Opération Libero : un mouvement suisse réellement libéral ?

Opération Libero est un mouvement qui se présente comme libéral. Or rien n’est moins sûr à la vue de leur programme.

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Opération Libero : un mouvement suisse réellement libéral ?

Publié le 5 octobre 2020
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Par Francis Richard.

Le 14 octobre 2014, est apparu sur la scène politique suisse un nouveau mouvement, Opération Libero, qui se dit indépendant des partis politiques et constitué de jeunes favorables à une politique économique libérale, [qui] ne s’oppose pas à une politique sociale libérale, au contraire, l’une est due à l’autre.

Ce mouvement a été créé en réaction à la votation du 9 février 2014 sur l’initiative populaire de l’UDC dite Contre l’immigration de masse, qui avait été adoptée par 50,3 % des votants et par une large majorité des cantons (12 cantons et 5 demi-cantons sur 20 cantons et 6 demi-cantons).

Examinons trois points développés sur le site de ce mouvement et qui, à eux seuls, montrent qu’il n’est pas réellement libéral.

L’immigration

Le point de départ d’une réflexion libérale sur l’immigration consiste à reconnaître la liberté d’émigrer et la liberté d’immigrer comme un droit de l’Homme fondamental, écrit Pascal Salin dans Libéralisme.

La meilleure politique d’immigration consiste à n’en pas avoir, ajoute-t-il. Oui, mais il y met une condition, que les droits de propriété légitimes des uns et des autres soient respectés.

Or ce n’est pas le cas en Suisse, ni dans la plupart des pays occidentaux, parce que l’État s’est approprié des droits fondamentaux qui appartiennent aux individus et qui ne peuvent appartenir qu’à eux, le droit de choisir et le droit d’exclure.

Opération Libero a donc raison quand il se dit favorable à la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne ou les pays tiers. Il a tort de ne pas combattre dans le même temps toute politique sociale qui revient à subventionner l’immigration des moins productifs, comme le souligne Pascal Salin.

La politique sociale d’Opération Libero

Nous voulons soutenir les personnes à faible revenu avec une prime pour l’emploi, versée sous forme de crédits d’impôts dépendant du revenu. Cet instrument est plus efficace et plus juste [?] qu’une aide répartie sur toute une panoplie d’instruments et de subventions peu ciblées.

Peut-être que cet instrument est plus efficace puisque ce mouvement souhaite remplacer par ces crédits d’impôts d’autres prestations sociales, comme par exemple la contribution aux frais de logement ou certaines allocations familiales. Mais il y a un mais.

Dans leur esprit il ne s’agit pas pour autant de réduction globale des montants à redistribuer. Il souhaite maintenir l’État-providence tel quel, qui est la marque de tout socialisme, et ne s’en cache pas :

Celui qui gagne très peu doit pouvoir obtenir un crédit d’impôt pour compléter son revenu. Ce revenu minimum devrait être assuré pour toute personne exerçant une activité lucrative, tel un revenu de base conditionnel ou une prime pour l’emploi.

L’Europe pour Opération Libero

La Suisse fait partie de l’Europe et elle a tout intérêt à entretenir de bonnes relations avec l’Union européenne [la réciproque est vraie]. Les États membres de l’UE sont et resteront les principaux partenaires commerciaux de la Suisse, et notre économie de marché basée sur l’ouverture et l’exportation profite pleinement de sa participation au marché européen [et réciproquement].

Jusque-là ça va. Mais, après, ça se gâte :

L’UE est une construction libérale.

C’est un oxymore, comme l’est l’expression politique sociale libérale

Quand elle était un espace de libre échange, un espace de liberté, et qu’elle n’était que cela, sous l’inspiration de Konrad Adenauer ou d’Alcide de Gasperi, l’Europe était effectivement libérale. Mais à partir du moment où elle est devenue une puissance politique, sous l’inspiration de Jean Monnet, elle ne l’a plus été.

D’ailleurs la suite du texte d’Opération Libero est révélatrice de ce dernier état d’esprit collectiviste :

La solution future quant à nos relations envers l’UE doit garantir à la fois une sécurité juridique dans le rapport bilatéral et une participation aux prises de décision. De la même manière, elle doit permettre le cheminement vers une intégration approfondie et défricher le terrain pour un accès croissant au marché de l’UE.

Dois-je rappeler à ces jeunes gens le mot définitif de Vladimir Boukovski à propos de ce qu’est devenue l’Europe politique, c’est-à-dire un collectivisme ne justifiant son existence que par toujours plus de réglementations de toutes sortes :

 « L’Union européenne est le vieux modèle soviétique habillé à l’occidentale. »

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  • Certains voient en l’Europe le chantre de l’ultralibéralisme, d’autres la résurgence occidentale de l’URSS.
    La vérité doit être quelque part entre ces deux descriptions grotesques.
    Par ailleurs, si on commence à faire la fine bouche sur des mouvements politiques qui se déclarent libéraux, et qui en donnent quelques gages, on n’est pas sorti de l’auberge.
    A force de ne tolérer que le libéralisme pur sucre, aucune avancée pratique et réelle n’a la moindre chance d’advenir.

