Pass sanitaire : le jour où l’Assemblée nationale a failli être utile

Terracotta warriors Yue Minjun bye Paul Stevenson (creative commons) (CC BY 2.0)

Comme n’importe quelle assemblée générale gauchiste en fac, on a fait revoter les parlementaires jusqu’à ce que le vote corresponde à l’agenda politique des organisateurs du vote qui voulaient le pass sanitaire.

Par Frédéric Mas.

Après avoir rejeté une première fois l’article premier du projet de loi de sortie de la crise sanitaire portant sur le pass sanitaire, les députés ont finalement revoté pendant la nuit pour l’adopter.

103 voix pour, 108 contre. C’est la stupéfaction ce mardi 11 mai. Les alliés Modem de la majorité présidentielle ont décidé de voter en masse contre le premier article du projet de loi porté par l’exécutif. Celui-ci aurait dû cristalliser l’attention du débat public tant les problèmes que pose le pass sanitaire en termes de libertés publiques, de sécurité des données de santé et de protection de la vie privée sont importants.

Il n’en a rien été.

Des mois de confinements, de reconfinements, de flicage permanent, d’atteintes aux libertés fondamentales, d’interdiction d’exercer son métier, de folie bureaucratique, le tout entretenu par une propagande sanitaire anxiogène ont eu raison de la volonté des Français. Peu importent les moyens, qu’on revienne à la situation d’avant, même si c’est au prix d’un bracelet électronique sanitaire. La lassitude l’a emporté sur la vigilance civique, le solutionnisme technologique paresseux a séduit les élites sociales.

Mais un grain de sable s’est introduit dans l’inexorable machine à réduire les libertés. Les alliés de la macronie se sont lassés momentanément de jouer les presse-boutons. Le député Philippe Latombe, au nom du groupe Modem, s’est plaint en effet du manque de « dialogue et d’écoute » de l’allié macroniste. Les réserves sur le texte n’ont pas été entendues. Des parlementaires ont contesté l’expertise autoproclamée de l’exécutif. Pas le pass sanitaire, mais c’est déjà ça.

Seulement, ce n’est pas ce que l’exécutif attend de la majorité à l’Assemblée, alliés compris : celle-ci n’est qu’une courroie de transmission de Jupiter tout-puissant. Donc l’Assemblée revotera jusqu’à ce que son vote s’aligne sur celui des experts-courtisans de l’Élysée.

Mardi soir, Jean Castex annonce donc en urgence une nouvelle délibération sur France 2 : « ce problème nous allons le régler, il y aura une nouvelle délibération dès ce soir, et il y aura un pass sanitaire ». Comme n’importe quelle assemblée générale gauchiste en fac, on fait revoter les participants jusqu’à ce que le vote corresponde à l’agenda politique des organisateurs du vote.

Les vieilles méthodes d’assemblée générale pour donner à des mesures autoritaires l’apparence de démocratie fonctionnent même au plus haut niveau de l’État. À ce stade, ce n’est plus un accident politique mais une marque de fabrique, celle du mépris bureaucratique pour les formes les plus élémentaires du fonctionnement de la démocratie libérale.

Quelle aubaine pour les démagogues populistes à l’extrême droite et à l’extrême gauche qui n’ont pas trop à se forcer pour se moquer des manœuvres du parti présidentiel pour faire passer en force son texte.

Ce n’est pas la première fois que l’exécutif rappelle à l’ordre le législateur quand il esquisse la volonté de jouer son rôle de contre-pouvoir. On se souvient de la colère presque juvénile d’Olivier Véran le 3 novembre dernier. Face à des députés peu empressés à prolonger l’état d’urgence sanitaire, le ministre de la Santé s’était emporté.

Mais LREM a battu le rappel, et ses troupes ont revoté pendant la nuit.

Cette fois-ci, plus de couac possible, le texte est passé avec 205 voix contre 85. Soulagement à l’Élysée, le lent déconfinement bureaucratique, partiel et toujours aussi attentatoire aux libertés publiques va pouvoir se mettre en place. Et le train-train de l’Absurdistan reprendre son cours comme si de rien n’était. Fin de la parenthèse parlementaire.

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