TikTok, l’élection présidentielle américaine approche !

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Les travers de TikTok mis en évidence par Donald Trump changeraient simplement de mains en cas de vente forcée de l’application à Oracle.

Par Yannick Chatelain.

Lors d’élections, et ce d’autant plus lorsqu’elles revêtent un caractère national, tous les gouvernements redoutent les réseaux sociaux !

Des élections américaines sous haute tension pour les réseaux sociaux

Ils craignent naturellement les manipulations de l’opinion publique, et parmi le pire du pire : des opérations de type hack and leaks, des opérations illégales de piratage, certes, mais qui peuvent, si la pêche à l’information compromettante est bonne, discréditer définitivement un candidat et le mettre hors-jeu !

Le hack and leaks émanant de puissances étrangères ou d’opposants consiste à récupérer des informations véridiques de façon frauduleuse, des informations pouvant discréditer une personne aux yeux de l’opinion publique. Une fois l’information récupérée elle est alors insidieusement distillée sur les réseaux sociaux. En tout état de cause pour les élections américaines à venir les réseaux sociaux sont sur le pied de guerre.

TikTok : la bête noire sociale de Donald Trump

L’application sociale TikTok n’échappe pas aux craintes évoquées ci-dessus, si Donald Trump menaçait de bannir l’application vidéo sur le territoire américain. L’administration Trump justifiait sa position en pointant cinq problématiques majeures susceptibles de mettre en péril la sécurité nationale :

  1. La collecte de données sur les employés du gouvernement américain.
  2. La collecte de données sur les personnes américaines non employées par le gouvernement.
  3. La censure d’informations émanant de Chine, à la demande de Pékin.
  4. La censure des informations extérieures à la Chine, et ce à la demande de Pékin.
  5. La diffusion par les usagers de fausses informations fournies par le pouvoir chinois.

L’Inde évoquant la même problématique est la première grande puissance à avoir interdit l’application depuis le 29 juin 2020.

TikTok : les dessous d’une « vente » forcée

En s’appuyant sur ces cinq points clé, Donald Trump avait pris un décret le 6 août 2020 pour bannir TikTok des États-Unis à moins qu’un repreneur américain n’entre en jeu ; il signait alors une ordonnance forçant ByteDance –  éditeur de TikTok –  à revendre son activité à une entreprise américaine.

Dans ce contexte inédit de « vente » forcée, ByteDance avait alors répliqué en portant plainte contre le gouvernement américain avec le soutien de Pékin, qui s’est empressé de mettre en place de nouvelles règles sur les exportations de technologies, impliquant l’aval de Pékin pour la vente des activités de TikTok aux États-Unis permettant à ByteDance  de se soustraire à l’injonction de la Maison Blanche en invoquant le fait de devoir respecter les lois applicables, comme pour toutes transactions transfrontalières.

De l’enjeu de sécurité nationale à l’esbroufe ?

Si Microsoft – qui s’était associé à Wallmart – semblait être un repreneur solide, il est acté que Microsoft ne rachètera pas TikTok aux États-Unis. Dans cette guerre numérique entre ces deux superpuissances, c’est in fine, la société Oracle, qui a été choisie. Même si on ne parle pas encore à ce stade de vente d’activité, Oracle a remporté une première manche décisive en signant  un partenariat technologique privilégié aux contours qui demeurent extrêmement flous. Un choix qui questionne les observateurs à plusieurs titres.

— Oracle était la seule société en compétition dont le PDG a exprimé publiquement son soutien à Donald Trump et ce au grand damne de milliers d’employés d’Oracle1.

— Oracle était officiellement soutenu par Donald Trump : répondant à des questions sur le sujet lors d’un discours en Arizona ce dernier avait déclaré le mardi 18 aout 2020 : « Je pense qu’Oracle est une excellente entreprise, et je pense que son propriétaire est un type formidable. C’est une personne formidable. Je pense qu’Oracle serait certainement capable de gérer ça». Il précise que l’acheteur éventuel devra « s’assurer que les États-Unis recevront une bonne compensation. »  Sans préciser outre mesure la teneur de cette bonne compensation.

— Enfin, et comme le notait Alex Samos ancien responsable de la sécurité de Facebook dans un tweet en date du 18 juillet 2020 : « Un accord où Oracle prend en charge l’hébergement sans disposer du code source et sans initier des changements opérationnels importants ne répondrait à aucune des préoccupations légitimes concernant TikTok, la Maison Blanche si elle acceptait un tel accord démontrerait que cette manœuvre était une pure arnaque. »

Ainsi et pour conclure momentanément sur la saga TikTok aux États-Unis, cette dernière étant appelée à se poursuivre, à l’heure actuelle le choix d’Oracle n’est certainement pas un choix impartial à propos des problèmes de sécurité soulevés par l’administration américaine pour initier une « vente » forcée de l’application vidéo. Ils ne sont vraisemblablement absolument pas soldés !

De fait, et en cas de « vente », les travers de TikTok (cf. TikTok : la « bête noire sociale » de Donald Trump) changeraient éventuellement simplement de mains !

L’escroquerie emporte après elle l’idée d’une certaine finesse, d’un esprit subtil, d’un caractère adroit. Honoré de Balzac – Œuvres diverses, Code des gens honnêtes

  1. Suite à une collecte de fonds pour servir la campagne  de Donald Trump 9470 employés d’Oracle ont signé une pétition mise en ligne en février 2020 dénonçant le soutien d’un homme jugé par les initiateurs et les signataires éloigné de toutes les valeurs fondamentales de l’entreprise, dont l’éthique.
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