Quand les professions libérales implorent le joug de l’État

Macron rêvait d’étendre les régimes d’indemnité maladie aux professions libérales, sans savoir comment y parvenir, et ce sont les professionnels libéraux eux-mêmes qui sont venus se jeter dans la gueule du loup.

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Quand les professions libérales implorent le joug de l’État

Publié le 15 novembre 2020
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Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

L’Europe et notre président de la République en particulier ne cessent de dénoncer d’anciens pays de l’Est comme la Hongrie ou la Pologne pour leur vision d’une démocratie illibérale, c’est-à-dire adhérant à une culture politique qui disqualifie en son principe la conception libérale. Mais la machine macronienne poursuit pourtant de manière méthodique sa politique illibérale tendant à renforcer sans cesse l’emprise de l’État sur la société.

Cette fois, ce sont les régimes d’indemnité maladie qui seront étendus aux professionnels libéraux. M. Macron en rêvait sans savoir comment y parvenir, et ce sont les professionnels libéraux eux-mêmes qui sont venus se jeter dans la gueule du loup. Ou plutôt l’un des syndicats de professionnels indépendants qui l’a réclamé pour tous même si tous ne sont pas d’accord.

Les professions libérales obligées de verser une cotisation supplémentaire

Sur la suggestion de l’UNAPL et sans concertation préalable avec les autres organisations représentant les indépendants, le gouvernement a déposé un amendement au budget 2021 pour que les professionnels libéraux soient obligés d’adhérer à une caisse leur assurant des indemnités en cas de congé maladie.

Le prétexte en est que pendant la crise sanitaire, bon nombre de professionnels tels des infirmières, des avocats, des architectes ont été empêchés de travailler.

Et la caisse de Sécurité sociale des indépendants a versé à certains professionnels une aide de solidarité alors qu’ils ne cotisaient pas au régime. Les professionnels libéraux seront donc obligés, si la loi est votée comme c’est plus que probable, de verser une cotisation supplémentaire qui devrait être proche de 0,85 % de leur revenu, plafonné à trois plafonds de la Sécurité sociale.

Pourquoi pas s’assurer en effet ? Mais pourquoi le faire de manière obligatoire ? Le principe même des professions libérales, c’est d’avoir le moins de contraintes possible et de constituer sa retraite, de choisir son assurance complémentaire, d’être libre et responsable de la gestion de ses risques. Ce sera de moins en moins vrai.

Le régime des libéraux se rapproche de celui des salariés et tous sont dépendants de l’État. C’est la loi qui fixe leurs cotisations et leurs indemnités ! La société uniformise ainsi les situations et continue son œuvre de déresponsabilisation des individus pris en charge et soumis à des charges qu’ils ne décident pas.

Ainsi la France passe progressivement tout entière sous le contrôle de l’État

Le drame est que ce sont les victimes elles-mêmes qui en viennent à implorer le joug de l’État ou l’accepter gaiement avant de se rendre compte qu’elles y perdront leur liberté et leur dignité de professionnels indépendants. Elles paieront aussi probablement plus cher cette protection qu’elles auraient pu négocier librement.

D’autres ont suivi le même chemin et sont aujourd’hui les prisonniers d’un système étatique centralisé, autocratique et omnipotent. Les médecins se sont réjouis un temps que leurs honoraires soient pris en charge par l’État et ils sont devenus des quasi-fonctionnaires obligés d’obéir aux injonctions de l’ARS et autres autorités gouvernementales pour soigner, prescrire et se faire honorer.

Les pharmaciens sont en train de vivre cette évolution qui va les empêcher de développer leurs affaires comme ils le souhaitent sauf à faire autre chose que de la pharmacie. Les écoles privées ont été sauvées de leurs difficultés financières en 1959 en perdant la liberté de fixer leurs programmes, de licencier leurs enseignants et plus généralement en abandonnant, sauf exception, la plénitude de leur identité propre. Les avocats soumis à la misérable tarification des commis sont devenus les demi-soldes de la justice…

Ainsi la France passe progressivement tout entière sous le contrôle de l’État sans crier gare et souvent à la demande de ceux qui préfèrent devenir les agents de la République plutôt que d’accepter les aléas de leur métier et de vivre avec la passion de leur indépendance. Peu à peu la population devient allergique au risque.

De moins en moins d’actifs insufflent à la société, et en particulier à l’économie, cet enthousiasme qui devrait la transcender, et lui communiquent les vertus de libertés qui sont nécessaires à la dynamique d’un peuple, à sa confiance, à son élan sans lesquels il s’étiole et se déchire. Hélas !

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  • Économiquement, le nombre de secteurs sous la coupe de l’Etat augmente, l’école à la maison est en passe d’être interdite, les opinions déviantes sont censurées… Il est évident que le projet d’ensemble est une mise sous camisole de l’ensemble de la société. La « start up nation » est une Corée du Nord 2.0.

  • finalement cette  » crise sanitaire  » fait le jeu de l’état qui en profite pour mettre la main sur tout ce qui peut être enfermé et ponctionné ;

  • Très bon constat! Triste certes. mais il vaut mieux regarder la réalité en face.

  • Rappelons que plus de 90% du budget de l’UNAPL ne vient pas de cotisations, mais de dotations indirectes de l’Etat (sans aucun contrôle des dépenses de ces fonds issus de cotisations obligatoire. Ces syndicats sont dispensés de publier leurs comptes, alors que la loi les y oblige), qui paye commande.
    Un point non souligné : cotisation proportionnelle, mais prestation forfaitaire, selon le bon principe plus on paye, moins on touche.

  • Syndrome de Stockholm : plus l’Etat vous maltraite, plus vous vous y attachez.

  • Il peut néanmoins y avoir un intérêt dans un régime universel obligatoire de base, qui pourrait par exemple être souscrit auprès d’un opérateur libre de son choix, c’est d’amener toute la fonction publique à provisionner ses retraites et pouvoir en bénéficier selon des règles identiques aux autres, mettant fin à leur système privilégié actuel monumentalement coûteux. Ce système étant seulement un système de base (mettons pour 1/3 de la retraite), il ouvrirait également de fait sur la nécessité pour chacun de constituer une retraite par capi pour le complément.

    • Voeu pieux sauf qu’avec des caisses de retraites pour les fonctionnaires, c’est quand même le contribuable qui fournira le pognon comme c’est déja le cas avec la Préfon.

      Les fonx contractent des emprunts, et c’est le contribuable qui rembourse. Magie du socialisme.

  • À envier les avantages des salariés, les libéraux ne gagnent généralement que leurs inconvénients, lesquels viennent s’ajouter aux soucis spécifiques des indépendants. C’est « ni le beurre, ni l’argent du beurre, ni…” !

  • il st difficile d’étre le seul à ne pas jouer le jeu de « faire payer les autres ».

  • Pétain en révait, Macouille va le faire : collectiviser intégralement le pays. Pénuries et tickets de rationnement en vue.

  • Les 35 h sont passées par là,les professions libérales ne comptant pas leurs heures se font ponctionner au-delà du raisonnable pour financer un système d’assistanat proche du foutage de gueule.

  • L’objectif de l’Etat est de vous ruiner.
    Quand vous serez ruiné, vous ne servirez plus à rien.
    Savez-vous ce que l’on fait des gens qui ne servent plus à rien ?
    Je laisse libre cours à votre imagination.

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