John Kerry douche l’enthousiasme des Européens sur la politique climatique de Joe Biden

L’administration Biden a jeté un froid sur le projet européen en la personne de John Kerry, son envoyé sur les questions climatiques.

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Public lecture by 68th Secretary of State of the United States John Kerry, Kyiv, September 15, 2017 BY US Embassy Kyiv Ukraine

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John Kerry douche l’enthousiasme des Européens sur la politique climatique de Joe Biden

Publié le 22 mars 2021
- A +

Par Michel Negynas.

Les États-Unis sont maintenant en faveur du sauvetage du climat… si ça ne gêne pas la compétitivité de leurs entreprises. C’est-à-dire si tout le monde est soumis aux mêmes règles… Cela paraît du bon sens.

Enfin un peu de bons sens à la Commission européenne

Et justement, c’est aussi ce que dit Frans Zimmermann, commissaire européen en charge du Green Deal, dont l’objectif emblématique est de réduire les émissions de CO2 de l’Europe de 55% entre 1990 et 2030 (personne intellectuellement honnête ne peut y croire, c’est dans neuf ans) et zéro émission à 2050 (ça ne mange pas de pain, c’est pour les générations suivantes)

Mais Frans Zimmermann est néerlandais, c’est-à-dire foncièrement attaché au business. Concernant la taxe carbone aux frontières, qui devrait être mise en place en juin de cette année, il a récemment déclaré (ce qui est un net changement de discours par rapport à ses prédécesseurs) :

C’est une question de survie pour notre industrie. Car si les autres ne vont pas dans la même direction, nous devrons protéger l’Union européenne contre des distorsions de compétitivité et contre le risque de fuites de carbone.

Mince alors, personne n’y avait pensé jusqu’ici ?

Biden entre en scène, John Kerry jette un froid

Mais l’administration Biden a jeté un froid sur le projet européen en la personne de John Kerry, son envoyé sur les questions climatiques. Celui-ci a notamment déclaré, lors d’une interview au Financial Times :

Cela (la taxe) implique des implications sérieuses pour les économies et pour les relations internationales et le commerce. Je pense que c’est quelque chose plus de l’ordre du dernier recours, lorsque vous avez épuisé les possibilités d’obtenir des réductions et de rejoindre une sorte de pacte commun par lequel tout le monde supporte le fardeau.

En fait, Kerry demande que tous acceptent un objectif de zéro émission à la prochaine grand-messe de Glasgow, la COP 26 en novembre. Et il demande à l’Union européenne d’attendre jusque là pour voir s’il est opportun de déclencher sa taxe carbone.

C’est de l’humour Yankee : il sait parfaitement que c’est impossible, les pays du tiers monde sont quasiment exonérés d’efforts dans l’accord de Paris, même la Chine n’a pas d’obligation à court terme. En termes diplomatiques, c’est signifier à l’Europe que sa taxe est tuée dans l’œuf, sauf à déclencher des guerres juridiques, commerciales et politiques.

Des difficultés juridiques et politiques

On se demande vraiment si dans les institutions européennes, certains connaissent vraiment le sujet, et si même il a été un peu étudié, en termes de faisabilité, avant d’être officiellement lancé et approuvé par le Parlement.

La taxe pose évidemment des problèmes juridiques vis-à-vis des règles de l’OMC, ce qui est malvenu, à l’heure où les États-Unis souhaitent y retourner. Des taxes à l’importation basées sur les questions environnementales sont possibles, mais encore faut-il prouver qu’elles sont justifiées. On va voir que ce sera pour le moins compliqué.

Il faudrait calculer le surcoût généré par les mesures internes de l’Union européenne pour chaque activité, et le traduire en taxe à l’importation. Ou alors, taxer tout le monde au prorata du CO2 émis : les entreprises européennes seraient censées être moins taxées à terme.

Dans ce cas, il faudrait que la taxe s’applique indifféremment aux activités intérieures et extérieures, ce qui implique d’uniformiser les différentes taxes disparates en Europe, soit entre systèmes (marchés de quotas, certificats divers) soit entre pays (qu’est ce que la part carbone de la TICPE dans sa globalité, la « contribution climat », comment est-ce décliné en Suède, en Allemagne ?)

Sur le plan politique, nul doute qu’une telle mesure apparaîtra comme du protectionnisme déguisé, avec menaces de mesures de rétorsion.

Des difficultés techniques

Le calcul du contenu carbone des produits, tout le monde en parle, peu se sont essayés sérieusement à le calculer. C’est un casse-tête. Les normes de calcul font l’objet de débats sans fin à l’échelon européen et international. On peut bien sûr ériger en norme un calcul simplifié, plus ou moins bidon, à partir de données standard. C’est peut-être possible à l’intérieur d’un pays comme la France. Au niveau international, c’est autre chose.

Il y a deux problèmes.

La méthode

Différentes approches sont possibles, et aucune n’est plus légitime que l’autre. Or, elles peuvent aboutir à des résultats très différents, pénaliser les uns, avantager les autres : ce sujet au premier abord technique est en réalité stratégique et politique.

Les données 

Soit on utilise des données génériques, au risque de les voir contestées, soit on utilise les vraies données attachées au produit et au procédé pour lequel on fait le calcul : c’est rapidement un travail de romain, avec les coûts afférents. Et cela pose des problèmes de confidentialité et de secrets industriels. Comment prouver par exemple qu’un produit est fait à partir de matières vierges au lieu de matières recyclées ?

De toute façon, sauf à établir une taxe sur un petit nombre de produits simples, avec des calculs bidon, le dispositif nécessitera une usine à gaz : c’est une taxe au CO2 ajouté qu’il faut instituer tout au long des chaînes de production internes, externes ou mixtes par rapport à l’Union européenne.

Des retombées économiques parfois surprenantes

D’abord, comme toutes les mesures protectionnistes, cela peut avoir des effets négatifs généraux. Pour le consommateur, c’est évident, la taxe sera répercutée sur les prix. Et le produit de la taxe, on ne sait pas où il va aboutir.

De plus, il y aura des perdants en Europe et en France. Car les transports à longues distances comptent en général peu dans le bilan CO2, contrairement aux idées reçues. Quelques exemples :

  • Faire du sucre avec de la canne est bien moins énergivore qu’avec de la betterave… exit les betteraviers.
  • Élever des vaches en Argentine dans la pampa ne demande quasiment rien en carbone, contrairement aux élevages européens où un apport artificiel est nécessaire. Exit l’élevage européen.
  • Le lait de soja a bien moins de contenu CO2 et CH4 que le lait de vache : exit les laiteries animales…

Il est clair que beaucoup de produits agricoles profitant d’un ensoleillement plus généreux que le nôtre, auront un avantage indéniable.

Mais cela peut concerner aussi des matières premières et des produits industriels. par exemple, un pays profitant de gisements de gaz locaux énormes, permettant de se passer du charbon pour produire de l’acier, ou utilisant un énorme potentiel hydroélectrique pour son industrie… Globalement, le climat y gagnerait peut-être, mais l’industrie européenne… pas sûr. Les calculs pourraient nous réserver des surprises.

Un monde écofantasmé

Non seulement les objectifs sont irréalistes et compromis d’avance, mais les outils pour les atteindre sont eux-mêmes de l’ordre de l’incantation.

Finalement, le bon sens n’est pas vraiment de retour en Europe.

On n’est jamais si bien battu que par soi-même. (devise shadock)

Voir les commentaires (16)

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  • « Finalement, le bon sens n’est pas vraiment de retour en Europe. »
    Je ne suis pas certain qu’il n’ait jamais existé au niveau des gouvernants (du moins en France) , sauf de façon ponctuelle et trop rare.
    Pour avoir du bon sens il faut être au contact des réalités, ne pas raisonner sur des dogmes, des idéologies.
    Pour nos gouvernants il semble depuis longtemps que l’eau ne mouille pas…enfin pas toujours…enfin que si l’on veut…etc…

    • Le bon sens ne serait-il pas d’admettre une fois pour toutes que l’homme n’est pour rien dans les variations du climat?

  • Cette histoire de carbone est destinée à faire peur aux petits enfants pour qu’ils restent sages, qui peut croire un instant qu’on peut se passer de fossiles alors qu’il y en a encore de dispo et pas cher, il suffit de le ramasser , personne.

  • une manière d’atteindre l’objectif serait d’ajouter des « jours du climat « au calendrier, si les années comptaient davantage de jours nous aurions du répit. Notre force à nous français, c’est l’innovation bureaucratique et il faut savoir utiliser nos atouts, c’est la guerre! ..

