradoxe de 2020 est qu’alors que le produit intérieur brut a chuté de 8 %, le nombre de défaillances d’entreprises est le plus bas jamais observé depuis 33 ans. Selon le cabinet Altarès, spécialiste des données commerciales il y en a eu près de 40 % de moins qu’en 2019 (31 351 contre 51 301).

De surcroit, loin de se résorber, la décrue constatée en 2020 s’est poursuivie en 2021 avec des chiffres nettement inférieurs à ceux observés habituellement.

Autre anomalie, les bénéfices des entreprises dont le chiffre d’affaires (CA) est inférieur à 50 millions d’euros ont enregistré en 2020, année calamiteuse, une hausse moyenne de 2 % selon une étude publiée le jeudi 3 juin par le conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables.

Des mystères qui n’en sont pas

Ces chiffres surprennent à juste titre compte tenu de l’ampleur des contraintes sanitaires et administratives qui étouffent notre appareil productif depuis mars 2020, mettant en péril les activités de secteurs entiers comme l’hôtellerie, la restauration, le tourisme, les spectacles ou la construction.

Ils n’ont pourtant rien de mystérieux dans le contexte d’une économie française qui était déjà suradministrée avant la crise sanitaire mais l’est devenue plus encore depuis qu’elle a éclaté. Dans l’état de coma artificiel où elle a été plongée, deux phénomènes expliquent la chute du nombre de faillites : l’arrêt temporaire des assignations en justice par les organismes collecteurs des cotisations sociales (Urssaf) et les aides de l’État.

Celles-ci ont été plus considérables que partout ailleurs en Europe. Les dispositifs de chômage partiel ont soutenu avec une amplitude inégalée la rémunération de millions de salariés. Le fonds de solidarité a distribué plus de 28 milliards d’euros et les banques ont accordé 130 milliards d’euros de prêts garantis par l’État (PGE) à hauteur de 90 % de leur montant.

630 000 entreprises dont la plupart (89 %) font moins de deux millions d’euros de CA en ont bénéficié avec la possibilité d’en étaler le remboursement jusqu’en 2026. Bercy estime le coût global des aides aux entreprises (PGE, fonds de solidarité, activité partielle…) à 11 milliards d’euros par mois. À ce titre, une entreprise subissant une baisse de moitié de son CA a pu en amortir le choc en obtenant des dispositifs publics jusqu’à 10 000 euros par mois.

Un tel soutien de l’État peut rassurer à court terme mais compromet gravement la suite des évènements. Le coût final du « quoi qu’il en coûte » a toutes les chances de se révéler écrasant alors même que l’ouverture des vannes de la dépense publique n’aura fait que retarder la disparition d’entreprises non viables condamnées à disparaître avant même que la crise ne survienne.

Le brouillage de tous les points de repère

On estime qu’actuellement plus de 60 000 entreprises ne survivent que grâce à l’appui de l’État et à des taux d’intérêt bas. Sortes de zombies, elles sont restées en vie alors qu’en temps normal elles auraient fait faillite depuis longtemps.

Sans être dans un état aussi dégradé, la plupart des PME ont été fragilisées par la crise. Or, avec la levée des aides, elles auront de nouveau à charge l’intégralité des salaires sans le secours artificiel des subventions publiques. Elles devront aussi s’acquitter de leurs lourds arriérés de cotisations sociales dont les échéances n’ont été que repoussées depuis le printemps 2020. À cela s’ajoute le fait qu’elles vont bientôt devoir commencer à rembourser les PGE.

Dans ce contexte, un chiffre clignote en rouge vif, celui de l’endettement des entreprises qui a bondi de 9,2 % entre 2019 et 2020. En février 2021, il a franchi le cap des 1900 milliards d’euros. Cette hausse n’est due qu’en partie aux PGE qu’elles ont contractés, elle s’explique surtout par les dettes accumulées avant la crise et par les reports de charges.

Les PME-TPE qui portaient déjà un lourd fardeau d’emprunts avant la crise, risquent désormais d’étouffer sous le poids des créances douteuses. Placées sous respirateur artificiel, elles ont vécu pendant des mois dans une bulle mais vont en être expulsées.

