Violences policières ≠ Violences de policiers

Si « violences policières » s’est progressivement substitué au terme « bavure » autrefois utilisé, « violences policières » est différent de « violences de policiers ». Analyse.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Violences policières ≠ Violences de policiers

Publié le 21 décembre 2020
- A +

Par Yannick Chatelain.

Je peux vous dire qu’il y a des violences policières si ça vous fait plaisir, on ne va pas jouer à ni oui ni non.

C’est ce qu’a déclaré le chef de l’État le 4 décembre lors d’une interview accordé à la chaine Brut, tout en ajoutant que le terme était devenu, au fil de l’eau, un « slogan pour des gens qui ont un projet politique ».

Une violence est une violence, elle est d’autant plus grave lorsqu’elle est commise par une personne missionnée pour protéger les biens et les personnes. La problématique que le président analyse comme un « slogan politique » l’est dans la mesure où l’expression en elle-même est à mon sens inappropriée de par ce qu’elle véhicule.

Si le terme de « violences policières » s’est progressivement substitué au terme « bavure » autrefois utilisé, « violences policières » est différent de « violences de policiers », l’expression suggère ipso-facto des forces de l’ordre devenues dans leur ensemble plus violentes, et une police dont la population devrait se défier.

Outre ces considérations, le fait est que les violences de certains policiers portées à notre connaissance par les réseaux sociaux et rangées dans la catégorie « violences policières » blessent au sens propre comme au sens figuré, tant les citoyens qu’un corps de métier au service de la nation.

La réalité des chiffres des violences policières

Sans disposer des chiffres 2020, tenons-nous en aux chiffres : en 2019, l’IGPN a été chargée de 1460 enquêtes judiciaires, soit une hausse de 23,7 % par rapport à 2018, dont 868 portant sur des violences volontaires, soit une hausse de 41 % en un an (+256). Ces saisines intègrent des interventions lors de manifestations, des opérations de contrôles et des soupçons de violences sur des personnes retenues.

Il est pour autant impossible d’en tirer des conclusions sur une dérive. Comme le rappelle Brigitte Jullien, la directrice de l’IGPN « ces saisines de l’autorité judiciaire ne constituent pas une présomption de faute des agents ».

Par ailleurs, et pour complexifier les choses, cette institution créée en 1854 – et qui pourrait faire l’objet d’une réforme – fait régulièrement l’objet de critiques de « son manque de transparence, surtout quand il s’agit de dossiers de violences policières ».

Ce que l’on peut affirmer avec certitude est que la remontée d’informations sur des soupçons de dérapages sont le fait de citoyens ayant entre autres pour arme non létale des smartphones, ceux-là même qui sont directement ciblés dans l’usage qu’ils en font par l’article 24.

L’article 24 ne sert ni la police, ni les citoyens

Paradoxalement la première des protections des personnes et de la police dans une démocratie va de pair dans notre société avec la démocratisation des technologies et des réseaux sociaux.

Si on ne peut contester que ces derniers puissent éventuellement être utilisés de façon malveillante et d’ores et déjà faire l’objet de lourdes sanctions (dénonciation calomnieuse ou autre… pouvant délibérément mettre en danger la vie d’un policier) on ne peut dans le même temps contester que sans les réseaux sociaux et des vidéos amateurs certaines affaires d’une extrême gravité auraient été passées sous silence.

Si nous gardons à l’esprit qu’une police non contrôlée est le corollaire d’un État autoritaire, il relève du simple bon sens que le droit de regard du citoyen sur les agissements de sa police constitue un garde-fou indispensable au fonctionnement serein d’une démocratie.

C’est ce droit de regard qui pourrait être remis en cause par le très controversé Article 24 de la proposition de loi sur la « sécurité globale » qui prévoit de pénaliser la diffusion malveillante de l’image des forces de l’ordre.

Ainsi et pour l’exemple sous sa mouture actuelle, l’affaire dite de la « Contrescarpe », dans laquelle un ex-collaborateur du Président est accusé d’avoir usurpé la fonction de policier, interpellé et violenté un couple de personnes qui venait de lancer des projectiles vers des CRS lors d’une des manifestations du 1er mai 2018 à Paris n’aurait vraisemblablement pu voir le jour.

