Quand les professions libérales implorent le joug de l’État

Photo by steve p2008 (CC BY 2.0) — steve p2008 , CC-BY

Macron rêvait d’étendre les régimes d’indemnité maladie aux professions libérales, sans savoir comment y parvenir, et ce sont les professionnels libéraux eux-mêmes qui sont venus se jeter dans la gueule du loup.

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

L’Europe et notre président de la République en particulier ne cessent de dénoncer d’anciens pays de l’Est comme la Hongrie ou la Pologne pour leur vision d’une démocratie illibérale, c’est-à-dire adhérant à une culture politique qui disqualifie en son principe la conception libérale. Mais la machine macronienne poursuit pourtant de manière méthodique sa politique illibérale tendant à renforcer sans cesse l’emprise de l’État sur la société.

Cette fois, ce sont les régimes d’indemnité maladie qui seront étendus aux professionnels libéraux. M. Macron en rêvait sans savoir comment y parvenir, et ce sont les professionnels libéraux eux-mêmes qui sont venus se jeter dans la gueule du loup. Ou plutôt l’un des syndicats de professionnels indépendants qui l’a réclamé pour tous même si tous ne sont pas d’accord.

Les professions libérales obligées de verser une cotisation supplémentaire

Sur la suggestion de l’UNAPL et sans concertation préalable avec les autres organisations représentant les indépendants, le gouvernement a déposé un amendement au budget 2021 pour que les professionnels libéraux soient obligés d’adhérer à une caisse leur assurant des indemnités en cas de congé maladie.

Le prétexte en est que pendant la crise sanitaire, bon nombre de professionnels tels des infirmières, des avocats, des architectes ont été empêchés de travailler.

Et la caisse de Sécurité sociale des indépendants a versé à certains professionnels une aide de solidarité alors qu’ils ne cotisaient pas au régime. Les professionnels libéraux seront donc obligés, si la loi est votée comme c’est plus que probable, de verser une cotisation supplémentaire qui devrait être proche de 0,85 % de leur revenu, plafonné à trois plafonds de la Sécurité sociale.

Pourquoi pas s’assurer en effet ? Mais pourquoi le faire de manière obligatoire ? Le principe même des professions libérales, c’est d’avoir le moins de contraintes possible et de constituer sa retraite, de choisir son assurance complémentaire, d’être libre et responsable de la gestion de ses risques. Ce sera de moins en moins vrai.

Le régime des libéraux se rapproche de celui des salariés et tous sont dépendants de l’État. C’est la loi qui fixe leurs cotisations et leurs indemnités ! La société uniformise ainsi les situations et continue son œuvre de déresponsabilisation des individus pris en charge et soumis à des charges qu’ils ne décident pas.

Ainsi la France passe progressivement tout entière sous le contrôle de l’État

Le drame est que ce sont les victimes elles-mêmes qui en viennent à implorer le joug de l’État ou l’accepter gaiement avant de se rendre compte qu’elles y perdront leur liberté et leur dignité de professionnels indépendants. Elles paieront aussi probablement plus cher cette protection qu’elles auraient pu négocier librement.

D’autres ont suivi le même chemin et sont aujourd’hui les prisonniers d’un système étatique centralisé, autocratique et omnipotent. Les médecins se sont réjouis un temps que leurs honoraires soient pris en charge par l’État et ils sont devenus des quasi-fonctionnaires obligés d’obéir aux injonctions de l’ARS et autres autorités gouvernementales pour soigner, prescrire et se faire honorer.

Les pharmaciens sont en train de vivre cette évolution qui va les empêcher de développer leurs affaires comme ils le souhaitent sauf à faire autre chose que de la pharmacie. Les écoles privées ont été sauvées de leurs difficultés financières en 1959 en perdant la liberté de fixer leurs programmes, de licencier leurs enseignants et plus généralement en abandonnant, sauf exception, la plénitude de leur identité propre. Les avocats soumis à la misérable tarification des commis sont devenus les demi-soldes de la justice…

Ainsi la France passe progressivement tout entière sous le contrôle de l’État sans crier gare et souvent à la demande de ceux qui préfèrent devenir les agents de la République plutôt que d’accepter les aléas de leur métier et de vivre avec la passion de leur indépendance. Peu à peu la population devient allergique au risque.

De moins en moins d’actifs insufflent à la société, et en particulier à l’économie, cet enthousiasme qui devrait la transcender, et lui communiquent les vertus de libertés qui sont nécessaires à la dynamique d’un peuple, à sa confiance, à son élan sans lesquels il s’étiole et se déchire. Hélas !

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