Un bac 2021, « aménagé » ou pas, oui mais après ?

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En fin de scolarité secondaire, il est contreproductif d’être généreux sur l’obtention des diplômes. Une telle attitude peut conduire à une stigmatisation des élèves diplômés en 2020 voire en 2021.

Par Nelly Guet.

En 2021, le contrôle continu représentera 82 % de la note finale, l’épreuve écrite de philosophie et le grand oral les 18 % restants. Petit rappel : en 2020, seules les notes obtenues par le contrôle continu avaient été retenues, à l’exception de celles obtenues pendant le confinement.

Analyse de la session 2020 par l’OCDE

bac 2021

Les comparaisons de l’OCDE sont sur ce point très instructives : en fin de scolarité secondaire il est contreproductif d’être généreux sur l’obtention des diplômes. Certains pays, dont la France, comme l’indique le tableau ci-dessus, ont eu tendance à faire preuve de générosité, ce qui est préjudiciable car une telle attitude peut conduire à une stigmatisation des élèves diplômés en 2020 voire en 2021 (version anglaise disponible).

Autres constats de l’OCDE pendant la pandémie

La fermeture des établissements scolaires est très préjudiciable aux élèves issus des milieux défavorisés. Il s’agit donc de combler le retard accumulé pendant les semaines d’enseignement distanciel et hybride, et de consommation passive de lecture sur écran. Comment faire, quand on sait depuis longtemps que le redoublement est inutile ?

Le plus urgent et le plus important est de former les professeurs à l’intégration des outils numériques dans leur enseignement car de toute manière il sont devenus un complément indispensable pour l’exercice de leur profession dans le futur.

Réduire la durée de fermeture des établissements en exploitant les périodes de vacances scolaires est une bonne chose. L’alternance introduisant des jauges à 50 % est également une bonne chose si elle est organisée sur la journée et non à un rythme hebdomadaire ou mensuel. C’est ainsi qu’elle permet de préserver non seulement l’apprentissage mais aussi les relations sociales entre élèves, entre élèves et professeurs.

Certains pays comme l’Estonie n’avaient pas attendu cette crise pour transformer en profondeur leur système éducatif grâce au numérique. D’autres, l’Allemagne et la France notamment, étaient nettement moins préparés. Certains pays comme l’Espagne et le Portugal ont fait flèche de tout bois en utilisant tous les moyens disponibles, télévision, radio, téléphones portables… Les Pays-Bas ont fait appel aux industriels pour fournir des ordinateurs à tous leurs élèves. La France, pays centralisé s’il en est, a bien dû s’en remettre aux initiatives locales des chefs d’établissement.

Ce qui compte pour les futurs bacheliers de 2021, c’est non seulement d’avoir un diplôme reconnu mais d’avoir acquis les compétences indispensables à tous et celles plus spécifiques dont ils auront besoin dans leur itinéraire personnel, que ce soit pendant leurs études supérieures ou dans un premier emploi. Certains pays ont fait appel à des enseignants retraités (Japon), ont accordé des soutiens financiers (République tchèque), car le plus important consiste à organiser une remédiation basée sur des tests pour combler les lacunes.

À l’avenir, il faudra dépenser moins et obtenir plus. Une chose est claire : plus les décisions seront prises localement plus les résultats seront au rendez-vous.

Bac 2021 : quel impact pour le M.E.N. ?

Il semble permis de croire que l’expérience acquise pendant les mois de pandémie aura fait évoluer le métier d’enseignant en éclairant sa dimension sociale mais aussi à l’heure de l’intelligence artificielle, en rendant le transfert de connaissances par la voie digitale indispensable.

Le Grenelle de l’éducation, énième et espérons-le dernière consultation qui aurait probablement fait accoucher la montagne d’une souris, n’a toujours pas fait connaître ses conclusions, mais entretemps le travail des équipes sur le terrain – à des degrés divers, certes – a fait ses preuves.

Je ne reprendrai pas ici les propositions que j’ai déjà formulées, en juin 2014, dans un article sur le baccalauréat.

En sept ans, la durée exacte d’une scolarité de la sixième à la terminale, peu de choses ont changé : ici et là quelques innovations vont dans le bon sens mais l’architecture globale du système scolaire français, le carcan des programmes disciplinaires, la mise à l’écart de l’entreprise dans l’enseignement général, restent en l’état et produisent les résultats que nous connaissons : inégalités sociales, violence…mais aussi baisse du niveau dans les comparaisons internationales. La dévalorisation du baccalauréat apparaît dès lors comme un détail au milieu des échecs connus depuis des décennies qui exigent une remise à plat du fonctionnement actuel.

À cet effet, je rappelle que l’OCDE offre ses services aux pays qui le demandent, sous forme d’expertise et de recommandations spécifiques. Les pays suivants ont déjà profité de ces apports de haute qualité : Autriche, Norvège, Islande, Écosse, Estonie, Irlande…

À ma connaissance, la France n’en a jamais fait la demande. Rien d’étonnant puisque nos ministres rappellent à toute occasion combien nous sommes performants, voire les meilleurs !

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