« Get Brexit done ! » : Boris Johnson devra préserver l’unité du royaume

Prime minister at G7 by Number 10 (CC BY-NC-ND 2.0) — Number 10, CC-BY

Le 12 décembre 2019 restera une date fatidique, mais il se pourrait que Boris Johnson doive se préoccuper de l’unité du royaume de Sa Majesté.

Par Thierry Godefridi.

« Get Brexit Done » : aussi abrupt et simpliste qu’ait été le slogan de Boris Johnson, les électeurs britanniques se sont prononcés de manière absolument claire jeudi : « Get Brexit Done » !

Que l’on fasse le Brexit et que l’on en finisse !

Que ses spin doctors, ses spécialistes en communication et en marketing, aient jugé utile de l’éloigner de son mentor américain lors du sommet de l’OTAN à Londres ainsi que des médias et de lui faire promener le chien pour éviter à Boris Johnson de s’emmêler les pinceaux dans ses loufoqueries et ses approximations a un côté pathétique, mais cela n’enlève rien à son éclatante victoire électorale.

Ne doutons pas que cette victoire n’ait provoqué un certain soulagement dans les capitales européennes. Les conservateurs de Boris Johnson disposent désormais d’une majorité parlementaire convaincante pour exécuter ce qu’ils considèrent comme leur mandat premier, à savoir de sortir la Grande-Bretagne de l’Union européenne.

Après quelque trois années de palabres, les résultats de ces élections législatives ont le mérite de clarifier la situation. Les parlementaires britanniques devraient approuver un accord de retrait de l’UE d’ici la fin du mois de janvier, après quoi débutera une nouvelle phase de négociations tortueuses, cette fois sur les futures relations commerciales du Royaume-Uni avec l’UE.

Que l’on s’en souvienne, l’on n’est pas encore sorti de l’auberge – ou du pub, c’est selon !

Alors qu’avant l’annonce du référendum sur l’appartenance à l’UE, cette appartenance ne figurait pas au premier rang des préoccupations des citoyens britanniques, elle s’y est hissée, les passions se sont exacerbées.

Si le moment est venu d’accepter que « Brexit means Brexit », il revient à Boris Johnson, dont la personnalité souffre d’un certain déficit de crédibilité, de montrer exactement quel genre de Brexit il veut réaliser et de préserver l’unité du Royaume, car s’il est l’indiscutable vainqueur de ces élections générales, il n’en est certes pas le seul.

En Écosse, les indépendantistes du Scottish National Party (SNP) ont remporté 48 sièges sur 59. La Première ministre d’Écosse et chef du Parti national écossais, Nicola Sturgeon, a immédiatement appelé à l’organisation d’un nouveau référendum sur l’indépendance de sa nation. Il faut se rappeler que les Écossais, après qu’ils avaient été amenés par la Commission européenne de l’époque à voter contre leur indépendance sous la menace de se voir exclure de l’UE, s’étaient sentis grugés dès lors que deux ans plus tard, sous l’impulsion de l’Angleterre, le Royaume-Uni décidait d’en sortir…

En Irlande du Nord, ce sont les unionistes, partisans du rattachement de l’Ulster au Royaume-Uni, qui ont essuyé un échec. Pour la première fois, ils ont perdu leur majorité parlementaire face aux partis nationalistes, qui sont en faveur de l’unification de l’Irlande. Les premiers ont huit sièges, les seconds en ont neuf (le parti non-confessionnel de l’Alliance s’adjuge un siège).

Le gouvernement britannique s’est engagé, en vertu du Northern Ireland Act de 1998, à respecter les désirs de la majorité de la population de l’Irlande du Nord, dans un sens ou dans l’autre. Or, cette dernière avait voté Remain lors du référendum de 2016 et c’est sur le rétablissement d’une frontière entre les deux parties de l’Irlande qu’ont buté les négociations sur le Brexit.

Avant même que de réinventer la Globale-Bretagne en la British Virgin Island de la mer du Nord, voire en une Singapour d’Europe (mais la mentalité anglaise s’y prête moins), une fois que le Royaume-Uni sera sorti de l’Union européenne, il se pourrait donc que Boris Johnson doive se préoccuper de l’unité du royaume de Sa Majesté.

Quoi qu’il en advienne, le 12 décembre 2019 restera une date fatidique, pas uniquement en raison du résultat des élections générales en Grande-Bretagne. Aux États-Unis, la commission judiciaire de la Chambre des représentants a approuvé l’acte d’accusation à l’encontre du Président Trump et, à Bruxelles, les 26 pays de l’Union européenne (tous à l’exception de la Pologne) se sont lancés dans leur réforme collective peut-être la plus ambitieuse – à défaut d’un autre adjectif – en s’engageant à atteindre zéro émission nette de carbone d’ici 2050.

L’Occident est déboussolé. L’année 2020 s’annonce fascinante, pour le meilleur et pour le pire.

Sur le web

Un article initialement publié en décembre 2019.

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