Les énergies renouvelables handicapent-elles la Chine ?

La Chine manque-t-elle d'électricité à cause des énergies renouvelables ? Ce phénomène est aujourd’hui un sujet d'actualité brûlant en Chine.
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Les énergies renouvelables handicapent-elles la Chine ?

Publié le 26 janvier 2021
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Par Michel Gay.

Fin 2020, plusieurs provinces dans le sud de la Chine (Zhejiang, Hunan, Jiangxi…) ont connu des restrictions de consommation d’électricité et des délestages occasionnant des arrêts de production.

La Chine manque-t-elle d’électricité à cause des énergies renouvelables ?

Ce phénomène est aujourd’hui un sujet d’actualité brûlant en Chine. La capacité installée du parc électrique chinois croît pourtant rapidement, atteignant 100 gigawatts (GW) chaque année, dont 60 GW d’énergies renouvelables intermittentes (EnRI).

Alors pourquoi cette pénurie d’électricité ?

Deux explications :

Les restrictions de consommation d’électricité sont provoquées artificiellement dans certaines provinces parce que leur administration doit respecter les normes définies par le gouvernement sur le contrôle de la consommation électrique. C’est le cas de la province du Zhejiang qui était sur le point de dépasser ses seuils en cette période de fin d’année.

La pénurie d’électricité a obligé de nombreuses entreprises à acheter des groupes électrogènes diesel onéreux et polluants pour assurer leur fonctionnement.

Un manque de production d’électricité, notamment dans le Hunan et le Jiangsu dû au déploiement massif et rapide des EnRI. Les causes résultent d’un vent et d’un soleil faibles pendant une période froide hivernale entraînant une production éolienne et solaire diminuée, alors que beaucoup d’entreprises rattrapaient leur retard causé par l’épidémie de Covid-19, et que la consommation d’électricité pour le chauffage a augmenté.

 

L’éolien comme le photovoltaïque sont des sources d’énergies fatales subventionnées dont la part importante dans la production d’électricité diminue la rentabilité des autres filières conventionnelles. C’est en particulier le cas pour les centrales au charbon qui dominent dans la production d’électricité chinoise et fournissent une ressource électrique stable et pilotable.

La Chine ne peut donc pas satisfaire en même temps sa sécurité d’approvisionnement en électricité, le développement des EnRI et la baisse de production des centrales au charbon qui permet de pallier les variations de l’éolien et du solaire.

Le paradoxe chinois avec le développement des énergies renouvelables

Assurer la sécurité d’approvisionnement en électricité implique paradoxalement la construction de nouvelles centrales au charbon dans certaines régions chinoises alors qu’elles fonctionnent aujourd’hui seulement 4300 heures par an en moyenne à l’échelle nationale. L’équilibre financier estimé à 5500 heures ne peut plus être atteint avec l’essor des EnRI subventionnées prioritaires sur le réseau.

Toutefois, le développement des EnRI atteindrait rapidement le maximum supportable pour la sécurité du réseau d’électricité si la filière au charbon ne disposait pas d’une capacité excédentaire pour compenser leurs absences et sécuriser l’approvisionnement.

Dans cet objectif, la Chine envisage de subventionner les prix de l’électricité issue du charbon bien que la pollution atmosphérique soit devenue un problème politique important pour le pouvoir chinois.

Préoccupations écologiques

Le 19ème Comité central du Parti communiste chinois a souligné le besoin de nouveaux progrès dans le domaine de la « civilisation écologique ». La promotion de la croissance à faible émission de carbone et la réduction des rejets des principaux polluants ont été encouragés.

Dans ce contexte, la mise en service d’une quarantaine de réacteurs nucléaires depuis dix ans dans le pays (dont 30 réacteurs ces cinq dernières années) a apporté une contribution importante à la protection de l’environnement.

Pour une même puissance installée, le nucléaire produit en continu trois fois plus d’électricité que l’éolien et presque sept fois plus que le photovoltaïque.

Le choix du type de réacteur à construire s’est porté sur le réacteur chinois de génération III Hualong 1, dont la mise en chantier de quatre nouveaux réacteurs a été autorisée en septembre 2020, annonçant leur déploiement pour les dix prochaines années.

Le premier réacteur chinois tête de série Hualong 1 de génération III a été connecté au réseau le 27 novembre 2020 à Fuqing. Il avait été mis en chantier en novembre 2014.

Le journal Le Quotidien du Peuple a souligné que ce couplage au réseau marquait ainsi l’entrée de la Chine dans les rangs des pays avancés en matière nucléaire en brisant le monopole de la technologie étrangère. Ce pays dispose dorénavant d’un tissu industriel complet dans le domaine nucléaire et dispose des compétences requises.

Le Hualong 1 est appelé à jouer un grand rôle en renforçant la confiance de l’État dans la technologie chinoise ainsi que des pays concernés par la stratégie des nouvelles routes de la soie.

