Jean-François Revel : regard sur la démocratie et les institutions (4)

Regain démocratique

Petite revue de quelques grands ouvrages du regretté académicien philosophe et journaliste sur la démocratie et les institutions.

Par Johan Rivalland.

Suite de cette série de recensions de quelques-uns des ouvrages de Jean-Francois Revel.

Jean-François Revel : le regain démocratique (Fayard, janvier 1992, 525 pages)

Regain démocratiqueC’est cet ouvrage qui, pour moi, a tout déclenché : ma passion pour la lecture, la curiosité intellectuelle, la soif de connaissance.

Rencontré un peu par hasard parmi les nouveautés d’un étal de livres à l’époque, c’est le titre de cet essai qui m’a interpellé, alors que je ne connaissais pas encore son auteur.

Cet ouvrage, en lui-même déjà assez complet, est comme la plupart des ouvrages de Jean-François Revel digne d’une lecture attentive, tant il n’a rien perdu de son acuité.

Il parait peu après la chute du communisme, à un tournant fondamental de l’histoire, profondément porteur d’espoir.

Il pose un ensemble de questions essentielles touchant au triptyque Démocratie-Totalitarisme-Liberté. Le (futur) célèbre académicien y dissèque les réalités et illusions des systèmes démocratiques, montre comment les révolutions contiennent souvent en germe les sources du totalitarisme et pose surtout ensuite la question des évolutions possibles de notre monde après l’effondrement communiste.

Au-delà de ces grandes questions, il examine la situation de la démocratie dans ce que l’on appelle encore à l’époque le  « tiers-monde » et dans les démocraties, qu’il passe en revue pour en analyser les caractères fondamentaux, toujours avec beaucoup de finesse et sans concession.

Un ouvrage marquant, comme l’est l’œuvre immense de cet auteur dans son intégralité.

Quelques courts extraits à vous proposer, parmi tant d’autres (à resituer, bien sûr, dans le contexte de cet ouvrage) :

« D’un point de vue purement statistique, et à moins de confondre jugement de fait et jugement de valeur, on ne peut tenir pour normales les démocraties et pour déviants et anémiques des régimes ou activités qui ont façonné, en pratique, le monde contemporain beaucoup plus que ne l’ont fait les démocraties ».

« La liberté des individus dans un pays ne dépend pas seulement de la manière dont le pouvoir est octroyé – suffrage universel en l’occurrence – elle dépend aussi de la manière dont ce pouvoir est exercé, une fois conquis (…) »

« L’existence du totalitarisme communiste a complètement perverti au XXe siècle notre façon même de poser le problème de la démocratie. Je dis bien communiste, car les deux autres totalitarismes, le fasciste et le nazi, se sont présentés à visage découvert et ont été perçus d’emblée comme des adversaires de la démocratie. C’est en toute clarté, de façon consciente et délibérée, qu’en 1922 Benito Mussolini créa le totalitarisme : à la fois le mot, le concept et la chose. Au contraire, le communisme s’est prétendu un perfectionnement de la démocratie et a réussi pendant trois quarts de siècle à faire très largement accepter cette prétention en Occident même. Aucune révélation sur sa vraie nature ne parvenait à lui ôter une connotation « progressiste » qui faisait rejeter « à droite » ceux qui le critiquaient, même quand on leur donnait raison. Cette imposture fut possible parce que l’idéologie marxiste dominante invitait à donner la prépondérance à l’imaginaire sur le réel, aux prétentions théoriques sur les résultats pratiques. Elle nous a fait considérer comme réactionnaires les systèmes sociaux qui apportaient le plus de progrès, et comme progressistes ceux qui constituaient la plus grande régression ».

« Ce mot [l’individualisme] désigne pour eux [les hommes politiques professionnels] le cauchemar suprême, le soupçon qu’il subsiste quelque part un fragment de l’esprit humain qui échapperait à la sphère politique, au collectif, au communautaire, au grégaire, au domaine public, le leur ».

« Les partisans de l’État maximal justifient souvent leur préférence par leur souci d’équité sociale. L’intervention étatique pourrait seule, d’après eux, corriger les injustices du marché et lutter contre la pauvreté. Ce qui est prodigieux, dans ce raisonnement tout à fait plausible dans l’abstrait, c’est qu’on continue à le tenir alors que l’expérience concrète l’a si massivement réfuté. Toute l’histoire du XXe siècle le montre : plus l’État s’est emparé de la société, plus ont grandi la misère et la famine, les inégalités et les illégalités, les violations des droits de l’homme et la répression policière, le banditisme d’État et le marché noir, l’enrichissement des dirigeants et l’appauvrissement des gouvernés. Ne nous égarons pas dans des arguties théoriques sur l’État minimal et l’État maximal : l’accumulation des faits concrets suffit ici largement à guider notre jugement ».

Je pourrais multiplier les citations, je n’ai que l’embarras du choix. Mais le mieux est de vous conseiller tout simplement la lecture du livre, tant il est riche et instructif.

L’absolutisme inefficace (Plon, septembre 1992, 190 pages) Absolutisme inefficace

Paru la même année, j’ai poursuivi la découverte de Jean-François Revel par cet ouvrage, qu’il faudra également que je relise. Centré sur la question de la réforme de nos institutions, il aborde de manière claire, un thème de réflexion primordial.

Partant des origines de la Constitution de 1958 et de ses fondements, notre auteur montre avec brio les insuffisances qui l’ont, dès le départ, caractérisées, notamment en matière de déséquilibre des pouvoirs (le législatif et le judiciaire en étant les grands perdants). S’appuyant sur de multiples références et argumentant de manière toujours solide, le célèbre académicien fonde ici une démonstration d’une qualité remarquable.

Même si ma mémoire ne m’a pas permis de garder trace de ses éléments fondamentaux, je conserve la certitude d’y trouver les bases d’une réflexion solide et approfondie sur la question de nos institutions.

Une lecture là encore à recommander, pour ceux qui souhaiteraient se pencher sur la question.

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