Black Friday : Bruno Le Maire en guerre contre le numérique

Tout semble réglé comme du papier à musique pour faire de Noël une sorte de retraite monacale à connotation antilibérale et anticapitaliste, à un moment où l’économie s’engage dans la pire récession de l’après-guerre.

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Bruno Le Maire 2016 by Nigel Dickinson Fondapol (CC BY-NC-ND 2.0)

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Black Friday : Bruno Le Maire en guerre contre le numérique

Publié le 19 novembre 2020
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Par Frédéric Mas.

Ce mercredi, Bruno Le Maire s’est prononcé pour le report du Black Friday, une opération commerciale annuelle qui devrait se tenir le 27 novembre dans toute la France. Le Premier ministre souhaite ainsi donner satisfaction aux petits commerces fermés avec le reconfinement, qui voient d’un très mauvais œil une campagne qu’ils perçoivent comme essentiellement profitable au e-commerce en général et à Amazon en particulier.

Bruno Le Maire en a appelé à la responsabilité des grandes surfaces et des principaux acteurs en ligne du Black Friday, estimant devant le sénat que « cette opération (…) n'[avait] pas de sens dans les circonstances actuelles ».

Le président de l’association UFC-Que Choisir, Alain Bazot, réclame lui aussi que l’État s’en mêle : « Pourquoi Bruno Le Maire ne se précipite-t-il pas pour intégrer un cadre sécurisant pour les consommateurs, et pour arrêter toutes ces promotions complètement bidon ? » a-t-il déclaré sur FranceInfo.

L’association de consommateurs emboîte le pas des pétitionnaires de Noël sans Amazon, cette initiative qui regroupe militants de gauche, écologistes, fédération de commerçants tous vent debout contre l’entreprise de e-commerce accusée de prédation et de destruction des emplois nationaux.

Black Friday, bouc émissaire des écolos et des commerçants

Le Black Friday est critiqué depuis des années, accusé tour à tour, en particulier par les écologistes, d’encourager la « surconsommation » et par les petits commerces de bénéficier essentiellement aux grandes enseignes et surtout aux acteurs de l’économie numérique. Selon Ouest-France, le Black Friday « a généré 6 milliards d’euros de ventes l’an passé, dont 1 milliard sur Internet. 62 % des Français en ont profité pour faire des bonnes affaires, dont les deux tiers pour leurs achats de Noël. »

Mais Bruno Le Maire a-t-il vraiment le pouvoir de décaler cette foire commerciale tant décriée ? Comme il le reconnaissait lui-même sur BFM-TV le 9 novembre dernier, il s’agit d’une opération promotionnelle privée, qu’il ne peut donc pas interdire.

Et c’est cette limitation des pouvoirs de l’État qu’une partie des commerces nationaux souhaiterait faire sauter pour être protégée d’une concurrence accusée de tous les maux, y compris celui de répondre aux attentes d’un consommateur qui s’y retrouve chaque année si on en croit la boulimie d’achats qui précède Noël.

Les associations de commerçants hostiles au Black Friday préfèrent déclarer la guerre au e-commerce plutôt que d’interroger la politique sanitaire d’un État qui est en train de les étouffer, au plus grand bénéfice des géants du numérique.

Le reconfinement français, l’un des plus stricts d’Europe, a abouti à la fermeture des commerces désignés par l’État comme non essentiels. Après avoir dû s’adapter à un protocole sanitaire particulièrement contraignant, voilà maintenant les commerçants obligés de fermer ou d’adapter leurs services au fameux « click and collect » pour tenter de survivre.

La fermeture brutale des boutiques favorise mécaniquement le commerce en ligne, qui n’a pas besoin de locaux physiques pour présenter ses marchandises. Le gouvernement a certes promis de travailler sur un protocole sanitaire permettant aux commerces de rouvrir leurs portes le plus rapidement possible, mais l’incertitude règne.

Des sanctions contre les concurrents

Plutôt que de réclamer le retour à la liberté de commerce, les anti-Black Friday réclament des sanctions contre leurs concurrents épargnés. Les distorsions dans la concurrence provoquées par la politique sanitaire du gouvernement sont une opportunité pour certains groupes d’intérêt commerciaux hostiles à l’économie numérique.

C’est l’occasion de demander davantage de protection politique contre la concurrence qui les obligerait à s’adapter. Passer par la case politique est un moyen répandu dans les économies de type corporatiste1 pour s’assurer des revenus au détriment d’un consommateur captif des clientèles du « capitalisme de connivence ».

L’État intervient pour éliminer une concurrence gênante, flèche les consommateurs vers les entreprises protégées qui peuvent vendre leurs produits au tarif souhaité uniquement par le producteur, le tout au plus grand bénéfice des cartels.

La pression des commerçants afin qu’intervienne l’État pour défendre leurs intérêts en éliminant froidement la concurrence se fait sous couvert d’une éthique particulièrement rigoriste. Bruno Le Maire en appelle à la responsabilité, les commerçants décrivent Amazon comme le grand Satan et les écolos appellent à la restriction en matière de consommation.