De plus, son coût de construction en Chine ne représente que 60% du coût d’un réacteur importé.

Le Président Xi Jinping a dit…

Lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations-Unies en septembre 2020, le président chinois Xi Jinping a déclaré :

« Nous visons à ce que les émissions de CO2 atteignent leur maximum avant 2030 et à ce que la Chine atteigne la neutralité carbone d’ici 2060 ».

Dans cette perspective, le mécanisme de « développement propre » qui inclut le nucléaire sera appliqué.

Au cours de la période du 13ème plan quinquennal, les EnRI ont connu un taux de croissance annuel moyen de 32 %, permettant à la Chine de se classer au premier rang mondial en la matière. Les parcs chinois représentaient 210 GW pour l’éolien et 204 GW pour le photovoltaïque à la fin de 2019, soit 20 % de la capacité installée électrique du pays (plus de 2000 GW). Ils ont fourni presque 10 % (700 TWh) de la production d’électricité chinoise (7500 TWh) en 2020.

Mais une proportion élevée d’EnRI dans la production d’électricité crée une forte instabilité. En 2019, des fluctuations de puissances journalières ont dépassé 100 GW sans correspondre aux besoins nationaux. Ces gigantesques variations subites rendent difficiles la gestion de l’équilibre des systèmes électriques car les capacités disponibles de production flexibles au gaz et au fioul sont relativement faibles en Chine.

À mesure que la part de production des EnRI augmente, les capacités de régulation de la puissance active, de la fréquence et de la tension diminuent, fragilisant ainsi les réseaux électriques qui risquent de plus en plus de pannes en chaîne de grande ampleur.

Lors du Sommet des Nations Unies tenu le 12 décembre 2020 sur l’ambition climatique, le président chinois XI Jinping a déclaré que d’ici 2030, la Chine :

  1. Abaisserait ses émissions de CO2 par unité de produit intérieur brut (PIB) de plus de 65 % par rapport au niveau de 2005.
  2. Porterait environ à 25 % la part des énergies non fossiles dans la consommation des énergies primaires (les quatre sources non fossiles sont l’éolien, le solaire, l’hydraulique et le nucléaire).
  3. Porterait à 1200 GW au moins la capacité installée des filières éoliennes et solaires (moins de 450 GW aujourd’hui).

Il s’agit d’un nouvel engagement sur la réponse de la Chine au changement climatique après avoir annoncé en septembre 2020 l’objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2060.

Ces annonces montrent la volonté de la Chine d’utiliser toutes les sources d’énergie propre, notamment l’énergie nucléaire et l’hydroélectricité.

Toutefois, le développement de la filière hydroélectrique reste limité. Déjà 90 % des ressources économiquement exploitables ont déjà été utilisées. Son potentiel est estimé à seulement 402 GW, et les dix prochaines années seront la période finale de son développement.

En revanche, le nucléaire présente un fort potentiel de développement en Chine.

Le Livre Blanc sur les énergies

Le Livre blanc intitulé Le développement des énergies en Chine dans une nouvelle ère publié le 21 décembre 2020 prévoit un rythme de lancement atteignant six nouveaux réacteurs nucléaires chaque année. Le parc nucléaire chinois, aujourd’hui doté de 48 réacteurs, représente une puissance de 50 GW. Il classe la Chine au troisième rang mondial, juste derrière la France et les États-Unis.

En parallèle, 14 réacteurs sont en construction, représentant une puissance de 15 GW. La capacité installée du parc nucléaire en service et en construction en Chine dépasse donc les 65 GW, ce qui le place au deuxième rang mondial devant la France.

Et ce parc nucléaire devrait atteindre 150 GW en 2035, conduisant ce pays au premier rang mondial devant les États-Unis (100 GW).

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères (WANG Wenbin) a déclaré les 24 décembre 2020, dans une conférence de presse, que son pays avait aussi l’intention d’investir dans des centrales nucléaires de l’Union européenne.

Malgré un passage difficile aujourd’hui dans sa production d’électricité, la Chine se donne les moyens de ses ambitions pour répondre à ses besoins, tout en visant la neutralité carbone en 2060.

Toutefois, cet objectif n’est peut-être qu’un affichage politique à l’international pour l’image écologique de la Chine.

Bien que la Chine se dote massivement de centrales nucléaires (moins de 5 % de la production actuellement) et d’EnRI (moins de 10 % de la production) pour remplacer partiellement les centrales au charbon, à gaz et au fioul qui représentent encore près de 85 % de sa production actuelle, cet objectif sera difficile à atteindre.

Mais qui sait ce dont est capable la Chine ?

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  • si on admet la nécessité de subventionner mais aussi de soutenir politiquement , la la rentabilité est hors sujet.

