Les femmes ont-elles quelque chose à apprendre de Jordan Peterson ?

Jordan Peterson by Gage Skidmore (CC BY-SA 2.0) — Gage Skidmore , CC-BY

Si le patriarcat consiste en la domination des hommes sur des femmes maintenues dociles et dénuées de sens, Jordan Peterson n’en est certainement pas le gardien.

Par Freya India.
Cet article a été initialement publié sur EvieMagazine.com sous le titre
Can Women Learn Anything From Jordan Peterson? et a été traduit avec leur autorisation expresse.

Jordan Peterson, le célèbre professeur et psychologue clinicien canadien est enfin de retour. Après une longue interruption due à des problèmes de santé, Peterson se rétablit lentement en alternant brefs commentaires culturels sur Twitter, apparitions dans le podcast de sa fille Mikhaila et promotion de son nouveau livre Beyond Order : 12 More Rules for Life.

Le public adore ou déteste celui qui dit la vérité

Beaucoup ont longtemps attendu que le retour de Peterson leur offre un répit dans cette période de malaise dans la culture, se réjouissant que sa voix calme et raisonnée dissipe les oripeaux des politiques identitaires, intersectionnelles et régressives. En revanche, d’autres en ont littéralement pleuré.

Pour les employés en larmes de Penguin Random House, Peterson est l’incarnation du tyran contre lequel les médias les ont si souvent mis en garde : provocateur politique, transphobe, misogyne et chouchou de l’alt-right, il cherche à consolider l’assise du patriarcat et à réduire à néant leurs progrès.

Mais pour ceux qui saluent son retour, Peterson est un psy jungien, un fin connaisseur de Nietzsche, un bibliste perspicace et un phare éclairant ceux qui cherchent un sens à leur vie, œuvrant en fin de compte à l’amélioration et au triomphe de l’individu.

Je suis de ce dernier camp. Lorsque j’ai entendu Peterson parler pour la première fois, dans le cadre de sa série de vidéos en ligne, c’était comme si j’écoutais quelqu’un déchiffrer une langue étrangère, me parler dans une langue dont j’ignorais qu’elle m’était naturelle, et m’ouvrir à un autre monde. Toutes les idées fausses que j’avais de lui se sont vite effondrées.

Les œuvres de Jordan Peterson ne sont pas réservées aux jeunes hommes

L’une de ces fausses impressions était que Peterson n’a de valeur que pour les jeunes hommes. Et c’est une idée répandue. En témoignent ces gros titres : « Pourquoi les jeunes hommes vénèrent-ils le professeur Jordan Peterson ? » « L’Évangile de la masculinité selon Jordan Peterson » ou « Jordan Peterson, gardien du patriarcat ».

Au cours de sa tristement célèbre interview sur Channel 4, Cathy Newman lui demande sur le ton du reproche :

« Qu’est-ce que les femmes ont à y gagner ? »
Peterson lui répond : « Eh bien, quel genre de partenaire voulez-vous ? Voulez-vous un éternel enfant, ou quelqu’un pour vous faire face, qui vous aide et sur qui vous pouvez compter ? »
Cathy Newman répond : « En fait, vous êtes en train de dire que les femmes ont en quelque sorte le devoir d’aider à résoudre la crise de la masculinité ? »

Personnellement, je pense que les femmes ont une part dans la responsabilité d’aider les hommes qui font partie de leur vie et qui se sentent perdus, à la recherche d’un but. Mais ce n’est pas tout ce qu’elles ont à y gagner.

La culture moderne sous-entend souvent que les femmes sont désormais moralement supérieures aux hommes, que nous sommes le sexe mature et irréprochable assiégé par la misogynie et les attitudes masculines toxiques. Rien chez nous n’aurait besoin d’être corrigé. C’est pourquoi les conférences traitant de responsabilité personnelle, d’accepter de rendre des comptes et d’alléger le fardeau d’autrui ne pourraient jamais avoir d’utilité ou d’attrait pour les femmes.

Mais elles ont aussi le devoir de s’améliorer, tout comme les hommes. Nous sommes aussi confrontées à des problèmes sans aucun doute exacerbés par nos propres mauvaises habitudes et nos comportements malsains, et nous gagnerions toujours, comme tout humain sur Terre, à travailler sur nos défauts.

