Confinement : retour à la case départ

monopoly in jail by chris potter (creative commons) (CC BY 2.0)

La France est aujourd’hui victime du corporatisme qui est l’envers de la conception singulière que les Français se font de la liberté.

Par Frédéric Mas.

En un an, rien n’a changé, malgré les promesses des uns et des autres. Tout indiquait qu’il fallait d’urgence réorganiser l’hôpital pour adapter sa gouvernance à une situation de crise covid. Mais c’est la complexité bureaucratique du mastodonte sanitaire qui a repris le dessus et finalement imposé ses conditions à l’ensemble du pays.

Pour empêcher l’engorgement supposé des hôpitaux, le pays est une nouvelle fois bloqué, transformant nos villes en résidences surveillées et alimentant une dette covid qui n’en finit pas d’exploser. Emmanuel Macron n’a finalement fait que céder au chantage à la panique sanitaire instrumentalisée par une partie d’une bureaucratie sanitaire qui refuse de changer.

Toute la semaine, les médias relayaient le même message : attention, nous allons être obligés de faire le tri entre les malades si rien n’est fait, acculant le pouvoir politique à réagir.

Pourtant, voici déjà un an que le tri se fait pour laisser la place aux malades du covid. La déprogrammation des opérations courantes depuis un an au nom de la crise sanitaire, c’est faire un choix entre malades avec ses coûts tragiques et ses bénéfices espérés.

La France est aujourd’hui victime du corporatisme qui est l’envers de la conception singulière que les Français se font de la liberté. Dans L’étrangeté française (2006), l’anthropologue Philippe d’Iribarne observe que les racines de la conception française de la liberté sont profondes, qu’elles remontent même au Moyen Âge.

Dans le monde anglo-américain, la liberté est associée à la propriété individuelle.

En Allemagne, elle repose sur la distinction essentielle entre suzerain et homme libre.

La liberté en France est quant à elle attachée à la conception de « la grandeur propre à une caste attachée à son rang, qui ressent comme une atteinte insupportable toute demande d’effectuer des actions indignes de celui-ci. » C’est la liberté-privilège de l’aristocratie plus que la liberté « égalitaire » professée par les théoriciens libéraux comme John Locke ou Adam Smith.

Elle demande d’être protégée par les coutumes, puis par l’État social, contre un marché considéré comme avilissant et dégradant. La liberté-privilège condamne par avance toute évolution, réclamant toujours plus de statuts, de réglementations et de barrières législatives pour éviter aux rentiers de devoir répondre aux réels besoins de leur clients. C’est l’essence même de la société bloquée dont parle Jean-Philippe Feldman.

La corporation hospitalière est aujourd’hui suffisamment puissante pour tordre le bras de l’État et affaiblir les libertés publiques du pays entier. Pour protéger son organisation de toute réforme interne, même minime, elle a placé l’État non plus dans le rôle d’arbitre mais de défenseurs de ses intérêts particuliers.

Combien de temps le reste de la société civile subira sans réagir ?

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