  • le principe de la taxe carbone mondiale, sans expliquer à quoi sert la taxe est une blague. au point de vue des emissions, .. dans le pire des cas il me semble que c’est un jeu monétaire et fiscal… mais on voit pourquoi les étatistes adorent ..
    il faut imaginer que l’argent collectée par la taxe ne conduise pas à des émissions de CO2… aie… certes, des gens comme jeanco qui en faisaient la promotion avaient juste dans l’esprit de taxer pour « investir dans des trucs qui POURRAIENT nous aider à nous passer de fossile plus tard…on construit des centrales nuc.. on électrifie des tas d’usage ..en émettant MAINTENANT du CO2… aie… ça prend du temps de construire une capacité nuc significative.. adieu les objectifs..
    les politiciens eux …ont vu prétexte à une nouvelle taxes..la taxe carbone aurait fini en redistribution et consommation et votes…

    non non les gens « sincères » savent qu’il faut imposer des quotas d’émission.. que ce doit être mondial… et donc que ça ne se fera sans doute pas..

    • donc il font joujou…comment organiser un merdier bureaucratique dans lequel mon pays est gagnant.

      alors hypocrisie abyssale ou stupidité astronomique….???? les deux?
      on est comme un physicien qui regarde un type « tenter » de construire une machine à mouvement perpétuel..

    • par exemple les politicards français dansent de joie si ce sont eux qui collectent la taxe carbone… maintenant proposez une taxe collectée par un organisme mondial et vous allez les voir hurler…

      la taxe carbone ne réduit pas les émissions elle vous les prend et les « redistribue » ou les « investit »… sans que nécessairement vous en voyez les bénéfices.
      par contre elle a un effet démotivant.. et ça c’est ennuyeux.. our les politicards mais heureux pour les décroissants..

  • On se fait vraiment des noeuds au cerveau avec ces histoires de climat et de CO2…

  • Article qui fait du bien !

  • A-t-il jamais été démontré que le CO2 émis par l’activité humaine était nuisible à la planète et aux hommes ?

    • c’est l’objet du travail du GIEC : recenser au niveau mondial l’ensemble des études qui montrent l’influence du CO2 anthropique sur le climat, et les moyens d’y remédier.
      Notez bien le mot : « anthropique ». De par ses statuts, le GIEC ne s’intéresse donc pas à d’autres causes potentielles de « changement climatique ». Partant de là, la messe est dite.

    • Au contraire, on SAIT que c’est bénéfique, mais il y a beaucoup de gens, en particulier ceux qui se prétendent instruits, qui ont oublié ce qu’on leur a enseigné à l’école. Le Carbone est à la base de la vie sur Terre, les plantes et le phytoplancton absorbent pour s’en nourrir et relâche l’oxygène qui nous permet de respirer. Sans CO2 il n’y aurait PAS DE VIE sur notre planète!

    • il me semblait que la date où ça serait néfaste pour l’humanité…(qui dépend de la méthode choisie) , c’était « bientôt »…

      le fait est et c’ets trivial que les fossiles sont jusque maintenant bénéfiques..

      qui peut contester cela!!!!

      c’est pour éviter une catastrophe hypothétique… rappelons le..

      bien entendu c’est déjà une « catastrophe » pour la planete.. la biosphere la biodiversité.. toussa, pourquoi pas? Par exemple, éradiquer le moustique vecteur du palu c’est pas bon pour les écosystèmes où il vit..je suis d’accord… par ailleurs on fait le forcing pour le laisser croire aux jeunes que mauvais pour la nature = mauvais pour l’homme… ce qui est contraire aux observations historiques..
      surtout si la métrique est l’eperance de vie…comme un risque global de mourir..

    • au niveau de la planète cela paraît illusoire
      mais déjà si l’on pouvait démontrer expérimentalement le principe de l’effet de serre, qui n’est pas un effet de serre, mais qui pourrait être tout de même un effet de serre, sans pour autant être vraiment un effet de serre
      dommage que l’on a pas posé la question aux « élus » de la convention citoyenne, sur leur explication de l’effetde serre qui….. cela aurait été on ne peut plus rigolo

  • C’est là où les socialos européens se rendent compte que les démocrates américains seraient classés comme les LR français, à des années lumière de l’extrême gauche européenne. Encore une fois, les européens n’ont rien compris aux américains (America first n’est pas un slogan trumpiste, c’est partagé par 95% des américains). Comme « The USD is our currency and your problem ».

  • Les commentaires sont fermés.

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