Cela paraît inévitable en raison de l’énorme accumulation de dettes publiques avec en 2021 l’annonce d’un déficit sans précédent des comptes de l’État – supérieur de 47 milliards d’euros à ce que prévoyait la loi de finances initiale – couplé à la dégradation de ceux de toutes les administrations publiques.

Leurs interventions ont empêché la crise de s’exprimer mais d’une manière ou d’une autre il va bien falloir qu’elle se traduise dans les faits. Dans ce contexte très périlleux, la question est de savoir si on peut en étaler les dégâts dans le temps de manière à les rendre supportables sans casser définitivement les ressorts de l’économie de marché.

L’année de tous les dangers

Pour les entreprises, l’enjeu majeur sera leur capacité à rembourser sans que cela grève leurs investissements de redémarrage, ce qui ferait avorter la reprise. Sur les PGE, Jean-François Husson, rapporteur général de la commission des finances du Sénat, a mené un travail approfondi d’analyse et de contrôle. Adopté à l’unanimité, son rapport d’information demande l’étalement des remboursements sur dix ans, une proposition soutenue par la plupart des spécialistes à condition de limiter les aides aux seules entreprises qui étaient viables avant la crise.

Selon Lionel Nesta de l’OFCE :

Idéalement, il faudrait que le gouvernement n’aide que les entreprises qui seront à terme concurrentielles et qui vont amener de la croissance économique ».

Séparer le bon grain de l’ivraie, ce n’est pas qu’une maxime évangélique, c’est aussi un impératif pour la compétitivité de notre économie.

Mais y parvenir suppose des capacités d’expertise qui font cruellement défaut à nos administrations ainsi que le confirme l’arrosage sans discernement d’argent public pendant la crise sanitaire. Comme le remarque le président de l’Ordre des experts-comptables d’Île-de-France en évoquant les entreprises de son ressort :

Les aides ont parfois compensé au-delà de la perte, d’autant qu’elles sont non imposables.

Les résultats obtenus jusqu’alors sont donc plus que douteux avec une survie artificielle pour les uns et des effets d’aubaine pour les autres.

À l’avenir on peut douter qu’ils soient meilleurs en dépit des capacités d’analyse de la banque de France et de la mise en route du dispositif Signaux faibles dont l’algorithme est censé permettre de mieux cibler les interventions en remédiation de l’État vers les entreprises en difficulté. La tâche est en effet particulièrement ardue de la part d’instances qui ont toujours été allergiques à la culture de l’évaluation des résultats. Un moindre mal serait d’y associer les grands cabinets d’audit privés.

Pour optimiser l’efficacité des forces entrepreneuriales dont le pays ne manque pas pour peu qu’on les laisse s’exprimer, il faudrait aussi supprimer tous les freins à l’embauche afin de pallier les difficultés de recrutement qui se manifestent dans les secteurs les plus touchés par la crise sanitaire (hôtellerie, restauration, construction).

La tentation du pire

Ce scénario d’un retour rapide à la normale et d’une libéralisation des activités n’est pas le plus probable. Avec l’approche des élections présidentielles et sous la pression des lobbies de tous poils, la tentation va être très forte de reconduire le plus longtemps possible les dispositifs en place afin de retarder l’explosion du nombre des faillites et la montée du chômage.

Par opportunisme et/ou manque de culture économique, les élites de notre pays ont depuis longtemps donné la préférence au court terme et à ce qui se voit au détriment du long terme et de ce qui ne se voit pas, en l’occurrence le coût caché de décisions dictées par l’urgence.

Cette préférence pour le présent est le moteur de la fuite en avant dans laquelle nous sommes engagés depuis des années avec l’espoir toujours démenti que le salut viendrait d’un hypothétique retour de la croissance. En année électorale, le processus a de fortes chances de se poursuivre.

Avec des entreprises maintenues artificiellement en survie, des bénéfices qui augmentent lorsqu’elles tournent au ralenti, des salaires dont l’évolution est déconnectée des gains de productivité, une création monétaire sans contrôle, des actifs dont la valeur monétaire s’envole, des prix des biens qui commencent à déraper, des comptes publics en déficit depuis 1975, des dépenses publiques en voie d’atteindre les deux tiers du PIB, la France s’éloigne toujours plus de la configuration d’une économie de marché et, sans points de repère, s’enfonce dans l’inconnu.

