Bridgestone : pour réformer, il faut sortir de l’hypocrisie politique étatiste

Bridgestone By: Vinod Sankar - CC BY 2.0

Il est évident que les menaces de rétorsion et de punition brandies par le personnel politique vont encourager les entreprises étrangères à prendre le risque de s’implanter en France.

Par Frédéric Mas.

Le président du Conseil régional des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, ne décolère pas. La fermeture de l’usine Bridgestone à Béthune est un scandale, une trahison, quasiment du vol. L’entreprise a bénéficié de beaucoup d’aides publiques avant de plier bagages : « C’est pas ‘prends l’oseille et tire-toi’, ça va être des années de procédure et une guerre de tranchées ».

Le député Fabien Roussel (PCF) n’est pas en reste. Pour lui, Emmanuel Macron doit plaider la cause de l’usine auprès des institutions de l’Union européenne.

De son côté, Bruno Le Maire a assuré que le gouvernement allait se « battre » pour sauver l’usine. La décision de Bridgestone « est une décision révoltante, avec une méthode révoltante et des conséquences révoltantes », a-t-il déclaré sur Cnews.

L’immoralité de Bridgestone

La désindustrialisation française continue, et la classe politique presque unanime n’a pas de mots assez forts pour condamner l’immoralité supposée d’une entreprise qui n’a pas compris qu’en France, elles ne sont tolérées que dans la mesure où elles assurent des rentrées fiscales ou assurent des emplois ad vitam aeternam.

Le lamento des politiques en masquerait presque le poids et donc la responsabilité de plus de 40 années de politique publique interventionniste dans la dégradation du tissu industriel du pays. Et l’immoralité de leur propre chantage clientéliste.

La France est la championne européenne en matière de fiscalité, ce qui handicape durement sa compétitivité depuis des années et chasse les entreprises du pays. Avec la crise sanitaire, et un PIB en net recul, y compris comparé à celui de ses homologues européens, la réforme de la fiscalité des entreprises est devenue urgente, en particulier sur les impôts de production, qui pillent les entreprises quelle que soit leur rentabilité.

Comme le remarque Nicolas Marques de l’institut économique Molinari : « En 2018, avec 75 milliards d’impôts de production, nous avions le tiers des impôts de production sur les entreprises de l’UE à 28, alors que nous représentions seulement 15 % de la richesse créée. Les impôts de production sur les entreprises représentaient 3,2 % du PIB, contre 1,6 % dans l’UE et 0,4 % en Allemagne. »

Que les entreprises se fassent aspirateurs à subventions publiques ne fait que souligner une seule chose : l’intervention publique dans l’économie ne fait qu’alimenter les mauvaises pratiques de marché, soutient les canards boiteux qui vivent des offres généreuses des politiciens et ne visent qu’à satisfaire des ambitions électorales à court terme payées avec de l’argent public.

En soutenant artificiellement les entreprises de sa circonscription, l’homme politique s’achète la bienveillance de ses électeurs tandis que les entreprises bénéficient de rentrées d’argent provenant de la poche du contribuable, et cela sans contrepartie, quoiqu’en disent le chœur des pleureuses politiques aujourd’hui.

Le modèle social français destructeur

Plus encore, par la dépense publique et la réglementation sous toutes ses formes, l’État et sa classe politique détruisent la richesse et raréfient l’emploi marchand. La coercition étatique qui se substitue à l’échange de marché ne crée pas de valeur, tandis que le coût de l’hyper-règlementation française ne peut être endurée que par les grosses entreprises. Comme le rappelle Baptiste Créteur :

« Seul le choix librement consenti a une valeur ; en l’absence de choix ou d’alternative, les individus n’expriment rien d’autre que la contrainte qu’on leur impose. Il ne peut y avoir de valeur ou de morale dans un acte effectué sous la contrainte, ce qui est le cas de l’ensemble des dépenses réalisées par l’État au nom des citoyens : redistribution, subventions aux entreprises, soutien aux associations, aux ONG (sic) et autres pays ou rebelles en difficulté. Mais il se trouvera longtemps des élus et autres représentants de l’État, heureux de se serrer la main devant les journalistes pour saluer les efforts qu’ils imposent aux contribuables, et des chefs d’entreprise adeptes du capitalisme de connivence, heureux de recevoir de l’argent qu’ils n’ont pas gagné.

Le résultat de cette double contrainte est simple : la fermeture d’une usine devient un drame social bien plus violent qu’en situation de marché libre, car le pouvoir politique a détruit les entreprises et les emplois susceptibles de proposer de nouveaux emplois pour les personnes mises au chômage. »

La classe politique française vend à ses électeurs un bien qu’elle est incapable de fournir, de la protection politique contre les aléas du marché. Parce qu’elle sait qu’elle est incapable de le fournir, elle dépense des sommes faramineuses en communication pour maquiller les faits et transformer ses défaites en victoire.

Le barnum politique

La pression fiscale et le manque de compétitivité chassent les entreprises du pays ? Relocalisons en fanfare, peu importe le coût pour le contribuable qui paiera de toute façon.

Les mêmes problèmes empêchent l’innovation, la création de géants du numérique, la création d’emplois ? Le problème vient du grand méchant marché, évidemment, qui n’a pas compris que la France ne raisonnait pas comme le reste du monde : ses entrepreneurs ont le devoir d’être des philanthropes qui ne recherchent pas le profit, sa classe politique d’une compétence et d’une moralité exemplaire comprend mieux qu’eux comment fonctionne l’économie de marché et a le devoir moral d’essorer les entrepreneurs pour satisfaire des clientèles électorales qu’elle berce d’illusions.

Il est évident que les menaces de rétorsion et de punition brandies par le personnel politique vont encourager les entreprises étrangères à prendre le risque de s’implanter en France.

Préparons-nous donc au concert d’indignation qui risque fort d’arriver avec la progression de la crise sanitaire. Le drame de Bridgestone n’en est qu’un aperçu.

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