Le baccalauréat : une institution coûteuse qu’il faut réformer

Élèves sortant des épreuves du baccalauréat au Lycée Charles de Gaulle à Caen (Crédits Valenting Mangnan, licence Creative Commons)

Il est temps de remettre en question non seulement l’architecture globale, très coûteuse, du baccalauréat, mais également la structure pyramidale inefficiente du ministère de l’Éducation nationale.

Par Nelly Guet.

Eleves sortant des épreuves du baccalauréat au Lycée Charles de Gaulle à Caen (Crédits Valenting Mangnan, licence Creative Commons)
Élèves sortant des épreuves du baccalauréat à Caen

Nous avions eu les « fuites » de sujets en 2011, cette année, nous avons les grèves… Si seulement elles permettaient de remettre en question non seulement l’architecture globale, très coûteuse, de notre examen national – 1,5 milliard d’euros ! –, mais également la structure pyramidale inefficiente du ministère de l’Éducation nationale et  nous  permettaient d’entamer les réformes structurelles qui s’imposent…

Le taux de réussite au bac général 2013 s’élevait à 91,9% (+ 2,3 points), à 86,4% pour le bac technologique (+3,2 points) et à 78,5% (+0,3 point) pour le bac professionnel. A priori, de quoi s’en satisfaire ! Le pourcentage de bacheliers dans une génération s’élevait en 1970 à 20%, en 1985 à 30%, en 1995 à 60%, en 2013 à 73 %. Si l’on ne peut que se réjouir de cette progression et de cette démocratisation, l’on ne doit, cependant, en rester à ce constat chiffré.

Avant de s’interroger sur le devenir de nos bacheliers, comparons deux récents reportages, présentés au JT, regardés – je l’espère – par de nombreuses familles françaises.

D’abord le bac au Danemark : les élèves disposent de leur ordinateur, peuvent faire des recherches sur Internet ; toute correspondance par mail est bloquée. Ici, l’on a compris que les Universités et les entreprises ont besoin de jeunes capables de mobiliser les ressources existantes, d’analyser, de réfléchir, de comprendre, de démontrer, d’argumenter, de questionner, de se prendre en charge en exploitant leurs facultés intellectuelles. Autonomie et initiative sont les maîtres mots.

En France, le thème du reportage demeure : « comment faire mémoriser ? » : il révèle l’anxiété des candidats et des familles, à l’approche de la date fatidique… Peu de différence entre la mémorisation attendue il y a 50 ans et celle de 2014 ! L’autonomie n’est pas à l’ordre du jour, ni son corollaire, la capacité à juger par soi-même, à agir, à choisir en connaissance de cause… Les informations sont dorénavant disponibles à tout moment sur Internet mais nos élèves continuent à être testés sur leur capacité à les « retenir » au lieu de l’être sur leur capacité à comprendre la complexité du monde et à entrer en interaction avec elle.

Que deviennent nos bacheliers ?

Les mieux informés – et les mieux « calibrés » pour la poursuite d’études élitistes « à la française » ont, bien sûr, anticipé : ils n’ont attendu ni le diplôme, ni les résultats du 3ème trimestre pour assurer leur avenir !

Pour les autres, le taux d’abandon au cours des deux premières années universitaires, notamment parmi les bacheliers appartenant aux catégories socioprofessionnelles défavorisées, est très élevé. Cette discrimination vient s’ajouter à celle qui a eu lieu en amont et a conduit 150 000 jeunes à sortir du système éducatif, sans qualification.

L’école républicaine est ainsi, une nouvelle fois, bafouée, car l’influence du milieu familial est déterminante et cette influence, en période de crise, ne fait que s’accroître. La France est en effet très mal placée en Europe en ce qui concerne le chômage des jeunes. En septembre 2013, l’Union européenne comptait 5,58 millions de jeunes sans emploi : le taux de chômage des moins de 25 ans atteint 23,5% dans la zone euro ; il dépasse 26% en France, 56% en Espagne et 57% en Grèce, mais atteint « seulement » 7,7% en Allemagne et 8,6% en Autriche.

Notre objectif est donc limpide !