Tout semble réglé comme du papier à musique pour faire de Noël une sorte de retraite monacale à connotation antilibérale et anticapitaliste, à un moment où l’économie s’engage dans la pire récession de l’après-guerre, le tout sous la pression des groupes d’intérêt clientélistes qui ont l’oreille du gouvernement.

C’est pourtant de la prospérité qu’on sortira de la crise, et le ministre de l’Économie devrait en prendre le plus rapidement possible conscience pour éviter la catastrophe.

 

  1. Sur la différence entre économie corporatiste -si typiquement française- et économie capitaliste, on pourra se reporter à Edmund Phelps, La prospérité de masse, Odile Jacob, 2017.
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  • Si le nom même « Black Friday » a pris, c’est parce que c’est le jour où pour les commerçants les comptes jusque là dans le rouge reviennent dans le noir, le côté bénéficiaire, grâce au pont entre Thanksgiving et le week-end suivant. Donc on a plus que jamais besoin d’un Black Friday.

    • Acheter Black Friday c’est libéral parce que en favorisant une entreprise qui ne paye pas d’impôts, on affame le Léviathan étatique?

  • La réaction de BLM est moins une attaque contre le numérique que le signe que certains membres du gouvernement commencent à prendre peur des conséquences de leurs décisions idiotes, tandis que la population de plus en plus, se rend compte de la réalité…

    • Cette séquence de la peur au ventre est intéressante, avec des murmures de sortie rapide du confinement et, pour ne pas perdre la face, des statistiques en baisse, phénomène précipitamment attribué au confinement. Pas de chance, la baisse a commencé trop tôt. Le confinement n’y est pour rien.

      Tout ceci est ridicule, comédie d’un pouvoir en déroute intellectuelle totale, ayant perdu sa dernière parcelle de crédibilité. On se souviendra longtemps du satrape en chef et de ses 400000 morts mensongers.

      Le confinement de trop, la taxe de trop, la loi de trop, l’interdiction, la punition, l’insulte, l’injustice de trop : dans absolument tous les domaines, l’Etat obèse a déjà outrepassé ses limites. Mais comme il ne peut s’empêcher de grossir encore et encore, puisque c’est la condition de sa survie, la fin approche à grands pas.

      • vous avez raison , le confinement ne peut pas avoir encore un impact sur les chiffres …le couvre feu peut-être mais comme certaines villes qui ne le subissaient pas ont elles aussi vu leurs chiffres baissés…La seule explication on ne peut plus rationnelle…ce sont les vacances scolaires..!!!

        • Ils touchent à peine su doigt ce que pourrait être « jouer sa peau », leur seule perte : d’eventuels electeurs, ou drame absolu, là non reconnaissance par leurs pair…pathetique… Monkeys like me

  • Et si au lieu de supprimer le black Friday impossible a bloquer, vous laissiez acheter des chaussettes des culottes des pantalons .. Même sans ristourne et au prix fort, ça urge… Les soldes on a l’habitude il y en aura d’autres juste pour les petits français… Un black Sunday, chouette non?

  • C’est vraiment à qui de cette bande de branquignolles fera le plus de conneries! Le Maire est bien placé.

  • Commerces essentiels vs commerces non-essentiels. Je ne sais pas si l’administration se rend compte des dégâts occasionnés par cette espèce de doctrine. Les concernés ne doivent jamais oublier que le gouvernement les considère tout simplement comme futile. Si ce n’est pas du mépris, cela y ressemble très fort.

    • N’oubliez pas les paroles de Macron (« ceux qui ne sont rien ») rejoignant celles de Hollande (« les sans-dents ») ou de Clinton (« les déplorables »).
      Pensez aussi à l’intervention de Laurent Alexandre dans « Hold up »…

    • ils avaient de fait déclarés les écoles non essentielles..on doit le rappeler…

  • Bon, je propose que le black friday, cyber monday, boxing day, les soldes, Noël, soient regroupés le 14 juillet. Plus facile de communiquer et cela permet une sorte de solidarité avec les australiens qui sont obligés de se déguiser en père Noël par 40 °C. Et puis, comme il n’y a plus de défilé, par décision jupitérienne…

  • je comprends pourquoi les insectes disparaissent.. il y a une armée de sodomiseurs de diptères dans ce pays..

  • Les petits commerces français sont en Europe particulièrement en retard en ce qui concerne la vente sur internet, pourtant plébiscitée par les consommateurs.

    Un gouvernement soucieux du bien public subsidierait la création des sites internet de vente et l’affiliation à des groupes de distribution ( l’occasion, au passage, de rendre La Poste enfin rentable, comme Bpost et PostNl )

    Mais comme il est plus simple de taxer ceux qui réussissent que faire réussir ceux qui se débrouillent mal dans le monde moderne, le choix est vite fait : dénigrons, limitons, taxons, et tant pis pour les petits commerçants et les vilains consommateurs

  • Comment un type aussi nul peut il sévir dans les gouvernements successifs depuis tant d’années? Comment peut il vivre aussi confortablement depuis tant d’années sur notre dos sans rien réussir d’autre que la destruction de nos entreprises?

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