Les inégalités n’ont jamais été aussi réduites depuis 50 ans !

Photo by Lindsay Henwood on Unsplash — CC-BY

Lorsqu’il s’agit de parler d’inégalités, l’unanimité règne. Elles ne cesseraient de se creuser. Pourtant, l’étude attentive des données peut fournir des informations différentes.

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

Lorsqu’il s’agit de parler d’inégalités, l’unanimité règne. Elles ne cesseraient de se creuser et pour les diminuer, il n’y a que deux solutions : augmenter l’impôt des riches et redistribuer encore plus. L’État est là pour compenser les écarts de revenus et répondre aux chiffres alarmistes lancés par les politiques, les médias ou les organisations non-gouvernementales comme Oxfam.

L’étude attentive des données peut néanmoins fournir des informations différentes. C’est ce qu’a fait l’IREF plusieurs fois en attirant l’attention sur le caractère pernicieux des statistiques publiées par Thomas Piketty, pourtant reprises telles quelles par les journalistes.

Et c’est ce que font ces jours-ci deux économistes, Phil Gramm et John Early qui, eux, décortiquent en détail les données officielles du Census Bureau, l’institut de statistiques américain. Leurs conclusions vont complètement à l’encontre du discours à la mode sur l’augmentation des inégalités.

Évaluation des inégalités : aux États-Unis, les aides financières n’entrent pas dans le calcul des revenus

Ils montrent que les données du Census Bureau ne comptabilisent pas toutes les aides gouvernementales dans les revenus des bénéficiaires. En 2017, le gouvernement fédéral, les États et les villes ont redistribué 2800 milliards de dollars, soit 22 % des revenus de l’ensemble des ménages du pays. Plus des deux tiers de ces transferts sociaux sont allés à ceux des deux quintiles de revenus inférieurs.

Mais le Census Bureau choisit de n’inclure que 900 milliards de dollars dans le calcul des revenus des bénéficiaires. Les quelque 1900 milliards de dollars restants de transferts gouvernementaux ne sont pas pris en compte.

Or il s’agit d’aides importantes, notamment Medicare, Medicaid, crédit d’impôt sur le revenu du travail (les bénéficiaires reçoivent un chèque du Trésor) bons d’alimentation (qui permettent d’acheter de la nourriture avec des cartes de débit délivrées par le gouvernement), et de nombreux autres programmes incluant des prestations payées directement par le gouvernement.

Les deux quintiles supérieurs paient 82 % du total des impôts

De plus, les impôts devraient être déduits du montant des revenus, ce que ne fait pas le Census Bureau. Les Américains paient 4400 milliards de dollars par an en impôts fédéraux et locaux. Les ménages des deux quintiles supérieurs y contribuent à hauteur de 82 %.

Il semblerait logique d’en tenir compte dans les données censées mesurer les inégalités. Si tel était le cas, ces inégalités, n’auraient augmenté, de 1967 à 2017, que de 2,3 % au lieu des 21,4 % qui figurent dans les statistiques officielles : une différence de près de 90 % !

Lorsque toutes ces données sont corrigées et prises en compte, les inégalités se réduisent considérablement. Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous qui reflète la fameuse courbe de Gini : la courbe en bleu, officielle, mesure les inégalités sans les transferts (les aides) et sans les impôts et taxes payés par les deux quintiles les plus riches. La courbe en noir les traduit en tenant compte des transferts sociaux et des impôts payés. En réalité, les inégalités n’ont jamais aussi faibles depuis… 50 ans (en 2017 par rapport à 1967).

Les disparités entre les revenus s’accentuent, c’est un fait. Mais selon les deux chercheurs, le revenu réel du quintile inférieur (ajusté en fonction de l’inflation, et compte tenu de la valeur de tous les paiements de transfert, déduction faite des impôts payés) a augmenté, depuis 50 ans, de 300 % ; contre 213 % pour celui du quintile supérieur, également après impôt. Ce sont des chiffres comptables, pas idéologiques.

D’ailleurs, à mesure que les transferts gouvernementaux aux ménages à faible revenu ont explosé, le taux de participation au marché du travail de ces ménages a baissé. Désormais, les aides d’Etat peuvent atteindre 90 % du revenu du quintile inférieur.

Ce n’est pas forcément une très bonne chose mais il faut le savoir. Et fausser les chiffres sur les inégalités n’est certainement pas une manière responsable d’aborder le sujet.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.