    • Encore faudrait-il que ces quelques gages ne soient pas contredits et rendu impossibles par le reste des propositions . Quand à l’ue, sa propension à faire enfler la masse administrative de la commission nous rapproche plus de la 2eme « description grotesque » que de la premiére .

    • « Certains voient en l’Europe le chantre de l’ultralibéralisme, d’autres la résurgence occidentale de l’URSS.
      La vérité doit être quelque part entre ces deux descriptions grotesques. »
      – Non, seule la première description est grotesque, la deuxième est juste. Et c’est une certitude. A la rigueur, il y a 50 ans, on aurait pu être d’accord avec vous, mais plus maintenant et depuis bien longtemps.

      Sur le reste du commentaire, l’article ne fait absolument pas la fine bouche. Ce mouvement politique n’est très clairement pas du tout libéral, et il n’en donne aucun gage. Il n’y a rien à voir avec le fait de ne tolérer que « le libéralisme pur sucre ».
      Dans ce mouvement, on est vraiment dans une resucée des thèmes et combats socialistes très mal déguisés en libéralisme pour tromper l’électeur, et faire avancer le socialisme en Suisse.

      •  » Non, seule la première description est grotesque, la deuxième est juste.  »

        La deuxième est également grotesque. L’UE n’a aucune intention d’abolir la propriété privée et la liberté d’entreprendre. L’UE n’a pas l’intention d’y instaurer un parti unique. Aucun parti politiquer y compris les plus extrême à droite comme à gauche n’ont été interdits lors des élections européennes. La GB a pu faire sécession sans avoir eu le malheur de voir débouler chez eux des blindés sous le commandement de l’UE pour y empêcher le brexit.

        Fait arrêter avec ces extrêmes pour dépeindre l’UE. Sa bureaucratie deviens certes tentaculaire avec ses directives de plus en plus nombreuses. Schengen fonctionne mal. Même beaucoup europhiles l’admettent ( ils n’ont pas fini dans un goulag européens soit-dit en passant ). L’UE perd bel bien petit-à-petit son essence libéral. Mais de là comparer en un système soviétique; elle en est à des années lumière.

        Allez vivre en Corée du nord en vivant comme la population nord coréenne pendant un an. Vous verrez ce que veux vraiment dire société de type soviétique.

        • « L’UE n’a aucune intention d’abolir la propriété privée et la liberté d’entreprendre ». c’est déjà fait le droit de propriété est tellement rongé de toute part qu’il n’est plus qu’un droit par défaut c’est à dire que vous êtes seulement autorisé à faire ce qui n’est pas interdit. C’est un peut comme si on vous disait que vous êtes libre de circuler mais seulement entre minuit et 1h du matin.
          A un moment donné la qualification de « libre » n’est plus qu’un cache sexe qui rétrécis à chaque lavage…

    • Quels gagent? tout ceci est un tissu de socialisme qui ne déparerait pas dans le programme commun de 1981…

  • « maintenir l’État-providence tel quel, qui est la marque de tout socialisme »… eh ben… l’Etat-providence suisse est socialiste… C’est triste ces gens qui vivent dans un monde en 2 dimensions.

  • lequel  » vieux modèle soviétique  » a fini par se casser la gueule ;

  • Les socialistes ont récemment compris que leur idéologie est devenue un repoussoir pour le plus grand nombre, voire un sujet de moquerie. Depuis cette épiphanie idéologique, la nouvelle mode chez les socialistes consiste à se proclamer soit écologistes, soit libéraux. Accusation de socialisme ? Allons donc, le monde n’est pas binaire mais complexe. Ben voyons…

    Dans leurs petites têtes ni bien faites ni bien pleines, est libéral ce qui libère des contraintes économiques, à commencer par la pire d’entre elle, la malédiction de l’humanité, celle de devoir travailler pour vivre. Travailler ? Quelle horreur ! Conséquence pour les bouchers de la pensée, adeptes des adjectifs qui inversent le sens des mots (l’adjectif « social » étant leur préféré, celui qui justifie tous les crimes), plus l’Etat est obèse, plus l’Etat est socialiste, plus l’individu est libre. Donc, les socialistes sont les seuls vrais libéraux. Sans déconner…

    • Il sera toujours plus facile de mettre un masque que de se remettre en question au risque de perdre ses électeurs et les fruits du parasitisme .

