Réglementation thermique : la course à l’absurde

Chevetre de velux by Chaumont Tony(CC BY-SA 2.0) — Chaumont Tony, CC-BY

Vous connaissiez la réglementation thermique 2012, voici la RE 2020. Encore plus absurde !

Par Michel Negynas.

La réglementation thermique, c’est quoi ?

L’État impose des règles strictes pour la construction des logements et leur consommation d’énergie. La précédente réglementation, dont la base datait de 2012 (RT 2012) est en passe d’être modifiée par la nouvelle RE 2020. La RT 2012 était absurde, et elle a provoqué de légitimes protestations. La RE 2020 a voulu corriger le tir, mais c’est dans une fuite en avant vers encore plus de surréalisme.

La RT 2012 voulait des bâtiments à faible émission. La RE 2020 imposerait des bâtiments dits à « énergie positive ».

(source Ooreka)

L’absurdité de la réglementation thermique 2012 (RT 2012)

Un des problèmes est que la fixation des limites est en énergie. Pour la RT2012, qui se voulait centrée sur les émissions de CO2, c’était incohérent, puisque toutes les sources d’énergie n’ont pas le même contenu d’émissions !

Mais il y avait pire : conformément aux règles européennes, on parlait ici d’énergie primaire. Le sujet est un peu technique, mais sur un exemple il est facile à comprendre.

Les centrales nucléaires fournissent de l’électricité avec des émissions très faibles (un jour il faudra bien l’expliquer aux 60 % de Français qui n’en croient rien…). Mais leur rendement (énergie électrique produite divisée par énergie consommée pour produire de la chaleur, c’est-à-dire l’énergie primaire) n’est que de 30 % : ceci est dû au phénomène physique utilisé (détente de vapeur dans une turbine) et aux températures permises par les matériaux. Pour les puristes, ces centrales sont soumises au « principe de Carnot ».

Le point clé était donc : quels coefficients de conversion appliquer aux différents KWe de diverses sources pour rendre la réglementation cohérente ? Le calcul en énergie primaire donnait évidemment un coefficient très défavorable au nucléaire électrique vis-à-vis du gaz.

La pompe à chaleur  électrique qui utilise quasiment l’effet inverse du principe de Carnot, rattrapait un peu les choses, mais pas complètement. En période très froide, son rendement baisse, exactement lorsqu’on en a le plus besoin. Comme le prix de l’électricité, sous l’influence des subventions aux ENR, ne fera qu’augmenter à l’avenir, la RT 2012, censée réduire les émissions, a provoqué un boom du gaz pour le chauffage !

Certains objectent que le chauffage électrique est maximum à la pointe de consommation en hiver, et donc qu’il provoque le démarrage de centrales d’appoint au gaz et au charbon.

Cet argument ne tient pas à un examen des types de consommation électrique et à la structure de la production. Le chauffage est l’exemple même d’une consommation de base, il consomme davantage la nuit que le jour en hiver. Et même s’il participe à la pointe, on peut aisément l’étaler avec un peu d’accumulation.

De plus en plus absurde, la RE 2020

Roulement de tambour : la RE2020 encore plus fort ! Elle n’est plus seulement thermique mais environnementale. Et les bâtiments seront à énergie positive : ils devront en produire plus qu’ils n’en consomment ! À vrai dire, le concept est pour le moins osé, sinon fumeux.

Que peut produire un bâtiment comme énergie ? On peut « l’équiper » d’installations de production d’énergie, mais c’est un abus de langage que de dire qu’il produit effectivement plus qu’il ne consomme : les capteurs solaires sur le toit du bâtiment ou à quelques mètres dans le jardin, quelle différence ? On en vient à oublier la finalité première d’un immeuble, qui est d’abriter des personnes ou des activités. Est-ce le lieu le mieux indiqué pour en plus, produire de l’énergie ?

Pour que la différence entre production et consommation soit positive, la norme en énergie a été réduite à 12 KWh d’énergie primaire par m2, au lieu de 50 pour la RTE 2012. C’est-à-dire quasiment rien. Cette limite et d’autres contraintes en émission excluent quasiment le gaz. Il y a juste un petit problème : avec quoi allons-nous nous chauffer sans gaz ni électricité ?

Alors on a trouvé un truc : le coefficient d’équivalence de l’électricité a changé, passant de 2,6 à 2,3, pour tenir compte du fait qu’on aura soi-disant 50 % de renouvelables dans le futur. Cela conforte la pompe à chaleur, mais interdit toujours le chauffage par effet joule, même à accumulation.

Alors, avec quoi se chauffer et produire notre eau chaude, et cuisiner ? Les opportunistes qui font leur beurre sur ce genre de réglementations commencent à nous inonder de leurs guides.

Nous avons le choix entre pompes à chaleur et biomasse (c’est-à-dire poêles à bois). Comme le chauffage à bois est un des plus polluants, et que sa généralisation impliquerait d’importer des copeaux du Canada, il ne semble pas promis à un grand avenir. Donc finalement, on a le choix entre pompe à chaleur et… pompe à chaleur.

Nous ne sommes donc plus dans une obligation de résultat, mais de moyens. Pire, on fixe quasiment les deux, sans vraiment prouver que c’est réalisable. En outre, cela ne s’arrête pas là : le bois doit être privilégié comme matériau de construction, sans qu’on démontre vraiment pourquoi. On parle « d’analyse en cycle de vie dynamique », qui attribue un poids plus fort au carbone qui est émis aujourd’hui qu’au carbone qui sera émis plus tard.

En fait, le débat entre les impacts environnementaux des différents matériaux (béton, acier, bois) dépend de méthodes de calcul qui ont toutes leur logique mais aboutissent à des résultats très différents. Leur choix est purement politique. Et construits en bois, la Tour Eiffel ou l’Empire State Building existeraient- ils encore ?

La RE 2020 définit donc l’avenir de nos habitations : des isbas bardées de panneaux solaires et chauffées par des pompes à chaleur, et rien d’autre.

Les arroseurs arrosés

Un des aspects les plus drôles de l’affaire est la réaction des vendeurs de gaz. Évidemment, ils protestent énergiquement. Sauf qu’ils sont victimes de leur propre stratégie. Ce sont des promoteurs acharnés des énergies renouvelables et ils sont antinucléaires car ils savent que la multiplication des éoliennes et des panneaux photovoltaïques obligera à terme à construire des centrales au gaz.

Sauf qu’ils n’avaient pas prévu que cela se retournerait contre eux, les écologistes voulant d’emblée sauter l’étape gaz, moins émetteur de CO2 certes, mais en émettant quand même.

On ne gagne jamais à essayer de s’allier son pire ennemi.

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