Le taux d’étudiants diplômés à bac+5 était de 27% en 2010, il doit passer, pour respecter nos engagements européens, à 50%.

Dans les statistiques présentées en France, on comptabilise parmi les diplômés de l’enseignement supérieur, les BTS, DUT, Bac+2, ce qui permet de « sauver la face » et d’affirmer que nous sommes parmi les plus performants en Europe, au lieu d’expliquer que le processus de Bologne a conduit à la création en 2010 de l’Espace européen de l’enseignement supérieur, qui place les systèmes nationaux diversifiés dans un cadre commun et fait de la licence, en France, à Bac+3, le premier grade universitaire, menant au master à Bac+5.

Chacun sait que nous manquons d’ingénieurs, qu’il nous faut des diplômées et diplômés à Bac +5, principalement dans les disciplines scientifiques et technologiques, pour relever les défis présents et à venir, qu’il nous faut aussi des étudiants tellement épanouis dans leur scolarité, qu’ils n’imaginent pas pouvoir se priver d’une formation tout au long de leur vie !

Est-ce le cas ? À 15 ans, le pourcentage d’élèves français, qui sont dans des écoles où l’importance du « développement social et émotionnel » – mission première de l’éducation – est reconnue, est le plus faible de tous les pays de l’OCDE. Le pourcentage de jeunes Français qui se sentent bien à l’école est seulement de 47,4% contre une moyenne de 81,3% pour l’OCDE. C’est le taux le plus faible de tous les pays de l’OCDE.

Ceci n’alerte pas les parents français qui continuent à penser que la mission de l’école est, avant tout, la transmission de connaissances. Ils ne sont pas davantage alertés par le nombre très faible d’élèves très performants – deux fois et demi moins élevé que celui des pays ayant les meilleurs scores dans PISA.

Et tout le monde se console avec le bac, à moins que ce ne soit, cette année, avec le foot !

Ces parents français mal informés ont rarement reçu, de la part des enseignants et des journalistes « spécialisés », les explications nécessaires sur la formation et l’évaluation par compétences, et sur :

  • le Socle commun européen de connaissances et de compétences (2005)
  • le Cadre Commun Européen de Références pour les Langues (connu depuis 2000, en vigueur depuis 2007),
  • le brevet informatique (B2I) (2001),
  • la réforme du lycée (2010) instituant l’individualisation des parcours,

Sinon, ils exigeraient des certifications reconnues au plan international !

Sortons nos enfants de la passivité, du bachotage, voire de la tricherie aux examens, montrons leur la voie de la responsabilité individuelle et collective ! Faisons d’eux des citoyens compétents, actifs, convaincus de la nécessité de se former tout au long de la vie !

Les diplômes et concours « à la française » qui servaient de « passeport à vie » ne sont plus valides. Préparons l’avenir des jeunes générations en leur permettant de faire leurs choix et de les assumer. Inspirons nous des pays dont nous envions les réussites sur le plan éducatif.

Et surtout ne confions pas une énième mission aussi impossible qu’inutile à un spécialiste du système scolaire, en prétendant être à la recherche d’un consensus. L’heure est grave, il est urgent d’agir ! D’autres pays l’ont fait avant nous !

Pour ce faire, les cinq mesures que j’ai décrites dans le livre que je viens de publier, Virage européen ou mirage républicain ? Quel avenir voulons-nous ?, permettront d’adapter l’institution scolaire aux besoins du 21ème siècle. Évaluons ensemble, partageons autant que possible entre toutes les parties prenantes – élèves, parents, enseignants, professionnels – un leadership équilibré et créateur ; effaçons la dichotomie Enseignement-Vie scolaire ; réorganisons à l’aune de ce qu’elle est en Europe la formation initiale et continuée pour tous les enseignants et chefs d’établissement ; enfin, impliquons les entreprises dès la formation initiale – au plus jeune âge – des élèves.

Nous parviendrons ainsi à modifier notre système d’évaluation, à supprimer les vestiges du temps passé, à opter pour un baccalauréat, qui assure des perspectives de réussite dans l’enseignement supérieur, non seulement en France mais en Europe et dans le monde.