La politique doit-elle limiter nos rêves ?

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Les quelques polémiques politiciennes sur la supposée volonté de contrôle de la gauche rose ou verte sur nos rêves… Est-ce surprenant ?

Par Christophe Didier.

Je ne vais pas en remettre une couche sur la volonté des écologistes d’interdire les sapins de Noël, les rêves de vol ou de navigation à voile, c’est un épiphénomène, une maladresse et nous détourne du fond du problème.

Nous n’avons malheureusement pas attendu la vague verte pour qu’une certaine catégorie de personnel (représentative ?) de la population nous prive de nos rêves.

Avec les meilleures intentions du monde. Bien sûr. Méfie-toi toujours de ceux qui veulent ton bien contre ton gré. Et de ceux qui prédisent l’avenir. Tu verras, ce sont souvent les mêmes.

Tu rêves de nature. Entre un soleil brûlant, entrecoupé de pluies torrentielles et d’ouragans dévastateurs, il ne fait pas bon s’aventurer à l’extérieur. Comme si cela ne suffisait pas, on ajoute une bonne dose d’anthropomorphisme, histoire de monter d’un cran dans l’échelle de l’émotion : un événement météorologique est toujours brutal, violent, comme un homme peu recommandable.

Bon, il ne fait quand même pas toujours un temps pourri, malgré la propagande permanente, mais ne t’emballe pas, si tu rêvais d’une balade au grand air, les moustiques tigres, frelons asiatiques et le petit dernier, la tique, transformeront la moindre balade en forêt en visite de la zone d’exclusion de Tchernobyl.

Une fois ce week-end pourri enfin terminé, tu ne rêves que d’une chose : retourner travailler. Un air de soulagement illumine ton visage sur le quai de la gare RER d’Evry Courcouronnes en ce joli matin. Ce joli 6 heures du matin.

Mais calme-toi tout de suite. Tu n’imagines pas au-devant de quelles catastrophes tu fonces. Enfin, tu fonces à la vitesse du RER. Ton patron est forcément un exploiteur, suppôt du grand capital et tes collègues des menaces en puissance.

De toute manière tu bosses dans un domaine peu recommandable puisque tu participes à (rayer la mention inutile) la destruction de la planète / l’expansion du capitalisme / la fin du vivre ensemble / le maintien de la société patriarcale oppressive.

Et ne rêve pas de devenir fonctionnaire, même l’administration s’oriente vers un management productif rentable qui te fera perdre toute confiance en toi, si ce n’est ton âme et t’enverra directement en burn-out.

Un burn-out que tu occuperas utilement en lisant un bouquin qui t’expliquera que le management est issu en droite ligne de l’organisation nazie (je ne plaisante même pas, ce livre existe) faisant de toi un petit SS qui s’ignore. Toi qui rêvais d’être un manager bienveillant et participatif.

Évidemment, extérieur hostile, travail dangereux, tu rêves de t’enfermer chez toi. Mais n’allumes pas la télé. Sinon, tu entendras le présentateur du journal finir son intervention par cette formidable phrase : « Et maintenant une information positive pour conclure ». Dans quel monde de rêve vivons-nous pour que le positif devienne l’exception ?

Malgré tout, tu ne te laisses pas abattre (on n’en est pas encore là) et tu te mets au sport. Tu rêvais de pédaler, courir, sauter, frapper librement dans une extase mélangeant maitrise technique et dopamine ?

Encore raté : on va t’affubler de tout un tas d’équipements électroniques qui vont faire de toi un cobaye enfermé dans sa roue. L’ordinateur va te dire quel sport faire, comment le faire, pourquoi le faire, le tout sous la surveillance de tes pairs avec qui tu vas pouvoir comparer tes perfs.

Et si tu rêves de faire une pause, ton téléphone et ta montre connectés seront là pour te rappeler que tu vas bientôt mourir et qu’il serait temps de s’y remettre.

Bon, manger, sortir, faire du sport, ça creuse. Tu rêves d’une bonne bouffe. Hé bien, ne rêve plus. Le gluten, le gras, le sucre, le sel, le cuit, le cru, la viande rouge et n’importe quoi produit par l’industrie abimera ton intérieur ou te contaminera avec une bactérie, bacille ou que sais-je, transporté jusqu’à toi à cause d’une alliance entre la cupidité du patron et le laxisme des règles sanitaires.

Et si ce n’est pas toi qui meurs (on te reprochera ton égoïsme), ton comportement peut massacrer l’humanité : l’élevage intensif, la croissance et le transport de ton avocat, le plastique qui l’emballe…

Tu ne fumes pas, tu ne bois pas, tu ne manges pas, alors au moins tu rêves d’une bonne bai… Caramba, encore raté. Ce que tu appelais des fantasmes est devenu un outil d’oppression masculino/machisto/patriarcal. Sinon, tu peux, là aussi, choper des maladies. Et si tu n’es pas sympa, tout ça se terminera en revenge porn.

Alors bon, les quelques polémiques politiciennes sur la supposée volonté de contrôle de la gauche rose ou verte sur nos rêves… Est-ce surprenant ? Il semble que tout le monde souhaite gâcher les rêves de son voisin.

Et bien sûr, les candidats à la présidentielle vont s’engouffrer dans la brèche. Puisque les gens ont peur, mon rôle est d’être protecteur.

Pourtant…

Si tu rêves de liberté,
si tu rêves de pouvoir exercer ton libre arbitre,
si tu ne rêves JAMAIS de plan de relance et d’État-stratège,
si tu rêves de voir disparaitre DÉFINITIVEMENT le ministre du plan,
si tu rêves d’un gouvernement composé de dix ministres motivés et dévoués,
si tu rêves de pragmatisme,
si tu rêves de règles claires et simples,
si tu rêves de ne plus entendre : « les Français pensent que… »,
si tu rêves doublement de référendum et de respect du résultat du vote,
si, pour toi, une subvention n’est pas un rêve mais un cauchemar,
si tu rêves d’avoir le choix,
si tu rêves d’un pays qui ne verbalise pas sa population pour non-port du masque en extérieur. Et pour tout un tas d’autres raisons d’ailleurs,
si tu rêves d’une classe politique respectable et respectée,
si tu rêves d’un pays tourné vers le progrès,
si tu ne rêves pas de conserver le peu qui te reste, tremblant à l’idée qu’on te l’enlève,
si tu rêves d’un monde où la solution à tous les problèmes N’EST PAS l’augmentation des impôts,
si tu rêves d’une France où « confiance » remplace « surveillance » et où « optimiste » n’est pas une insulte,
si tu rêves d’entendre plus souvent « faire » qu’ « interdire »,

et bien pour 2022, c’est foutu.

Par contre, fais-le le savoir. Il faudrait vérifier si davantage de Français veulent rêver que de Français qui veulent supprimer les rêves. Le brouillard médiatique empêche de voir les forces en présence.

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