Les leçons de Jordan Peterson

En tant que femme de 21 ans, voici quelques-unes des leçons que j’ai apprises de Jordan Peterson.

L’importance de la responsabilité individuelle 

« Tenez-vous droit, les épaules en arrière », ainsi s’énonce la première règle du deuxième livre de Peterson, 12 Règles pour une vie.

Peterson explique :

« Cela veut dire décider de transformer volontairement un potentiel encore chaotique pour créer les réalités d’un ordre qui soit habitable. Cela veut dire adopter le fardeau d’une vulnérabilité consciente d’elle-même, et accepter la fin du paradis inconscient de l’enfance, où les concepts de finitude et de moralité ne sont que vaguement compris. Cela veut dire entreprendre volontairement les sacrifices nécessaires pour engendrer une réalité productive et pleine de sens ».

Affronter et assumer ses responsabilités avec dignité est le seul moyen d’empêcher qu’elles ne vous engloutissent.

Nous portons tous des responsabilités dans notre vie : essayer de protéger notre santé, rompre avec nos mauvaises habitudes, s’occuper de notre famille, faire progresser notre carrière, protéger nos finances… la pression peut parfois sembler permanente. Ces devoirs peuvent devenir si accablants que l’on peut être porté à croire qu’il est plus facile de les éviter complètement. Et en effet, ne pas fonder une famille, ne pas suivre ses ambitions ou ne pas poursuivre des relations sérieuses peut vous épargner tout le fardeau qui les accompagne. Mais, tel un muscle que l’on ne fait plus bouger, l’esprit s’atrophie quand on ne lui donne plus de sens.

Pour Peterson, faire face à ces responsabilités, les maîtriser et les assumer avec confiance et dignité est la seule façon de les empêcher de vous engloutir entièrement.

Mais on dit aux femmes d’aujourd’hui de ne rien changer en elles, et surtout pas pour quelqu’un. Nous sommes censées être traitées comme des reines, vénérées, qu’importe ce que nous avons à offrir en retour. Les magazines féminins affirment triomphalement « Pourquoi vous ne devriez pas changer vous-mêmes, mais changer la personne avec qui vous êtes », en donnant des conseils tels que : « Vous n’avez pas besoin d’une plus petite couronne. Vous avez besoin d’un homme avec de plus grandes mains ».

Faites ce qui vous rend heureux ! Tu es parfaite telle que tu es ! Toutes les filles ont entendu ça. Mais, et si parfois, c’étaient nos propres habitudes et comportements qui nous rendaient malheureux ?

En d’autres termes, il n’y a pas que les hommes qui devraient regarder en eux-mêmes et commencer à brûler leur bois mort, les parties d’eux-mêmes qui ont pourri et noirci ; les femmes aussi. Plutôt que de rejeter la responsabilité de tout ce qui ne va pas dans notre vie sur quelque chose d’extérieur (comme la pression sociale, la méchanceté des hommes, les micro-agressions, les préjugés inconscients, le patriarcat), il est plus utile de commencer à endosser la responsabilité des choses que nous pouvons contrôler. C’est sans nul doute ça, la véritable autonomisation : prendre notre souffrance en main et la soustraire à l’emprise des autres.

Vivre, c’est souffrir

Faire face à ses responsabilités devient beaucoup plus facile quand on se rend compte que tout le monde souffre. Comme l’a dit Nietzsche, « Vivre c’est souffrir, survivre c’est trouver un sens à cette souffrance ».

« La vie, c’est très difficile, et tout le monde mourra », dit sans détour Peterson. « Prenez votre satanée souffrance, supportez-la et essayez d’être une bonne personne afin de ne pas l’aggraver ».

Il y a une liste interminable de raisons d’être amer de votre existence, affirme Peterson. Tous ceux que vous connaissez vont mourir un jour, y compris vous. Et d’ici là, votre vie sera sans doute truffée d’injustices, d’inégalités et de souffrances apparemment inutiles.

