Opération Libero : un mouvement suisse réellement libéral ?

swiss flag by ND Strupler(CC BY 2.0) — ND Strupler, CC-BY

Opération Libero est un mouvement qui se présente comme libéral. Or rien n’est moins sûr à la vue de leur programme.

Par Francis Richard.

Le 14 octobre 2014, est apparu sur la scène politique suisse un nouveau mouvement, Opération Libero, qui se dit indépendant des partis politiques et constitué de jeunes favorables à une politique économique libérale, [qui] ne s’oppose pas à une politique sociale libérale, au contraire, l’une est due à l’autre.

Ce mouvement a été créé en réaction à la votation du 9 février 2014 sur l’initiative populaire de l’UDC dite Contre l’immigration de masse, qui avait été adoptée par 50,3 % des votants et par une large majorité des cantons (12 cantons et 5 demi-cantons sur 20 cantons et 6 demi-cantons).

Examinons trois points développés sur le site de ce mouvement et qui, à eux seuls, montrent qu’il n’est pas réellement libéral.

L’immigration

Le point de départ d’une réflexion libérale sur l’immigration consiste à reconnaître la liberté d’émigrer et la liberté d’immigrer comme un droit de l’Homme fondamental, écrit Pascal Salin dans Libéralisme.

La meilleure politique d’immigration consiste à n’en pas avoir, ajoute-t-il. Oui, mais il y met une condition, que les droits de propriété légitimes des uns et des autres soient respectés.

Or ce n’est pas le cas en Suisse, ni dans la plupart des pays occidentaux, parce que l’État s’est approprié des droits fondamentaux qui appartiennent aux individus et qui ne peuvent appartenir qu’à eux, le droit de choisir et le droit d’exclure.

Opération Libero a donc raison quand il se dit favorable à la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne ou les pays tiers. Il a tort de ne pas combattre dans le même temps toute politique sociale qui revient à subventionner l’immigration des moins productifs, comme le souligne Pascal Salin.

La politique sociale d’Opération Libero

Nous voulons soutenir les personnes à faible revenu avec une prime pour l’emploi, versée sous forme de crédits d’impôts dépendant du revenu. Cet instrument est plus efficace et plus juste [?] qu’une aide répartie sur toute une panoplie d’instruments et de subventions peu ciblées.

Peut-être que cet instrument est plus efficace puisque ce mouvement souhaite remplacer par ces crédits d’impôts d’autres prestations sociales, comme par exemple la contribution aux frais de logement ou certaines allocations familiales. Mais il y a un mais.

Dans leur esprit il ne s’agit pas pour autant de réduction globale des montants à redistribuer. Il souhaite maintenir l’État-providence tel quel, qui est la marque de tout socialisme, et ne s’en cache pas :

Celui qui gagne très peu doit pouvoir obtenir un crédit d’impôt pour compléter son revenu. Ce revenu minimum devrait être assuré pour toute personne exerçant une activité lucrative, tel un revenu de base conditionnel ou une prime pour l’emploi.

L’Europe pour Opération Libero

La Suisse fait partie de l’Europe et elle a tout intérêt à entretenir de bonnes relations avec l’Union européenne [la réciproque est vraie]. Les États membres de l’UE sont et resteront les principaux partenaires commerciaux de la Suisse, et notre économie de marché basée sur l’ouverture et l’exportation profite pleinement de sa participation au marché européen [et réciproquement].

Jusque-là ça va. Mais, après, ça se gâte :

L’UE est une construction libérale.

C’est un oxymore, comme l’est l’expression politique sociale libérale

Quand elle était un espace de libre échange, un espace de liberté, et qu’elle n’était que cela, sous l’inspiration de Konrad Adenauer ou d’Alcide de Gasperi, l’Europe était effectivement libérale. Mais à partir du moment où elle est devenue une puissance politique, sous l’inspiration de Jean Monnet, elle ne l’a plus été.

D’ailleurs la suite du texte d’Opération Libero est révélatrice de ce dernier état d’esprit collectiviste :

La solution future quant à nos relations envers l’UE doit garantir à la fois une sécurité juridique dans le rapport bilatéral et une participation aux prises de décision. De la même manière, elle doit permettre le cheminement vers une intégration approfondie et défricher le terrain pour un accès croissant au marché de l’UE.

Dois-je rappeler à ces jeunes gens le mot définitif de Vladimir Boukovski à propos de ce qu’est devenue l’Europe politique, c’est-à-dire un collectivisme ne justifiant son existence que par toujours plus de réglementations de toutes sortes :

 « L’Union européenne est le vieux modèle soviétique habillé à l’occidentale. »

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.