3 mythes sur la bureaucratie dévoilés avec l’audition d’Édouard Philippe

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Edouard Philippe by Jacques Paquier (CC BY 2.0)

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3 mythes sur la bureaucratie dévoilés avec l’audition d’Édouard Philippe

Publié le 23 octobre 2020
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Par Frédéric Mas.

Ce mercredi, l’ancien Premier ministre Édouard Philippe défendait son bilan dans la gestion de la crise sanitaire devant une commission d’enquête de l’Assemblée nationale. S’il a reconnu des erreurs de communication, il a toutefois estimé que globalement, sa politique avait permis de « sauver des vies ».

Cherchant à faire comprendre la difficulté de sa tâche, Édouard Philippe est revenu sur un nombre d’idées reçues en vogue dans le débat public sur le procès de décision publique. « Comment est-ce qu’on gère une crise sanitaire avec des échelons de décision très dispersés […] quand vous avez immédiatement le risque pénal sur le dos ? » a-t-il ainsi lancé aux membres de la commission.

En une phrase, Édouard Philippe met à bas trois mythes bureaucratiques.

Une bureaucratie rationnelle

La bureaucratie est un processus rationnel. Selon l’analyse de Max Weber, qui a toujours beaucoup de succès auprès des bureaucrates eux-mêmes, la bureaucratie est l’expression de la rationalité et substitue au pouvoir charismatique des sociétés traditionnelles un cadre légal-rationnel qui s’appuie sur le statut et la compétence de ses représentants.

Édouard Philippe décrit plutôt une juxtaposition d’administrations et d’officines aux compétences mal définies et très peu coordonnées, un maquis légal qu’il est difficile de comprendre pour espérer faire bouger. L’hôpital public n’est pas le seul grand corps malade de sa direction.

Guillaume Nicoulaud avait diagnostiqué les mêmes maux dans le domaine de la lutte anti-terroriste. On imagine qu’existe le même brouillard au sommet pour toutes les grandes administrations publiques françaises.

Une bureaucratie au service du politique

La bureaucratie est un outil au service du politique. Il existe un débat dans la littérature économique et sociologique sur la nature de l’articulation entre administration et politique. Pour un certain nombre d’auteurs, comme par exemple Ludwig von Mises ou Michel Crozier, la bureaucratie n’est que l’instrument de la classe politique et finalement n’a qu’une existence subordonnée aux plans décidés par les élus.

Pour d’autres, comme Karl Marx ou Claude Lefort, la bureaucratie est autonome et prend ses propres décisions en laissant au politique une marge de manœuvre finalement assez étroite.

À l’écoute d’Édouard Philippe, la France est davantage dans la seconde situation que la première : les politiques de droite et de gauche se ressemblent toutes depuis des décennies parce qu’elles doivent se couler dans le moule bureaucratique pour être comprises et effectuées.

Cela signifierait-t-il que la première théorie est fausse et la seconde est vraie ? Pas nécessairement, il peut tout simplement décrire deux moments du développement bureaucratique.

Son autonomisation s’accroît en même temps que sa masse qui lui permet à un certain stade d’inverser les rapports hiérarchiques entre politique et administration. Plus il existe de bureaux et d’officines, plus il devient facile de doubler le pouvoir élu, et sur le versant électoral, plus il y a de fonctionnaires parmi les électeurs, plus les élus ont intérêt à ne pas les contrarier pour les amadouer.

Liberté du politique, soumission du fonctionnaire

Il existerait une véritable opposition entre la liberté du décideur politique national et l’inertie bureaucratique. Les membres du gouvernement dessineraient les grandes orientations des administrations, planifieraient du sommet de l’administration comme les Dieux sur le mont Olympe l’ensemble de l’ordre administratif qui ensuite se mettrait en branle pour appliquer les directives politiques.

Sauf que, comme le suggère très fortement Édouard Philippe, la menace pénale qui plane sur la tête des dirigeants paralyse autant que la dilution de responsabilités des fonctionnaires dans la structure bureaucratique.

