Les contre-pouvoirs se réveilleraient-ils enfin ?

megaphone By: Takumi Tsutaya - CC BY 2.0

Commerçants, élus locaux, juristes, médecins : il est temps de s’interroger sur la pertinence des mesures de l’exécutif face à la crise sanitaire.

Par Frédéric Mas.

Les commerçants sont à bout et commencent à donner de la voix partout en France. Dans le viseur, les nouvelles restrictions sanitaires qui signent pour beaucoup l’arrêt de mort de leur activité. Dès vendredi, à Marseille, les restaurateurs, cafetiers, propriétaires de discothèques, commerçants se sont retrouvés dans la rue pour contester le reconfinement momentané de la ville.

À Paris, le collectif « Restons ouverts » appelait à manifester dimanche aux Invalides pour protester contre la fermeture à 22 heures des bars dans la capitale. « Ne laissons pas mourir nos libertés ni nos métiers, soyons forts, soyons unis », clame le tract diffusé par le Groupement national des indépendants hôtellerie et restauration.

La pauvreté et la précarisation pour des milliers de personnes

La colère est grande devant des mesures qui tombent comme un couperet et vont condamner des milliers de personnes à la pauvreté et à la précarisation. On parle de « désobéissance civile », et les décisions de l’exécutif sont désormais clairement contestées, quelle que soit leur justification.

Pire encore, c’est la parole des experts sanitaires qui est progressivement démonétisée pour des citoyens excédés par la cacophonie entre bureaucraties, querelles d’experts, indicateurs changeants et restrictions de liberté sans fondements clairs.

Face à la colère des commerçants, certains élus locaux commencent à bouger pour s’en faire écho. À Marseille, l’adjoint au maire Samia Ghali a déclaré que la police municipale de la ville ne verbaliserait pas les restaurants ou les bars restant ouverts malgré l’interdiction.

Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, a quant à lui annoncé le dépôt d’un référé liberté en justice. À Nice, Marseille, Aix-en-Provence, certains pouvoirs locaux se réveillent et commencent à contester timidement les pleins pouvoirs donnés au Préfet en régions.

Tous protestent contre des mesures jugées autoritaires et aveugles : tous les commerçants ont fait des efforts d’adaptation devant la crise, efforts jugés insuffisants par l’administration, qui en demande toujours plus pour répondre au risque zéro.

Mais la pression bureaucratique n’est pas seulement en train de porter un coup mortel aux commerces locaux. Elle est en train de grignoter sérieusement nos libertés publiques. Mais là aussi, de nouvelles voix s’élèvent, cette fois-ci en provenance des professionnels du droit.

Les juristes montent au créneau

Dans une tribune récente, une cinquantaine de juristes alerte sur la réponse disproportionnée de l’administration face à la menace épidémique :

« Les données sur la mortalité doivent inciter à davantage réfléchir sur la proportionnalité et la nécessité des mesures de police administrative qui ont suspendu et restreint, et restreignent encore, des libertés aussi fondamentales que la liberté d’aller et venir, le droit de chacun au respect de sa liberté personnelle, les libertés de réunion et de manifestation, la liberté du commerce et de l’industrie, etc. ».

L’état de sidération de l’opinion face à la crise sanitaire a donné à l’exécutif le champ libre pour imposer ses mesures au nom de l’urgence sanitaire, et cela au détriment des libertés publiques sous toutes leurs formes.

Les contre-pouvoirs traditionnels ont jusqu’à présent été totalement silencieux, inefficaces, pris de cours par une administration qui pouvait couper court à toute discussion en arguant de l’urgence de la situation et la supériorité supposée de son expertise scientifique.

Les médias, le parlement, la justice, les élus locaux se sont faits l’écho des initiatives de l’exécutif sans oser les évaluer ou interroger leur pertinence. Aujourd’hui, on reconfine, on ferme des commerces, on change la législation d’une semaine sur l’autre et on déploie des milliers de fonctionnaires pour contrôler des citoyens apeurés. Mais les intimidations des auxiliaires de l’exécutif ne marchent plus.

Sommes-nous en train d’assister au réveil par le bas des contre-pouvoirs nécessaires à la protection des libertés individuelles ? Commerçants, élus locaux, juristes, indépendants assumeront-ils leur rôle de lanceur collectif d’alerte pour protéger les libertés publiques et refonder les contre-pouvoirs qui font tant défaut dans notre pays ?

Les élections sénatoriales sont passées, c’est aussi le bon moment pour que la chambre haute se réveille aussi et se fasse l’écho d’une société civile qui réclame de la liberté. Ce sont là d’excellentes nouvelles.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.