Amazon : la gauche sort ses pétitions

Photo by Hello I'm Nik 🎞 on Unsplash - https://unsplash.com/photos/r22qS5ejODs — Hello I'm Nik 🎞 ,

Sans confrontation avec la concurrence qui provoque adaptations, innovations et améliorations dans les services offerts, les commerces de proximité artificiellement protégés ne parviendront jamais à s’adapter.

Par Nathalie MP Meyer.

Vous connaissez l’adage : « Parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en ! » À cette aune, nul doute que Jeff Bezos, le PDG fondateur du géant du commerce en ligne Amazon doit se frotter les mains.

Depuis que le gouvernement Macron-Castex a décidé d’inclure la fermeture des commerces de proximité non-essentiels puis celle des rayons comparables des grandes surfaces dans le reconfinement anti-Covid qui court depuis le 30 octobre, créant de fait un boulevard pour le commerce en ligne, pas un jour ne se passe sans qu’Amazon ne soit la cible de discours anticapitalistes aussi rudimentaires que largement partagés dans les cercles dirigistes.

Même le gouvernement s’y est mis – comme s’il n’était pas l’unique responsable de cette situation parfaitement absurde. Mais comment s’étonner ? Lorsque l’on préfère fermer les rayons non-essentiels des grandes surfaces plutôt qu’autoriser la réouverture des petits commerces dont rien n’indique qu’ils soient des vecteurs de contamination dès lors que les gestes barrières sont respectés, il devient absurdement logique d’entraver au maximum les activités d’Amazon en France plutôt que d’autoriser la réouverture des précédents.

Et peu importe que le « quoi qu’il en coûte » qui accompagne ce suicide économique et social piloté d’en haut ne soit lui-même, via les impôts futurs qu’il implique obligatoirement, l’un des éléments qui conduira à la faillite et au chômage tant et tant d’entreprises et de citoyens empêchés de travailler.

« Oui, Amazon se gave »

C’est ainsi que le Premier ministre Jean Castex a suggéré aux Français de « retarder ou décaler (des achats), plutôt que de commander, sur un grand site étranger, des produits par Internet » tandis que Bruno Le Maire conseillait pour sa part de passer un coup de fil à la boutique du coin pour commander livres ou jouets.

Et c’est ainsi que la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, balayant toute précaution oratoire, n’a pas hésité à étaler en grand le dogme anticapitaliste en la matière :

Oui, Amazon se gave, à nous de ne pas les gaver.

 

 

Autrement dit, nos ministres appellent ni plus ni moins les Français à boycotter Amazon pendant le confinement.

Quelle merveilleuse coïncidence : c’est justement ce que préconisent les habituels signataires des tribunes écolos-gauchistes tels que l’ex-député LREM Matthieu Orphelin, l’ex-ministre de l’Écologie de François Hollande Delphine Batho, le député Insoumis François Ruffin, Anne Hidalgo (on ne la présente plus), le maire EELV de Grenoble Cédric Piolle, le Président EELV de la métropole lyonnaise, les inévitables célébrités conscientisées de notre exception culturelle et une ribambelle d’ONG façon Greenpeace et les Amis de la Terre dans une pétition publiée hier 17 novembre qui commence ainsi :

Cher Père Noël, cette année, nous prenons l’engagement d’un #NoëlSansAmazon.

La pétition « Noël sans Amazon »

La veille, un autre collectif mêlant aussi EELV, France insoumise, PS, Attac, Greenpeace, CGT et Économistes atterrés s’était fendu d’une tribune relayée par franceinfo pour demander l’instauration en urgence d’une taxe exceptionnelle sur le chiffre d’affaires d’Amazon afin de subventionner les commerces de proximité ainsi que des mesures législatives et fiscales de plus long terme pour freiner le développement d’une entreprise prédatrice qui menace justice sociale et justice climatique :

 

La crise du Covid devrait nous servir à repenser en profondeur nos modes de consommation et de vie sociale, pas à nous enfoncer dans un monde de surconsommation prédateur. […] Le monde rêvé par Amazon est en totale contradiction avec la profonde aspiration à des vies décentes sur une planète vivable.

 

Dans cette affaire, la crise sanitaire ne fait qu’exacerber un violent refus de la nouvelle économie numérique qui prolifère depuis longtemps dans les rangs de l’anticapitalisme associé à l’écologisme radical et qui s’est focalisé sur quelques noms emblématiques comme Uber, Airbnb et Amazon.

Pourtant, si l’on s’en tient aux chiffres, Amazon ne représente en France que 20 % du e- commerce de biens, ce dernier ne représentant que 10 % du commerce de détail. Pas de quoi fouetter un chat, sauf dans l’esprit des alarmistes de tout poil qui voient le ciel leur tomber sur la tête dès qu’une innovation pointe le bout de son nez et qui se mettent alors à réclamer impôts, interdictions et obligations afin de restaurer l’ordre ancien et barrer la route à toute concurrence.

À ce sujet, il convient d’ailleurs de noter que parmi les signataires de la tribune et de la pétition mentionnées plus haut figurent des syndicats de commerçants et de libraires.

Exactement comme les taxis ont vécu l’arrivée des services de transports tels qu’Uber comme une menace à éradiquer d’urgence plutôt que de chercher à améliorer leur offre, il est certain que l’arrivée d’Amazon en France en 2000 ainsi que l’émergence d’entreprises similaires, notamment CDiscount (groupe Casino) qui occupe le deuxième rang de notre e-commerce national, ont profondément bouleversé le secteur de la distribution.