    Ce n’est pas à un gouvernement d’imaginer la production électrique ou de « souhaiter  » un prix..
    il doit à la rigueur fixer un cadre.. si possible qui fasse sens..
    Changer le climat à l’echelle de la France relève de la blague..respecter les accords internationaux dans le cas du climat ressemble plutöt à organiser des transferts de richesse..

    la pollution atmosphérique si on veut;. sauf que ça ne justifie pas l’interdiction à la rigueur des taxes et encore!!!

    la législation peut s’occuper des « nuisances ».. sans doute mal, il suffit de voir comment l’etat « gère » les nuisance liées à la pollution par les gaz d’echappement..

    Lutter contre les subventions à l’éolaire,je suis 100% d’accord avec ça..
    Mais lutter aussi pour rendre minimale l’intervention de l’état.. la cadre la définir..
    alors la chine….

    j’ai toujours été anti anti nucleaire, je suis tout autant anti anti éolien..

    Il faut exiger de remettre du sens dans l’intervention de l’état..

    rappel l’electricité est taxée à 35% en France, 50% en Allemagne si j’en crois les premiers chiffres..plus vous demandez d’etat plus vous servez l’etat..

    • et c’est encore un article qui n’est pas contre l’éolien mais qui démontre les méfaits de l’intervention de l’état et encore on pourrait en discuter.
      Un black out apparait certes comme quelque chose d’absolument inacceptable, mais SEULEMENT parce que du fait des usages et des habitudes les contracts signés avec les fournisseurs garantissent d’etre « servis »…
      c’est au marché de déterminer combien les gens acceptent de payer pour éviter unblack out..via les nécessités des garanties contractuelles.

      • le monde électrique existant est un monde où l’etat est intervenu massivement.. c’est donc un monde de connivence.. il y a ceux qui en tirent profit et ceux qui payent pour les autres… c’est injuste… l’etat dit interet général, avec sa petite liste.. indépendance, redistribution égalité géographique, égalité rurale urbaine..
        le monde électrique qu’on nous propose est un monde est toujours un monde de connivence..il est toujours injuste.. l’etat change la liste..mais dit TOUJOURS interet général…

        discuter si il est plus injuste est quelque peu surréaliste..

        je vais encore vous le demander quel est votre définition de l’interet général est que direz vous si je ne partage pas votre opinion? que je ferme ma bouche?

        • quand vous appelez l’etat au secours, vous aurez ce que sait donner l’etat qui est et on celui qui devrait être…

          des taxes donc..de la redistribution et de la bureaucratie , plus des tas et une perception de plus en plus difficile entre ce qu’i prétend être l’interet général et votre interet..

          maintenant l’etat fait ça avec la nourriture..et l’agriculture..

          • moins un car l’article sonne comme un article antinucléaire.. au moins répondez ..pourquoi l’intervention de l’etat!!!

  • Je ne vois pas raison de me féliciter de l’augmentation du parc nucléaire chinois. La chape de plomb sur les informations sur l’épidémie de covid à Wuhan nous prouve, si besoin était, que l’état chinois gérera tout accident nucléaire comme l’URSS a géré Tchernobyl, mais en pire, la dictature contrôlant encore plus l’information

    • Une dictature peut gérer le risque indépendamment de son opinion publique. Et paradoxalement, ça conduit à une gestion bien plus efficace. La corruption et le copinage des puissants chinois est un facteur bien plus gênant…

      • « Et paradoxalement, ça conduit à une gestion bien plus efficace.  »

        En théorie, peut-être.
        Tchernobyl est là pour rappeler que dans la pratique, c’est loin d’être évident.

      • Les premiers échos qui sortent dans la presse aujourd’hui concernant les mensonges délibérés et le manque de respect des soignants lors du début de la crise Covid ne me rassurent pas du tout

  • « Nous visons à ce que les émissions de CO2 atteignent leur maximum avant 2030 et à ce que la Chine atteigne la neutralité carbone d’ici 2060 »
    Au moins un vrai discours réaliste et totalement transparent ! Discours impossible en France ou en UE !

  • La Chine manque encore d’électricité parce qu’elle n’a pas cru assez tôt aux ENR, mais ils corrigent le tire en investissant 14 fois plus maintenent dans les ENR que dans le nucléaire.

  • Il faut être simple d’esprit pour écrire : Pour une même puissance installé le nucléaire produit 3 fois plus d’électricité que l’éolien ou……
    Au lieu d’écrire pour le même investissement le nucléaire produit 4 fois moins d’électricité que l’éolien ou….
    Car le problème est bien là et pas dans un rapport de puissance installé

    • Les investissements dans les ENR (l’hydroélectricité représentant la plus grosse partie) sont condamnées à diminuer suite à la disparition progressives des aides publiques. Les installations d’éoliennes terrestres ont déjà chuté de 20 % au 2T20 et il est prévu un ralentissement beaucoup plus important en 2021.

  • Les commentaires sont fermés.

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