La scène filmée par des témoins et diffusée sur les réseaux sociaux le 1er mai aurait très bien pu être qualifiée de malveillante en pointant une intentionnalité de déstabilisation de l’exécutif et ne jamais être médiatisée.

Sous la pression et l’impulsion du président de la République pour tenter de mettre un terme à une crise politique, la majorité s’est engagée à réécrire l’article décrié ; mais cela n’a pas empêché le conseil de l’Europe de réagir fortement.

Dans une lettre adressée le 15 décembre aux membres de la commission des lois de la Chambre haute et à son président, François-Noël Buffet, la Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović écrit : « Le texte de cet article tel qu’il est soumis à votre examen demeure, à mon sens, insatisfaisant du point de vue du respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales« , tout en appelant le Sénat à amender ce texte lorsqu’il l’examinera en mars 2021.

En outre, l’article en l’état ne servirait ni la police ni les citoyens, il ne pourrait qu’attiser le feu de la défiance et de la suspicion des citoyens envers sa police, une suspicion n’ayant pas sa place dans une démocratie.

« Violences policières passives » ?

D’autres situations ne servent nullement les policiers et les gendarmes qui voient leur image écornée et qui sont jugés durement par la population comme étant les responsables d’une forme de violence policière passive !

Lorsque des biens sont attaqués en présence des forces de l’ordre, l’observateur se demande légitimement pourquoi celles-ci n’interviennent pas. Lorsque des saccages se déroulent devant elles et qu’elles restent statiques son premier réflexe peut être alors de… se tromper de responsables.

C’est indéniablement une forme de « violence policière passive » que de ne pas protéger des biens ; pour autant les forces de l’ordre présentes ne peuvent être mises en cause car il est dans l’ordre des choses et dans l’ordre républicain qu’elles obéissent précisément à des ordres et a fortiori à des non-ordres.

La question de leur instrumentalisation par le politique n’est pas nouvelle et peut alors se poser. Conséquemment à cette forme d’inaction, la société est alors perçue comme ultraviolente, un mouvement peut de ce fait être disqualifié et les forces de l’ordre pointées du doigt injustement.

Pour conclure

Qu’il s’agisse de l’article 24 à vocation originelle de « protéger la police », ou des « violences policières passives » que je souligne, les deux mettent en évidence le caractère rétrograde, historique et endémique de la culture d’État monarchique français qui n’est pas l’apanage de l’exécutif actuel.

À ce titre les enjeux de l’article 24 sont majeurs. La démocratisation de la technologie et des réseaux sociaux est un moyen de contrôler d’éventuels abus. Certes, les images peuvent être dérangeantes et mettre en difficulté tant le politique que des policiers dans l’exercice dévoyé de leur mission ; pour autant, elles sont indispensables car ce sont des images et des faits qui ont ainsi conduit l’ONU à réclamer à la France une enquête sur « l’usage excessif de la force » lors des manifestations des Gilets jaunes.

Par-delà ses institutions notre démocratie a besoin de ce type de garde-fou afin de ne jamais franchir la ligne rouge ténue entre une volonté sécuritaire et une dérive autoritaire.

Ce sont les démocrates qui font les démocraties, c’est le citoyen qui fait la République – Georges Bernanos

Voir les commentaires (8)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (8)
  • les policiers sont parmi les seuls à pouvoir user de violence légitimement…

    c’est l’adjectif ou l’adverbe qui manque..

    • Violence légale, pas légitime. Ce sont les élus de la première république qui ont voté le génocide en Vendée.

      • la légitimité en regard des institutions désolé..

        même la repression des vendéens peut se discuter… je doute qu’ils aient voté un « génocide »..

  • La police n’est pas là pour « protéger les biens et les personnes ». Elle est un outil entre les mains du pouvoir, qui lui permet de faire appliquer sa volonté, au besoin par la force. Si les intentions sont légitimes, cela revient effectivement à « protéger les biens et les personnes ». Si elles ne le sont pas, la police devient un outil d’oppression.

