Covid-19 : un an après, l’Allemagne tient bon et la France déprime

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Dans l’ensemble, l’Allemagne fait montre d’une disposition à la prospérité et à la liberté de ses citoyens infiniment plus concrète qu’en France.

Par Nathalie MP Meyer.

Il y a un an exactement, le mardi 17 mars 2020, alors que le monde effaré et médicalement désarmé constatait la progression d’un nouveau Coronavirus pas totalement anodin, la France entrait dans une période de restriction stricte des déplacements et des réunions incluant deux confinements à domicile tandis que l’Allemagne s’en tenait à des mesures de distanciation sociale plus souples et plus ciblées.

La comparaison Allemagne / France

La comparaison avec l’Allemagne est rarement favorable à la France. Qu’on parle chômage, croissance, industrie, éducation, recherche scientifique ou finances publiques, notre voisin d’outre-Rhin persiste à aligner des performances inconnues chez nous malgré son insolent dédain libéral pour notre fabuleux système économique et social largement collectivisé.

Il est vrai que l’Allemagne a succombé plus que nous à l’aberrante phobie des écologistes pour l’électricité nucléaire et qu’elle s’est rangée encore plus vite que nous derrière le principe de précaution pour suspendre l’utilisation du vaccin AstraZeneca contre le Coronavirus sur d’infimes présomptions de risque de thrombose.

Mais dans l’ensemble, elle fait montre d’une disposition à la prospérité et à la liberté de ses citoyens infiniment plus concrète qu’en France – et il en va malheureusement de même s’agissant de la gestion longue de la pandémie de Covid-19.

La gestion de la covid : Allemagne VS France

Dès le début de la crise sanitaire, il a fallu se rendre à l’évidence : alors que les deux pays ont exactement le même niveau (plutôt élevé) de dépenses de santé par rapport au PIB (11,2 % en 2018), le système de soins français, mal organisé, mal géré, mal articulé entre son secteur public et son secteur privé, s’est trouvé rapidement débordé à tel point qu’il a fallu transférer des malades… en Allemagne.

Un an de pandémie plus tard, le ressenti des Français d’une part et celui des Allemands d’autre part confirment crûment que les autorités publiques françaises ne se sont pas montrées à la hauteur des enjeux sanitaires, psychologiques et sociaux du Covid-19.

Une enquête réalisée par l’IFOP au début de ce mois auprès d’un échantillon représentatif de 1084 Français et 1003 Allemands révèle en effet que les premiers sont considérablement plus mécontents de leur gouvernement que les seconds et qu’ils sont en outre sujets à une « usure psychologique » beaucoup plus profonde qu’en Allemagne.

Globalement, 44 % des Français estiment que la France a moins bien performé que l’Allemagne ou la Suède, tandis que seulement 34 et 35 % des Allemands pensent que leur pays a fait moins bien que la France ou la Suède respectivement (schéma ci-dessous).

Dans le détail des différentes politiques sanitaires, ce sont carrément 69 % des Français qui portent un jugement négatif sur la mise en œuvre de la politique vaccinale en France contre seulement 43 % des Allemands dans leur pays. Pour les tests, ces pourcentages deviennent 51 % chez les Français et 36 % chez les Allemands ; et pour les masques, 51 % et 30 % respectivement (schéma ci-dessous).

Autrement dit, les Allemands portent un jugement globalement positif sur la gestion des différents aspects de la crise sanitaire tandis que les Français expriment au contraire un mécontentement marqué dans tous les domaines.

Compte-tenu de ce qui précède et des perturbations que les confinements stricts à la française ont imposé dans la vie quotidienne des citoyens (qu’ils soient jeunes ou âgés, étudiants ou professionnels, célibataire ou en famille, indépendants ou salariés, au travail ou en loisir), il n’est guère étonnant de constater ensuite que 30 % des Français déclarent aujourd’hui avoir un « mauvais » moral (alors qu’ils étaient seulement 16 % dans ce cas avant l’éruption de la pandémie) tandis que les Allemands sont seulement 23 % à en faire état actuellement :

Il en découle logiquement que 47 % des Français contre seulement 17 % des Allemands jugent leur vie difficilement supportable sur le plan psychologique (schéma ci-dessous).

Les désordres afférents le plus souvent cités sont les troubles du sommeil (46 % des Français contre 40 % des Allemands), les périodes de stress intense (40 % contre 26 %) et les épisodes de dépression (22 % contre 19 %). Les pensées suicidaires sont en hausse (par rapport à une enquête de novembre 2020) mais restent limitées à 8 % des Français et 6 % des Allemands (schéma ci-dessous).

Finalement, 66 % des Français estiment avoir perdu un an de leur vie et ils sont 76 % à penser que le monde d’après sera le même qu’avant « mais en pire », sans qu’on sache ce qu’ils entendent précisément par là. Pour 71 % d’entre eux, il n’y aura pas de retour à la normale, même quand le Covid-19 ne sera plus qu’un vague souvenir.

Bref, les Français broient du noir et voient l’avenir en noir. On ne fait pas plus pessimiste.

À la lecture des résultats de ce sondage, je me suis demandé d’abord s’il n’y avait pas une explication à trouver du côté de la réputation de la France comme pays le plus consommateurs d’antidépresseurs dans l’OCDE, Covid ou non. Mais après vérification, cette hypothèse ne tient pas. La France consomme certes plus de psychotropes qu’en 2000, mais elle a été très largement rattrapée par les autres pays, ce qui fait qu’en 2015, elle est même devenue légèrement moins consommatrice que l’Allemagne.

L’État autoritaire français

Reste à envisager que les Français soient tout simplement malades de leur État tentaculaire, autoritaire, déficitaire, égalitaire par le petit bout de la lorgnette et proverbialement inefficace – caractéristiques malheureuses qui tirent le pays vers le bas en temps normal et qui n’ont fait que se renforcer pendant toute la durée de la pandémie.

En France, pays « pas comme les autres » où le sens de la justice et de la solidarité serait « plus vif qu’ailleurs » d’après Emmanuel Macron, le « quoi qu’il en coûte » coule à flots depuis longtemps et encore plus en ce moment de fossilisation liberticide de toutes nos activités sociales et économiques. Et pourtant, les Français sont terriblement malheureux.

En Allemagne, pays comme les autres au sens où le gouvernement fédéral et les dirigeants régionaux ne se considèrent nullement comme étant à la tête d’un État providence, stratège, nounou et castigateur, l’argent public est certes moins abondant mais les degrés de liberté des citoyens pour vivre, travailler et innover n’ont pas été écrasés au point où ils l’ont été en France pendant la pandémie. Et les Allemands sont 83 % à dire que la vie en temps de Covid est assez facilement supportable voire très facilement supportable.

De ce point de vue, la différence de résultat économique est particulièrement cruelle pour la France :  en 2020, son PIB a reculé de 8,3 % alors qu’en Allemagne, la baisse fut limitée à 5 %. L’avenir ne se présente pas du tout de la même façon entre les deux rives du Rhin.

Et pourtant, proposez aux Français d’adopter un système économique et social plus proche du modèle allemand, plus frugal en dépenses publiques, davantage fondé sur les décisions et les responsabilités individuelles, plus libéral pour le dire en un mot. Je ne suis pas sûr qu’on trouverait beaucoup d’électeurs pour tenter l’aventure.

La France est malade d’un système qu’elle ne veut abandonner pour rien au monde de peur de perdre dans les remous de la concurrence les bénéfices de l’égalitarisme par le bas qu’elle prend pour de l’égalité et de la justice sociale. C’est son drame cornélien et la pandémie de Covid vient de l’exposer au grand jour.

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