Mais vous ne pouvez pas attendre que tout cela s’atténue pour vous épanouir. C’est inhérent à la vie. Se plaindre de tout, prévient Peterson, ne fera qu’empirer les choses à l’infini. L’enfer est un puits sans fond : une fois que vous y tombez, vous pourrez toujours tomber plus profond.

C’est pourquoi l’on doit trouver un sens à sa souffrance. Ne pas seulement chercher le bonheur, mais aussi la force et la gratitude. Pour Peterson, le but fondamental d’un homme n’est pas seulement d’être heureux, mais de devenir la personne la plus forte aux funérailles de son père, capable de consoler les autres plutôt que de pleurer dans un coin.

Je pense que les femmes ont besoin d’entendre un message similaire. Au lieu de nous lamenter sur les difficultés de la vie, nous devons aussi nous ressaisir et la supporter autant que possible, et même essayer de trouver de la gratitude dans notre malheur.

Accepter que la vie soit intrinsèquement injuste n’est pas non plus aussi déprimant qu’il n’y paraît ; en fait, cela vous libère. À partir du moment où vous réalisez que la vie ne vous doit rien, tout bien qui se manifeste vous laisse profondément reconnaissant.

Cela vous libère aussi de la mentalité de victime. Tout au long de mes études universitaires, on a voulu m’informer, implicitement et explicitement, que j’étais victime de forces invisibles simplement parce que je suis une fille. Mais comme nous en avertit Peterson : « Ce que vous visez détermine ce que vous voyez. »

Bien sûr, la misogynie et les préjugés existent toujours. Mais si on dit aux femmes que ces forces oppressives sont partout, et si on les encourage à entreprendre de redéfinir les mots pour justifier leur impuissance, nous nous sentirons toujours victimes.

Chacun a la capacité de faire le mal

« Je ne pense pas que vous ayez la moindre idée de votre capacité à faire le bien tant que vous n’avez pas une idée bien précise de votre capacité à faire le mal », écrit Peterson.

Nous avons tous la capacité d’être mauvais. Peterson conseille aux hommes de se confronter à leur ombre jungienne, leur colère, leur ressentiment et leurs insécurités cachées, afin d’intégrer ces éléments dans leur personnalité pour les empêcher de jaillir de manière aussi incontrôlée que déformée.

Les femmes aussi ont une ombre. Nous ne sommes pas simplement des parangons de vertu entourées d’hommes malfaisants, d’institutions patriarcales et de normes sociétales corrompues – nous avons nos propres défauts.

Ce n’est qu’une fois conscientes de nos vices, que nous devenons moins susceptibles de les projeter sur ceux qui nous entourent. Et cela fera de nous de meilleures personnes, partenaires, sœurs et filles. Le choix qui s’offre à nous est donc de savoir si nous devons continuellement déplorer notre malheur, en nous en prenant aux autres, ou si nous devons emprunter la voie difficile de la réflexion sur soi et du développement, une voie désagréable et brutale, mais bien plus libératrice à long terme.

En guise de conclusion : c’est une joie de vous retrouver, docteur Peterson

Si le patriarcat consiste en la domination des hommes sur des femmes maintenues dociles et dénuées de sens, Jordan Peterson n’en est certainement pas le gardien.

En fait, à bien des égards, il en est l’antidote : il professe la responsabilité individuelle, le développement de soi et le dépassement de la victimisation. Non seulement Peterson décourage les hommes de devenir d’éternels enfants, mais il apprend aussi aux femmes à marcher la tête haute et à devenir quelqu’un avec qui il faut compter. Dans un monde où l’on dit aux femmes qu’elles ne doivent rien changer, et où tout ce qui leur arrive est hors de leur contrôle, il est rafraîchissant d’entendre quelqu’un dire que nous avons le pouvoir de nous améliorer.

Les médias peuvent bien le fustiger, mais le Dr Jordan Peterson a véritablement aidé des centaines de milliers de personnes, hommes et femmes, à faire face à leurs responsabilités, à cultiver leur gratitude et à explorer une compréhension plus profonde du monde. Et pour ma part, je suis ravie de son retour.

Traduction : Benjamin Guyot pour Contrepoints

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