Il se trouve que les consommateurs français apprécient énormément le commerce en ligne. Parmi les personnes de plus de 18 ans, 70 % achètent des biens sur internet et 33 % se fournissent sur Amazon. Elles y trouvent une variété de choix appréciable, des prix concurrentiels, un service de livraison extrêmement rapide ainsi qu’une grande facilité de retour et de remboursement des produits qui ne leur conviennent pas.

C’est la seule façon de se faire livrer un dimanche le livre que votre lycéen étourdi doit lire pour le lundi et qu’il a complètement oublié d’acheter le samedi. C’est la seule façon de retrouver le même voile d’ombrage que celui que vous aviez acheté l’année précédente chez Bricorama qui ne fait plus le modèle cette année. Etc.

Et puis c’est une façon bien pratique de vendre ses bouquins, n’est-ce pas Mme Hidalgo, n’est-ce pas M. Orphelin ?

Amazon  Amazon

Il se trouve également qu’Amazon emploie en France 9300 personnes en CDI, sans compter les embauches temporaires de fin d’année, et qu’un nombre non négligeable de PME et de commerçants français vendent leurs produits via son site internet. Plus de 10 000, selon la plateforme. Boycotter cette dernière revient à priver les premiers de débouchés, donc à fragiliser leur activité et les emplois qui en dépendent.

Les pétitionnaires y ont-ils pensé ? Probablement pas. Pas plus qu’ils ne veulent intégrer dans leurs raisonnements délirants les évolutions écologiques adoptées par un nombre grandissant d’entreprises dans la conduite de leur activité, e-commerce et Tour de France compris.

Car au-delà de leurs récriminations sur la concurrence déloyale des grands opérateurs en ligne vis-à-vis des petits commerces, c’est plus fondamentalement un mode de vie qui est en cause, ce sont les idées même de consommation et de croissance qui sont violemment rejetées.

À leurs yeux, il existe une façon « citoyenne » de consommer qui passe exclusivement par l’économie circulaire et les acteurs de l’économie sociale et solidaire. Tout le reste n’est qu’injure faite à l’humanité et surtout à la planète.

Dans cette perspective, toute taxe sur le chiffre d’affaires d’Amazon – taxe qui sera répercutée sur le consommateur au détriment de son pouvoir d’achat ou au détriment de la qualité de service, n’en doutons pas – est en réalité une amende, une peine, une punition infligée à qui ne consomme pas selon les canons du camp du bien écolo-décroissant.

Les géants du numérique

Mais au fait, cette taxe existe déjà ! C’est la fameuse taxe GAFA française impulsée par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire qui s’applique depuis janvier 2019 à toutes les entreprises numériques qui réalisent un chiffre d’affaires mondial supérieur à 750 millions d’euros dont au moins 25 millions en France.

Suspendue le temps que les négociations au niveau de l’OCDE aboutissent, elle sera en principe réactivée en France dès le mois prochain suite à l’échec des négociations.

Pour Bruno Le Maire, pas d’hésitation : « L’argent, il est chez les géants du numérique qui font des profits considérables ». Dès lors, il est simplement impensable que nos PME subissent une pression fiscale plus forte que les entreprises du numérique !

Mais franchement, à qui la faute ? Si la pression fiscale est terrible pour les PME, c’est en l’allégeant qu’elles retrouveront des couleurs, pas en l’augmentant pour les autres.

 

 

Du reste, il est inexact de dire qu’Amazon ne paie pas d’impôts en France. En 2018, la plateforme aurait réalisé chez nous un chiffre d’affaires de 4,5 milliards d’euros et elle aurait versé au Trésor public 150 millions en impôt sur les sociétés, cotisations patronales et impôts locaux, et environ 100 millions supplémentaires en taxes et impôts collectés pour le compte de l’État (cotisations sociales, TVA, CSG).

Dans une perspective libérale, c’est-à-dire une perspective qui respecte les choix des individus, leur liberté d’entreprendre et leur capacité d’adaptation à des environnements socio-économiques en pleine évolution, l’apparition d’entreprises novatrices comme Amazon commande deux choses :

· D’abord, dans le contexte présent du reconfinement, d’autoriser sans attendre la réouverture de tous les commerces quels qu’ils soient.

· Ensuite, dans le contexte plus général d’une transformation profonde du secteur, d’entraver le moins possible le jeu de la libre concurrence par des couches superposées de fiscalité alors que la France est déjà championne des prélèvements obligatoires en Europe et dans l’OCDE.

Sans confrontation avec la concurrence, seule à même de provoquer adaptations, innovations et améliorations dans les services offerts, les commerces de proximité artificiellement protégés ne parviendront jamais à s’ajuster progressivement à l’arrivée des nouveaux acteurs propulsés par les nouvelles technologies numériques.

Peu importent les rodomontades de Bruno Le Maire, peu importent les pétitions pseudo-vertueuses de l’anticapitalisme décroissant, le monde d’Amazon et de toutes les nouvelles entreprises dans son genre est en train de s’installer en France. Il triomphera des obstacles parce que les clients, les entrepreneurs, les Français en général y trouvent leur compte et savent au fond d’eux-mêmes que le mouvement est irréversible et porteur de prospérité.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.