Si toute initiative, en particulier en situation de crise, est menacée de sanction pénale, alors il devient rationnel autant pour le fonctionnaire que pour le politique de « protéger ses arrières » et de prioriser d’abord les moyens de se protéger de l’institution judiciaire.

La surenchère de mesures sécuritaires face à la « seconde vague » pourrait d’ailleurs être interprétée comme ça : les dirigeants sont d’abord préoccupés par leur propre protection juridique avant de trouver des solutions efficaces à la crise, quitte à faire peser sur les administrées des décisions lourdes et liberticides, mais qui leur garantissent de ne pas finir derrière les barreaux.

Il ne s’agit pas d’abolir la responsabilité pénale des gouvernants, bien entendu, mais de bien comprendre que la simplification administrative leur permettrait de dissiper le brouillard bureaucratique au sommet. En simplifiant la bureaucratie, les politiques verraient mieux ce qu’impliquent leurs décisions, et donc ce qui engage leur responsabilité ou pas.

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  • C’est le fameux deep state, une nébuleuse de quelques centaines de milliers de haut fonctionnaires, élus, journalistes, syndicalistes, politiques qui forment un magma ou tout le monde se tient par la barbichette et ou le seul point d’accord est leur propre intérêt, l’accroissement de leur pouvoir et la mise à l’écart de tout ce qui peut les menacer.
    Leurs « clients » au sens romain sont les 7 millions de salariés d’état, les gens dépendants de l’argent public et leur famille, donc au moins 30 millions de personnes en France qu’on retrouve plus ou moins dans les 40% d’approbation du socialiste Macron malgré l’état de plus en plus désastreux du pays.
    .
    Ce machin ne peut pas ni gouverner, ni bien administrer et la seule solution aux problèmes qui fait consensus, c’est encore plus de rapines et de machins.
    .
    Passé un certain seuil, c’est une tumeur maligne à l’issue forcément fatale et ce seuil a été franchi probablement entre Mitterrand et Chirac. Quelques lois ont saboté ou pris le contrôle des contre-pouvoir et le couvercle s’est refermé. Plus aucun réformateur ne pouvait accéder au pouvoir ni mettre en œuvre les mesures nécessaires et ceux qui étaient pillés n’avaient plus aucun pouvoir.
    .
    Ce qu’on constate en général dans l’histoire, c’est que menacé par la faillite du pays, une partie de l’état se retourne contre l’autre qu’elle sacrifie, les tables rase venues d’en bas, du peuple, sont extrêmement rare.
    .
    Tout ça est évidemment connu depuis des siècles, il faut toute l’imbécilité d’une doctrine comme le socialisme pour foncer avec délice dans le piège tout en y ajoutant de fortes dose de poisons. Les Suédois ont au moins compris de quoi vivait l’état en libéralisant l’entrepreneuriat, en France le pire s’ajoute au pire.

    • Cette caste est celle de ceux qu’Ayn Rand appelle « les pillards » dans la grève. Un roman prémonitoire !

    • En face du deep state et de sa clientèle, le nombre de producteurs créant véritablement les richesses volées ensuite par les pillards étatiques se réduit comme peau de chagrin. On peut les estimer désormais à dix millions environ, ce qui implique un taux de PO réel sur leur création de richesse de l’ordre de 85% (6 unités prélevées pour 7 unités produites).

      Intolérable fiscalité.

      La révolte des producteurs ne passe pas nécessairement par des actions positives, éventuellement violentes, mais plus certainement par l’abstention de produire, la moindre participation officielle, exil intérieur partiel précédant parfois l’exil à l’étranger, provoquant à terme l’implosion de l’Etat obèse pour les raisons que vous exposez. Ca ne sera pas beau à voir.

    • Puisque la bureaucratie traine des pieds utilisons l’excellente méthode dans les légions romaines qui renâclaient un peu : une petite décimation et si ça ne suffisait pas une deuxième . . . .

  • Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes !

  • Le parallèle de Guillaume P avec les Romains est bien vu. L’Etat (pour la Grande majorité des Français) est devenu une espèce d’Olympe où Zeus et sa ribambelle de dieux peuvent tout, du fait de leur puissance et même s’ils ripaillent, sont facétieux et imprévisibles (capables de tout), il faut les vénérer et implorer leur protection.

  • Addendum : j’ai oublié, au moins, égocentriques dans les qualificatifs des dieux Romains

  • surtout qu’en France, le politique est issu de cette bureaucratie…

  • Je serais curieux de savoir combien de médecins bossent dans les ARS. Juste pour rigoler.

  • Bref, après d’être défaussé sur les Français qui se relâchent, voilà le chef du gouvernement qui explique que la technocratie fait n’importe quoi !…
    C’est jamais de ma faute, toujours celle des autres !
    Sympa le bonhomme…
    Et dire qu’il jouit d’une bonne côte auprès des Français, depuis qu’il a été viré !

  • « La surenchère de mesures sécuritaires face à la « seconde vague » pourrait d’ailleurs être interprétée comme ça : les dirigeants sont d’abord préoccupés par leur propre protection juridique avant de trouver des solutions efficaces à la crise, quitte à faire peser sur les administrées des décisions lourdes et liberticides, mais qui leur garantissent de ne pas finir derrière les barreaux. »

    -> C’est exactement ça. Parapluie, ceinture et bretelles avant tout. Les conséquences sur les autres ne sont qu’un objectif secondaire. Et c’est particulièrement navrant.
    Et le pire, c’est que le gouvernement à tenté pendant un moment de se défausser de sa responsabilité en la matière, en faisant croire que les décisions seraient délocalisées, car prises par les préfets (qui ne prennent de décision qu’APRES avoir reçu l’autorisation de la centrale).

  • « En simplifiant la bureaucratie, les politiques verraient mieux ce qu’impliquent leurs décisions, et donc ce qui engage leur responsabilité ou pas. »

    Ils vont s’améliorer sur la méthode mais pas sur le but…

  • 33 millions de français… le chiffre est bon et parlant Guillaume P:
    Une moitié des français actifs n’a aucun intérêt à ce que ça change! Payés et protégés par la sueur de l’autre moitié …. l’hydre s’est trop bien installée et confortée au fil des décennies…
    Une moitié des français payée pour emmerder, sucer l’autre et/ou en profiter . La moitié exploitée est bien trop occupée à bosser pour continuer à exister et survivre, se développer en situation de concurrence et ne peut pas dégager de temps pour se faire entendre !!
    Ça ne vous rappelle pas l’époque des privilèges sous l’Ancien Régime ? On connaît la suite : tôt ou tard.

  • Je n’aime pas les barbus, tout ce qui sort de leur bouche n’est que mensonges…. Tirer des leçons de ce monsieur… Pas sérieux. Y a pas de mythes en France, les politiques font n’importe quoi et les fonctionnaires essaient de faire comme ils peuvent, voilà la situation réelle. La. Peur de la justice, ha ha ha, un nom d’homme politique d’importance condamné pour une action politique ?

  • Le principe de précaution a été a jouté dans la constitution par CHIRAC. Une décision paralysante pour les politiques, les fonctionnaires, les entreprises qui hésitent à prendre des risques pour se couvrir.

  • C’est pourtant simple : si les responsables de l’Etat craignent les suites judiciaires de ce qu’ils auront choisi de faire, qu’ils choisissent de mettre l’Etat en dehors du coup.

    • Effectivement, le problème politique consistant à devoir choisir entre deux mauvaises solutions se résout aisément en cessant de faire de la politique.

  • Encore un Enarque qui est entré dans la carrière à l’insu de son plein gré.

  • OUI. D’ailleurs un cadre supérieur, célibataire, sur ses revenus super bruts – au lendemain de son décès- aura été spolié de 85 à 90 % de son revenu super brut, après application de ses droits de succession
    (prélevés sur ses revenus) :
    52% de CS+ 30% de IRPP + 18% TVA + 40% de droits de succession et j’en oublie!!…
    Le taux marginal de Roosevelt à 97% est déja pulvérisé!

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