« Réindustrialiser, c’est possible ! » de Matthieu Courtecuisse

Relocaliser, ce n’est pas protéger nos gloires passées, mais investir dans notre futur. Tel est le message essentiel de ce tout petit livre.

Par Johan Rivalland.

À l’instar du constat de l’implacable recul de l’industrialisation française depuis quarante ans, régulièrement analysé par Claude Sicard ici, le patron de Sia Partners Matthieu Courtecuisse s’appuie sur l’état de sidération des Français à la suite de la crise pandémique pour dresser à son tour un diagnostic accablant de l’échec de l’État stratège et sur l’état de désorganisation incroyable de notre industrie. Une industrie qui ne représente plus que 10 % de notre PIB, contre le double en Allemagne et plus de 14 % en Italie.

Établir le bon diagnostic

Matthieu Courtecuisse analyse donc ce qui serait en mesure de sauver ou de permettre la relocalisation de nos industriels français, en essayant de limiter les destructions inéluctables à venir du fait de la crise.

Pour cela, il convient d’établir le bon diagnostic, écrit-il, puis de disposer d’une importante capacité d’adaptation et d’une véritable vision stratégique, d’innover. Et certainement pas en reconduisant les logiques du passé. Pas non plus en ayant des gouvernements qui pratiquent des politiques de stimulation de la demande, mais plutôt de l’offre.

Pas davantage en défendant un souverainisme aveugle, synonyme de repli sur soi et de normes inutiles, là où ce sont l’échange, les alliances, et l’esprit de conquête, qui doivent prévaloir.

Toutes les formes de protectionnisme, hélas à la mode, doivent être évitées. L’histoire montre qu’elles mènent à la paupérisation, la bureaucratie, l’étatisation. La mondialisation, au contraire, a profondément changé depuis vingt ans et il est vain notamment d’imaginer pouvoir composer sans les Chinois et leur maîtrise des terres rares.

Relocaliser, oui mais quoi ? Et surtout comment ?

Relocaliser certaines activités ne pourra se faire en se basant sur de bonnes intentions. Coopération, proximité et compétitivité sont indispensables pour réussir. Et il faudra bien sûr du temps, l’autonomie ne s’acquérant pas du jour au lendemain, surtout face aux risques de cybersécurité qu’il évoque et auxquels l’Europe est mal préparée. Sans oublier aussi les coûts engendrés et la baisse de pouvoir d’achat que cela peut induire.

Mais ce n’est évidemment pas tout. La fiscalité, la formation, les infrastructures, les charges sociales et le coût du travail, ainsi que le cadre légal du travail, nombreux sont les paramètres à prendre en compte.

La baisse des impôts de production (tout juste amorcée) est par exemple indispensable, dans la mesure où il s’agit d’un impôt sur le chiffre d’affaires (et non le résultat) et qu’elle grève donc les efforts d’investissement.

Les prélèvements sur les entreprises de manière générale et leur écart avec les autres pays (10 points de valeur ajoutée par rapport à l’Allemagne, par exemple) constitue un véritable handicap.

Il convient ensuite de bien réfléchir à ce qui est vraiment relocalisable. Pas des filières comme la sidérurgie, par exemple, où la concurrence féroce des producteurs à bas coûts entraînerait une hausse des prix insoutenable pour les filières consommatrices d’acier. Mais plutôt l’agroalimentaire et les filières d’excellence (luxe, aéronautique, automobile, énergie, construction, pharmaceutique), nous dit Matthieu Courtecuisse.

L’investissement dans les technologies, le numérique, l’automatisation, l’intelligence artificielle, le télétravail (avec quelques réserves et précautions), sont les passages obligés si on entend retrouver la compétitivité nécessaire au maintien ou au retour de certaines activités sur notre territoire, quoi qu’on en dise, souligne l’auteur. En effet, le monde évolue, se transforme, et c’est inéluctable.

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