  • L’art 24 n’interdit à personne de prendre des images de Policiers en action, ni de les diffuser, pourvu qu’elles ne permettent pas de les identifier, soit que ce soit dès l’origine, soit après floutage. Si elles ont été prises par un personne ne disposant pas des moyens techniques pour les brouiller, elles (une copie) peuvent être confiées à un média les ayant et qui se chargera de la diffusion. Et aura des avocats pour le cas où…

    Dans les récentes affaires de dispersion de migrants et Zecler, les images, du moins celles montrées par les médias, ne permettaient pas d’identifier les Policiers. Pourtant, on ne peut pas dire qu’elles n’ont produit aucun effet… Mais si l’art 24 avait été en application, les auteurs des images et ceux qui les ont diffusées n’auraient pas été sanctionnés. Il en aurait été de même si les images avaient permis l’identification des Policiers mais diffusées après brouillage.

    L’exigence d’une intention malveillante manifeste me semble de nature à priver l’art 24 de quasiment tout effet.
    D’abord, je pense que la précision « manifeste » est inutile, que les juges l’appliqueraient d’office.
    Ensuite, peut-on imaginer que les images diffusées par un média archi-anarchiste seraient sanctionnées, mais que les mêmes, diffusées par un média de la plus parfaite neutralité ou proche du Pouvoir ne le seraient pas ? Ce n’est pas forcément parce qu’un média est hostile à la Police qu’il ne veut pas seulement informer le public.
    Peut-on imaginer aussi que des images, sauf si elles sont trafiquées, sont, par nature, malveillantes, alors qu’elles ne font que montrer la réalité ? Sur quels critères décréter que des images sont malveillantes ?

    Pour terminer, ceux qui voudraient vraiment lutter contre les violences policières peuvent toujours confier copie de leurs images aux corps d’inspection concernés ou à la Justice. Ou, s’ils ne se sentent pas les épaules assez larges, à un média disposant de quelques moyens.

  • Je ne vois qu’un moyen d’éviter les « violences des policiers » ,c’est de leur donner le matériel adapté à la situation,pour qu’ils n’exercent ni ne subissent de violences.
    On a fait beaucoup pour humaniser le travail à l’usine,à l’hopital,on pourrait aussi penser aux policiers…..

  • Le problème n’est pas tant la violence policière que la violence de la société toute entière.
    Plus le lien social se désintègre plus la violence se banalise. Et plus le régime devient autoritaire.

  • Perso qu’une matraque rencontre la mâchoire d’une racaille ne me dérange pas. Je préparerais même les pop-corn pour l’occasion si la scène est filmée ?

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La publication d’une partie d’un entretien entre Macron et Poutine n’a pas plu à Moscou. Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russes, a évoqué un manquement à l’étiquette diplomatique. Cet incident diplomatique met en lumière un problème dans la stratégie des dirigeants européens lors du conflit Ukraine-Russie : le remplacement de la diplomatie par la communication publique.

Une tendance qui est problématique dans la bonne conduite stratégique.

 

De la diplomatie entre dirigeants à la communication au grand ... Poursuivre la lecture

Pendant la pandémie, l’État français aura détérioré son économie encore davantage. La dette publique est passée de 98 % du PIB fin 2019 à 118 % en mars 2021, alors qu’il a fallu presque 15 ans pour passer à un endettement de 80 % à 100 % du PIB. Il est donc impératif de revenir sur un sujet qui est toujours d’actualité depuis plusieurs décennies : réformer la France.

 

Le besoin criant de réformes en France

Étant donné le contexte, il est ahurissant que le président Macron, le premier protagoniste politique dans ce pays, ai... Poursuivre la lecture

Le ministre brésilien de l’Économie, Paulo Guedes, a tenu des propos durs envers la France lors d’une réunion des entrepreneurs à Brasilia mardi. En réponse aux critiques de Paris sur la déforestation de l’Amazonie, il a affirmé que l’économie française devient « insignifante » et a déclaré :

« Vous avez intérêt à bien nous traiter, sinon on va vous envoyer vous faire foutre ».

Des propos peu poétiques et diplomatiques, mais qui sont le symptôme d’un problème plus grave : le Brésil se détourne de l’Occident en faveur de la Chine... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles