Confinement : épidémie de panique chez les élus locaux

Anne Hidalgo by Jacques Paquier (creative commons) (CC BY 2.0)

Ce n’est pas en radicalisant de mauvaises solutions qu’on fera revenir l’État de droit et l’ordre social libéral.

Par Frédéric Mas.

Mais pourquoi Jean Castex n’a-t-il pas reconfiné tout le pays et tout de suite ?

Certains radicaux attendaient le retour du confinement, finalement, Jean Castex n’a fait qu’annoncer ce jeudi une « surveillance renforcée » de 20 départements français, dont la Moselle et l’Île-de-France.

Alors qu’en début de crise, c’était l’État jacobin qui pressait le pays de se barricader, cette fois-ci, ce sont les pouvoirs locaux qui réclament plus de répression au nom de l’urgence sanitaire.

Reconfiner localement et strictement ?

Le maire de Metz ne décolère pas après l’intervention de Jean Castex. François Grosdidier voulait des reconfinements locaux « forts », arguant de l’inutilité du couvre-feu à ralentir la circulation du virus.

Même le confinement le week-end mis en place à Nice ne trouve pas grâce à ses yeux, selon ses dires, rapportés par BFM-TV, il « ne sert à rien et ne tiendra pas ». Aux yeux de M. Grosdidier, le premier confinement offre la démonstration que seul un confinement strict permet d’endiguer l’épidémie, et permettrait ensuite à la vie locale de reprendre.

À Paris, Anne Hidalgo a vite rebondi sur l’annonce du gouvernement. La mairie de Paris va proposer au gouvernement un confinement de trois semaines dans la capitale afin « d’avoir la perspective de tout rouvrir » une fois la période achevée.

Selon les dires du premier adjoint du maire de Paris rapporté par France Info un confinement dur et court offrirait une manière « de redonner de l’oxygène » à la capitale en respectant les mesures de restrictions sanitaires.

Le premier confinement a laminé des secteurs économique entiers, suspendu le fonctionnement ordinaire de la démocratie libérale, amplifié une crise sociale et morale sans précédent depuis l’après-guerre, et le tout sans éliminer le virus du territoire.

Transposer les méthodes de répression sanitaire au niveau local érode plus encore son efficacité supposée : les villes et les régions ne sont pas des îles, et les hommes ne sont pas enchaînés à leur poste de travail. Anne Hidalgo semble ignorer que la plupart de ceux qui travaillent à Paris n’y vivent pas, et que la capitale n’est pas une île. Que le confinement strict dure deux, trois ou quatre semaines ne change rien, et surtout ne garantit pas du tout l’élimination définitive de la menace épidémique.

Confinement : l’exemple néozélandais

Ces méthodes semblent inspirées de la stratégie zéro-covid suivie par la Nouvelle-Zélande, qui elle, est une île, et qui, pour beaucoup, offre un horizon possible de sortie de crise. Le petit pays a même été salué par un think tank australien comme ayant le mieux géré la crise sanitaire à échelle mondiale.

Seulement, l’optimisme néozélandais est retombé, et Auckland a reconfiné. Le virus n’a pas été éliminé, et le « retour à la normale » a été de courte durée.

Le constat d’inefficacité des confinements est valable pour toutes les métropoles. À Paris, on se demande comment l’asphyxie du commerce local pourrait redonner de « l’oxygène » à une ville économiquement malade.

La dette de la ville est passée de 1 à 5 milliards de 2001 à 2018, la disparition du tourisme international qui remplissait les caisses a conduit la mairie à demander à l’État d’investir dans un plan de relance local de 1,4 milliard, et la perspective des JO va encore faire grimper la note pour les contribuables, parisiens ou non.

Les élus locaux ont cependant raison sur un point, le couvre-feu et les confinements partiels ne marchent pas. La prison sanitaire va devenir de plus en plus insupportable avec le retour des beaux jours.

Mais ce n’est pas en radicalisant de mauvaises solutions qu’on fera revenir l’État de droit et l’ordre social libéral. C’est en abrogeant l’état d’urgence sanitaire et ses restrictions liberticides dès maintenant, et en laissant les individus organiser eux-mêmes leur réponse à la pandémie.

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