  • Les « Eidgenossen » ne sont plus du tout libéraux. Ils ne pensent qu’à se précipiter dans le Rahmenabkommen (accord cadre de quasi adhésion à l’EU) imposé par la EU dans un chantage malsain: libre-échange contre « Personefreizügichkeit » (droit d’établissement, le mot libre étant bien sûr un misnomer)

    Voici ce que (citation de Guido Grass dans Eigentümlich Frei il y a quelques jours) on enseignait aux petits suisses dans les écoles il n’y a pas si longtemps encore:
    « Wir wollen frei sein, wie die Väter waren,
    eher den Tod, als in der Knechtschaft leben.
    Wir wollen trauen auf den höchsten Gott
    und uns nicht fürchten vor der Macht der Menschen.
    (+/- « nous voulons être libres comme nos Pères l’ont été, plutôt la mort que vivre dans la servitude, nous voulons nous en remttre à Dieu tout-puissant, et ne pas craindre le pouvoir des hommes. »

    A méditer.

  •  » Dois-je rappeler à ces jeunes gens le mot définitif de Vladimir Boukovski à propos de ce qu’est devenue l’Europe politique, c’est-à-dire un collectivisme ne justifiant son existence que par toujours plus de réglementations de toutes sortes :  »

    L’URSS contrairement à l’UE s’est construite sous une politique de terreur et d’assassinats de masse contre des classes sociales ( telle la bourgeoisie et les grand propriétaires terriens ) et des parti communistes ou socialistes ( Manchevik et socialiste-révolutionnaires ) pas assez radicaux pour les bolcheviques pour être digne d’un révolutionnaire aux yeux de Lénine. Pour ensuite se construire sur la grande terreur sous Staline et ses quotas d’extermination contre les nationalités tel les citoyens soviétiques d’origine polonaise, ukrainienne ou les minorités de Crimée
    ( comme les tatars ) pour ensuite continuer à assoir son pouvoir par une politique totalitaire.

    Vladimir Boukovski dissident soviétique qui va juste pour en arriver à comparer l’incomparable a du avant de fuir l’URSS subir un lavage de cerveau de la part du KGB.

    • peut importe les moyens, seuls comptent les résultats et au final l’Europe à bien la même vocation liberticide que l’URSS mais au lieu d’utiliser le terreur on pratique le lavage de cerveau, la propagande et le clientélisme, à bien des égards c’est un système beaucoup plus vicieux et qui sera infiniment plus difficile à démanteler car baser sur une perte totale d’autonomie volontaire des citoyens au profits d’une administration toute puissante.

  • Il faut aussi en premier lieu s’entendre sur la définition d’état providence. Ce dernier n’est pas pareil dans les pays scandinaves qu’en France ou qu’en Suisse. La pensée libérale n’exclu pas l’intervention de l’état pour aider les personnes en incapacité d’être productif comme les handicapés, les malades lourds, les personnes trop âgées pour pouvoir en tirer des revenus pour vivre. Si cela est de l’état providence ( pourquoi pas ) il n’est en tout cas pas socialiste. Il est humaniste.

     » Celui qui gagne très peu doit pouvoir obtenir un crédit d’impôt pour compléter son revenu. Ce revenu minimum devrait être assuré pour toute personne exerçant une activité lucrative, tel un revenu de base conditionnel ou une prime pour l’emploi.  »

    Le crédit d’impôt n’est pas le fameux revenu de base conditionnel. Ce dernier est distribué à tous le monde peut-importe le revenu de la personne qui le touche. Le crédit d’impôt cible les plus pauvre. C’est ce que préconisait Milton Friedman que beaucoup de monde confonde avec le RBI pour prendre comme exemple en disant^pour imposer le RBI:  » Vous voyez; même les plus libéraux comme Milton Friedman prix Nobel d’économie sont pour le RBI « . Ce qui est faux bien sûr.

    • En dehors du handicap, les cas que vous citez relèvent soit de la solidarité familiale, soit de l’épargne personnelle, soit de l’assurance privée, soit en dernier lieu de la charité privée. Mais toutes ces choses sont empêchées par l’Etat-providence qui désolvabilise les individus au prétexte de la redistribution. C’est particulièrement vrai en matière de retraite.

      Vous avez raison à propos de la confusion volontaire par certains margoulins entre l’impôt négatif de Friedman et le RU. La pensée de Friedman est dévoyée par les collectivistes autant en matière sociale qu’en matière monétaire.

  • Article un peu sévère je dois-dire. La pensée libérale n’est pas une pensée unique. Sinon elle ne serait pas libérale. Chaque libéral à sa propre vison du libéralisme qui au final ne diffèrent pas vraiment des uns et des autres.

    Ce groupe de jeunes  » libéraux  » ne contentent peut-être pas certains d’entre vous. Pas assez libéral certes; mais en tout cas pas socialiste. Jetez un oeil sur le programme des jeunesses socialistes suisse. Ces derniers sont les arrière-petits fils de Lénine et Trotsky teintés de vert écolo.

  • L’Europe n’a jamais été vraiment libérale, la liberté de commerce était perclus d’exceptions et pas des moindres : l’énergie, les transports, la communications, l’agriculture, l’acier… la liste est sans fin…

  • Les commentaires sont fermés.

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