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  • Non mais dîtes donc, Mr Robert, on dirait que vous ne croyez pas aux 5% de croissance sur l’année promis par maître Bruno
    (enfin, techniquement, les 5,1% de croissance sur trois trimestres désormais… :D). A croire que vous n’avez pas pris votre dose de JDD hier !
    C’est le problème avec vous, les gens ayant de réelles compétences économiques : vous êtes imperméable aux belles paroles du bulot de Bercy, cet écrivain dont l’intelligence est le principal obstacle.

  • Et les syndicats des entreprises quasi nationalisées qui s’apprêtent à faire grève, sans doute pour donner un coup de fouet à l’économie…

    • Comme la CGT qui a eu 27% des voix parmi les 5 % de salariés des TPE qui sont allés aux élections professionnelles.

  • le probleme est comment savoir quelle entreprise est viable et quelle non … Prenez une entreprise qui n a jamais ete beneficaire depuis sa creation il y a 10 ans, sous la debranchez ?
    Si oui, vous venez de couler Amazon (qui a brulé du cash pendant 20 ans)

    • La décision appartient aux actionnaires, l’Etat et l’argent public n’ont pas à la « brancher » d’abord ni à décider de la débrancher ou non.

    • On nous raconte pourtant qu’Amazon fait des bénéfices gigantesques, non taxés? C’est du flan?

    • « Prenez une entreprise qui n a jamais ete beneficaire depuis sa creation il y a 10 ans, sous la debranchez ? »

      Je monte une usine qui produit 50’000 fiacres luxueux par année et comme j’en vend seulement une dizaine, l’état oblige les librairies, les boulangeries et les pharmacies à me payer via l’impôt, ça sonne viable ?
      .
      Si mon usine de fiacres coule au bout de 10 ans, j’ai couté 10 milliards d’euros aux contribuables et entreprises ou encore 643’500 SMIC.
      Je pense à monter une centaine d’usine de menhir après.
      .
      Amazon c’était l’argent des investisseurs privés, pas l’argent des boulangeries, pas l’argent des citoyens, pas le mien, pas le votre.

      • Tesla a mis 17 ans avant de faire du bénéfice – des carrosses de luxe ?

        Pour l’usine de menhirs, SpaceX me paraît avoir un bel avenir

        Ce qui illustre la difficulté à prévoir l’évolution future, en particulier dans les domaines de pointe comme, par exemple, les mini-réacteurs nucléaires ou la fission, deux domaines dans lequel de nombreuses entreprises se sont lancées

        • Tesla fait des bénéfices en vendant des droits d’émission carbone… autre forme de subventions.

        • Tesla illustre l’importance de laisser leur argent aux riches.
          Musk a investi à fond perdu au début et il sera rejoint par les cofondateurs de Google et l’ancien président d’Ebay.
          C’était leur argent, leurs problème si ça ne marchait pas.
          .
          En France chaque Zoé coute 7000 euros aux smicards pour que des citadins se paient une bonne conscience et le prince veut en plus flinguer l’énergie nucléaire pour passer au charbon.
          .
          Le spatial d’exploration est un domaine un peu spécial vu la rentabilité illusoire, on peut discuter de sa pertinence scientifique et technologique mais il ne coûte qu’une infime fraction des dépenses de l’état américain (SpaceX est financé par la NASA).

  • « le salut viendrait d’un hypothétique retour de la croissance »
    Vieille antienne totalement inadaptée à la France qui n’a JAMAIS été capable d’accompagner correctement une période de croissance mondiale.
    Quand il y a 3,5% de croissance en moyenne en europe…la france est entre 1 & 1,5%.
    On se demanderait presque pourquoi …alors que l’état, les « aides » diverses et variées pesant toujours sur les entreprises qui réussissent dans un environnement hostile en sont indéniablement les responsables au moins principaux.

  • Je crains que vous n’ayez raison. Hollande fut pire que Sarkozy, Macron fut pire que Hollande et même si Macron rempile, on peut parier que Macron2 sera pire que Macron1.
    Et ce, jusqu’à la chute finale.

