SNCF : l’innovation régressive

panneau d affichage SNCF 2010 by Ocal (creative commons) (CC BY-NC-ND 2.0)

L’ouverture à la concurrence de la SNCF se précise. Du coup, l’entreprise nationale se penche sur sa « compétitivité » et imagine de nouveaux services absurdes.

Par Simone Wapler.

Le confort de la rente du service public délivré en situation de monopole et de la garantie de l’emploi à vie ne pousse pas à la créativité.

Le contribuable connaît le gouffre SNCF et les dizaines de milliards d’euros de déficits cumulés. Le fabuleux TGV s’exporte aussi mal que notre merveilleux système d’assurance santé et pour les mêmes raisons : à chaque fois, les prospects fuient épouvantés par les coûts. L’usager (terme consacré pour le client captif) subit les méga-pannes (réseau ouest et gare Montparnasse en 2018 et 2019) ; les retards dignes de la Taggart, la mythique compagnie ferroviaire du roman d’Ayn Rand, La grève ; les rames bondées et délabrées.

Les amateurs de techniques se sont gaussés des TER flambant neufs mais trop larges pour passer dans les gares. Les geeks se demandent pourquoi les avions et aéroports sont dotés de systèmes d’atterrissage par tous les temps sans pilotage manuel, pourquoi la conduite sans chauffeur est déjà testée pour l’automobile, pourquoi les métros et navettes aéroportuaires sont déjà automatisés mais pas les trains.

SNCF face à l’ouverture à la concurrence

Mais tout ceci va bientôt appartenir au passé car l’ouverture à la concurrence est enfin là. Depuis le début de cette année, les lignes à grande vitesse sont ouvertes à d’autres exploitants.

En préparation de l’évènement, la partie réseaux et voies ferrées avait déjà été scindée de la partie exploitation (circulation des trains). RFF (Réseau Ferré de France) est devenu SNCF Réseau avec une dette de 50 milliards d’euros.

Certes, sur les lignes TGV, inOUI (SNCF) était déjà en concurrence interne avec OuiGO (SNCF), une version internen low cost un peu comme Transavia et Air France. Mais là, juré-craché, la vraie concurrence commence.

Du low cost ferroviaire

Du coup, les agents se chauffent les méninges et connectent quelques neurones. Et que nous sortent-ils ? Du XL-low cost !

Les Échos nous explique :

Des trains moins rapides, empruntant les lignes classiques et non les lignes TGV, et donc payer à sa société soeur SNCF Réseau des droits de passage beaucoup plus faibles que les trains rapides, pour tailler dans ses coûts de production, surtout avec des rames largement amorties.

Aïe, ça ne ressemblerait pas furieusement à du Corail, ça ou j’ai la berlue ? Pourquoi pas une draisienne, tant qu’on y est ? D’autant plus que le vélo est tendance chez les écolos-bobos et que le bon de réparation est payé par les contribuables.

Pendant ce temps, dans le secteur privé, on cogite aussi et on a l’innovation plus progressive. Exid, une entreprise bretonne, teste un petit train ou wagon autonome qui circulerait à la demande sur les lignes peu fréquentées.

D’une capacité pouvant aller jusqu’à 40 personnes, le taxirail ou taxitrain pourrait entrer en service dès 2024 et se réserverait aussi à la demande à partir d’une application et d’un appareil mobile. Les régions Bretagne, Grand Est et Normandie se déclarent déjà intéressées selon neoTV.

Ouvrir la SNCF à la concurrence sera probablement aussi salutaire que la disparition du monopole PTT. Une bouffée d’oxygène et un milliard d’euros de déficit annuel en moins venant s’ajouter à tout le reste.

Détruire la concurrence, c’est tuer l’intelligence. Frédéric Bastiat – Harmonies économiques (1850)

Seuls ceux qui sont possédés par la rage de l’impôt peuvent être cramponnés au monopole étatique injustifié.

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