Les éléments du progrès : le caoutchouc (6)

Car tires BY EveryCarListed P(CC BY-SA 2.0) — EveryCarListed , CC-BY

L’utilisation du caoutchouc, sous forme naturelle et synthétique, est essentielle au bien-être de l’humanité.

Par Tony Morley.
Un article de HumanProgress

Environ 10 % de toutes les plantes à fleurs produisent une petite quantité de latex lorsqu’elles sont percées ou coupées. Le latex est un mélange chimique complexe de protéines, alcaloïdes, amidons, sucres, huiles, tanins, résines et gommes qui coagulent lorsqu’ils sont exposés à l’air. Lorsque le polymère du latex durcit, il commence à ressembler à une forme brute de caoutchouc reconnaissable par quiconque connaît le caoutchouc moderne.

Bien qu’il existe un grand nombre de plantes qui produisent au moins un peu de latex, c’est l’arbre à caoutchouc (Hevea brasiliensis) qui est la principale source mondiale de la matière première du latex nécessaire à la production de caoutchouc naturel. L’hévéa du Brésil est originaire des forêts tropicales amazoniennes qui s’étendent sur toute la largeur de l’Amérique du Sud et est exploité pour son latex par les habitants indigènes de la région depuis au moins l’an 1000 de notre ère.

Les premiers indigènes d’Amazonie ont utilisé le latex dans nombre de produits artisanaux très innovants. Le latex humide était incorporé par brossage aux vêtements et aux protections pour les pieds afin d’en améliorer la résistance et de fournir une méthode efficace d’imperméabilisation. Le latex était versé sur ou dans des moules en terre et on le laissait s’évaporer pour former des bols, des récipients d’eau et des paniers à la fois résistants et flexibles.

L’explorateur français Charles-Marie de la Condamine a été le premier Européen à observer des plantes produisant du latex au Pérou en 1735 et à envoyer des spécimens en Europe en 1736. La culture agricole des plantes productrices de latex et l’utilisation industrielle du latex et du caoutchouc en Europe ont été lentes à se développer jusqu’au début des années 1800. L’aube de la Révolution industrielle a été simultanément l’aube du caoutchouc en tant que matériau de première importance.

La demande de caoutchouc naturel est devenue insatiable. Un nombre croissant de plantations d’hévéas en Amérique du Sud et, plus tard, en Asie, en Inde et en Afrique peinaient à répondre à la demande de l’Europe et, dans une moindre mesure, à celle de l’Amérique du Nord. Les scientifiques, les entrepreneurs et les industriels ont rapidement trouvé des milliers d’applications pour le caoutchouc. Ce matériau est devenu très précieux pour la fabrication de ceintures, de joints, d’imperméabilisants, de vêtements, de bottes, de premiers pneus et bien d’autres choses encore.

Cependant, l’utilisation du caoutchouc naturel était limitée par deux défauts majeurs : sa résistance et sa durabilité. Le caoutchouc naturel a tendance à se raidir considérablement dans les environnements froids, à perdre toute sa robustesse et à fondre lorsqu’il est soumis à un chauffage relativement léger. C’est le hasard combiné à l’expérimentation qui a permis de dépasser ces limites en 1839, lorsque l’Américain Charles Goodyear (célèbre pour ses pneus modernes) a mis au point un procédé de chauffage du caoutchouc naturel avec du soufre. La mise au point de ce procédé s’appelle la vulcanisation.

La vulcanisation n’était pas une amélioration marginale du matériau. Le procédé a considérablement amélioré la solidité et la résistance à la chaleur et au froid du caoutchouc. Au cours des cent années suivantes, le processus de vulcanisation a fait du caoutchouc un pilier de l’industrialisation rapide de l’Occident. Son utilisation  dans les véhicules de tourisme, les bicyclettes, les camions, les avions, les bateaux, les navires, les usines et les maisons a transformé et enrichi la civilisation.

Cependant, la demande de caoutchouc naturel a continué à dépasser l’offre et la Seconde Guerre mondiale, en particulier, a créé une pénurie importante – surtout parmi les forces alliées.

Le caoutchouc synthétique produit à partir d’hydrocarbures naturels a été synthétisé pour la première fois lors d’une série d’expériences entre 1875 et 1882. Mais cette production se faisait en grande partie en laboratoire jusqu’au début des années 1940.

À la différence des plantations tropicales et des chaînes d’approvisionnement difficiles à mettre en place, l’avantage du caoutchouc synthétique était sa fabrication à partir d’hydrocarbures existants. Peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’amélioration de la composition du caoutchouc synthétique, de la technicité et de la rentabilité de sa fabrication a conduit à des percées majeures dans les technologies et les applications du caoutchouc.

Les améliorations de sa composition et de sa fabrication se sont poursuivies tout au long des années 1960 jusqu’à l’ère moderne – le monde consommant des volumes vraiment prodigieux de caoutchouc naturel et synthétique.

En 2019, l’humanité a produit et utilisé un peu plus de 29 millions de tonnes de caoutchouc naturel et synthétique. Près de 14 millions de ces tonnes étaient du caoutchouc naturel et 15,2 millions de tonnes étaient synthétiques.

L’utilisation intensive du caoutchouc naturel et synthétique a un impact énorme sur la vie moderne. Presque toutes les voitures et tous les camions de la planète roulent sur des pneus en caoutchouc vulcanisé renforcé, transportant des familles, de la nourriture et des matériaux. Et presque tous les avions atterrissent sur des pneus en caoutchouc haute performance.

L’industrie des transports est peut-être la principale utilisatrice de caoutchouc. Et ce matériau continue à rendre service à la société de centaines de milliers de façons, de la prophylaxie moderne sous forme de préservatifs en latex, à l’imperméabilisation, à l’amortissement des vibrations et aux pneus vraiment énormes qui permettent aux engins miniers et aux camions de fournir à l’humanité les minéraux et les métaux du progrès.

À l’avenir, le caoutchouc issu de sources renouvelables, qu’il soit naturel ou synthétique, continuera à jouer un rôle clé dans la prospérité des pays développés, tout en contribuant à la croissance économique des pays en développement.

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