    • Vivement la chute finale d’ailleurs, parce que cette descente aux enfers, cette course à la médiocrité, cette lente agonie, c’est insupportable, et ça ne fait que retarder l’inévitable.
      « C’est l’histoire d’une société qui va vers sa chute… Tout au long de sa chute elle se répète : ‘Jusque-là tout va bien’. Mais le plus important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage. »

      • Les tenants de la solution administrée ne connaissent pas la chute finale, car ils n’ont pas pour objectif la performance économique au profit de tous, mais juste le pouvoir et l’administration à leur profit du peu qu’il reste.
        Il ne faut donc rien espérer d’une chute…

    • Macron2 sera pire que Macron1, mais bien meilleur que Macron3 !

  • Vu les charges qui pèsent sur nos entreprises, on voit mal comment l’économie pourrait dégager 5% de croissance!

  • Bien entendu qu’ils en redemandent. Et après ils se payeront le luxe d’accuser l’ultra-libéralisme comme responsables de leurs problèmes.

  • Il faut dire à tous les jeunes de se barrer rapidement afin de mettre leurs compétences ( beaucoup en ont encore, mais pas tous!) au service de leurs ambitions et de leurs rêves! Pour tous ceux qui n’ont pas encore compris ça, blindez vous et ouvrez le parapluie, ça va tanguer sec dès l’an prochain!

  • Le pire n’est jamais sûr, pourtant il est plus que probable dans un pays qui est devenu, grâce à Bruno Le Maire, la référence en matière de communisme.

    • Pour Le Maire comme ses comparses, le pire serait de ne plus pouvoir administrer, ils n’existeraient plus…

  • il serait peut être temps de se mettre au bitcoin de telle manière à ce que l’état ne puisse plus prendre l’argent des contribuables trop vite, étant donné que le bitcoin n’est pas sous la juridiction des interventionnistes invétérés ?

  • Encore faudrait-il que les fonx qui nous dirigent sachent ce qu’est une entreprise. Etant donné que durant ces 18 mois (bientôt 2 ans) seuls les fonx ont vu leur salaire maintenu (plus les primes), le télétravail généralisé et l’avancement à l’ancienneté continuer, on peut douter de la moindre compréhension du propos. vivement que l’on arrive aux 100% du PIB en prélèvements.

  • Il va y avoir une hécatombe de PME dans certains secteurs, parce que des tas de simplets ont utilisé le PGE pour baisser leur prix !!

    Le sort qui nous aattend a terme est celui de la Grèce avec le FMI. -30% d’effectifs de fonctionnaires, -x% sur les retraites.etc..heureusement que le pays a des richesses.
    Donc FMI et au plus tôt le mieux. Comme dirait un de mes fistons, voter LFI ou voter RN c’est voter FMI asap

  • Je cite : « Séparer le bon grain de l’ivraie, ce n’est pas qu’une maxime évangélique, c’est aussi un impératif pour la compétitivité de notre économie. »
    Mais c’est le rôle du marché ! Quand on le détruit et que clients, actionnaires, salariés sont ponctionnés pour un grand magma décidé par des fonctionnaires, cela s’appelle du socialisme et on sait que ça ne marche pas.

  • Article fondamental sur la collectivisation de l’économie française

  • Avant l’euro la France s’en sortait en compensant sa faible productivité par une dépréciation de sa monnaie qui lui permettait tout de même d’exporter. L’adoption de l’euro supposait des réformes structurelles en France (moins d’Etat) pour gagner en productivité. Cela n’a pas été fait. Puisque la France est incapable de se réformer, il faut qu’elle sorte de l’euro.

  • Ce qui va se passer, c’est que l’on va mettre plus de tuyau au malade qui deviendra un légume qui pourrira petit à petit sans aucune créativité ni produits nouveaux si ce n’est des gaz qu’on lui empêchera de libérer pour accélérer sa fin. Enfin bref, une agonie décarbonisée.
    Heureux donc de participer au sauvetage du monde

  • Une entreprise, lors d’une crise économique, peut avoir des difficultés financières provisoires. L’Etat peut l’aider le temps que celle-ci se redresse.
    Mais la filière éolienne ne PEUT PAS connaître la crise, puisqu’elle ne vit QUE par les subventions.
    L’Etat aura beau jeu de dire que cette filière est la seule vraiment fiable ! Les anti-éoliens n’ont aucune chance à ce que leur combat aboutissent à l’arrêt de ces moulins à vent !
    La crise sanitaire aboutira à l’application de la transition dite écologique, qui au final accélèrera le marasme économique !
    Economiquement vôtre. JEAN

  • Les commentaires sont fermés.

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