COVID : cette deuxième vague qui n’arrive pas mais plombe l’économie

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Il en va du confinement comme de l’État d’urgence. Une fois que les pouvoirs publics ont décidé d’y plonger un pays jusqu’au cou, il leur est pratiquement impossible d’imaginer comment en sortir.

Par Nathalie MP Meyer.

C’est donc aujourd’hui que le gouvernement va lancer officiellement son fameux plan de relance censé redonner des couleurs à une économie brutalement mise à l’arrêt par le confinement anti-Covid généralisé.

Nul doute que les entreprises et les salariés sont impatients d’en connaître le détail. Mais il suffit de savoir qu’il sera financé par de la dette publique à hauteur de 100 milliards d’euros sur deux ans et qu’il s’articule autour de quatre piliers médiatiquement intitulés Indépendance, Écologie, Solidarité et Compétences, autrement dit les nouvelles marottes écolo-souverainistes du jour, pour comprendre qu’on s’aventure une fois de plus, sans réfléchir plus loin que l’horizon politicien de 2022, dans le couple infernal dirigisme et pognon de dingue.

Or ce sont précisément ces méthodes qui ont fait qu’en 2019, soit plus de 10 ans après la crise de 2008, la France était encore nettement à la traîne de la plupart de ses pairs de l’Union européenne aussi bien en matière de chômage que de rétablissement des comptes publics, sans oublier un système de santé à bout de souffle avant même l’arrivée du Coronavirus et un système éducatif plutôt médiocre.

Du reste, l’on sait déjà que dans la crise économique qui touche actuellement l’ensemble du monde, la France fait partie des pays qui s’en sortent le moins bien économiquement (voir le graphe OCDE ci-dessous sur les reculs de PIB aux premier et second trimestres 2020) tout en étant celui qui s’est montré aussi le plus « généreux » dans ses « aides », notamment via des dispositifs de chômage partiel qui désincitent nettement à reprendre le travail :

Mais à voir le gouvernement agir, ne croirait-on pas que ces piètres résultats ne sont pas encore assez déprimants  ?

Alors même qu’Emmanuel Macron et ses ministres répètent partout que cette rentrée 2020 doit être la plus normale possible afin d’éviter une catastrophe économique encore plus grave que la catastrophe sanitaire et alors qu’on s’apprête à faire couler comme jamais l’argent public qu’on n’a pas, tout est mis parallèlement en œuvre pour compliquer, voire freiner la reprise par des règles de protection sanitaire essentiellement coercitives faute d’être cohérentes et responsabilisantes et qui ont surtout pour effet d’accentuer l’anxiété des Français face à la pandémie.

Après avoir confiné tout le monde derrière les murs des maisons, il semblerait bien que l’idée du gouvernement soit maintenant de confiner tout le monde derrière les fibres non tissées des masques chirurgicaux. Il n’y a plus qu’à espérer qu’un vaccin sérieux fasse rapidement son apparition – peut-être celui de la biotech américaine Moderna qui semble prometteur – car cette affaire de Covid pourrait très bien durer éternellement.

Il en va du confinement comme de l’État d’urgence. Une fois que les pouvoirs publics ont décidé d’y plonger un pays jusqu’au cou pour contrer tel ou tel danger spécifique au prix de l’abandon généralisé de quelques libertés individuelles essentielles, il leur est pratiquement impossible d’imaginer comment en sortir. « Vous rendez-vous compte de la responsabilité s’il y avait un nouvel attentat quinze jours après la fin de l’état d’urgence ? » disait à l’époque Manuel Valls.

Aujourd’hui, même angoisse, même rengaine implicite : vous rendez-vous compte de la responsabilité s’il l’on devait constater un rebond de l’épidémie ? À suivre ce raisonnement, l’on ne sortirait jamais des situations d’exception imposées en « temps de guerre », pour reprendre l’expression d’Emmanuel Macron à propos du Coronavirus.

Nulle intention de ma part de prétendre que les choses sont simples. On constate d’ailleurs que la France n’est pas le seul pays à guetter avec fébrilité les moindres signes d’une reprise de l’épidémie.

Chez nous, depuis cet été, c’est la courbe des nouvelles contaminations journalières qui fonde toute la communication du gouvernement ainsi que la politique de contrôle des activités qui est déployée actuellement à l’école, en entreprise et dans l’espace public.

Voici la courbe en question telle qu’elle était présentée sur le site du gouvernement au 1er septembre 2020 :

À première vue, on constate que les nouveaux cas confirmés ont pratiquement retrouvé le niveau qui était le leur début avril, au cœur de la crise, lorsque le nombre de décès journaliers s’égrenait par centaines. 3000, 5000, 7000 nouveaux cas : c’est clair, ça rebondit de plus belle !

Mais en réalité, ces données sont extrêmement fragiles car elles ne sont pas cohérentes entre elles du début à la fin de la série. Elles dépendent en effet beaucoup du nombre de tests de dépistage réalisés et du profil des personnes testées. Or l’on sait qu’en début de pandémie, on manquait de tests et que seules les personnes se présentant avec des symptômes évoquant le Covid-19 étaient testées. Ce qui ne veut pas dire que tous les porteurs, symptomatiques ou asymptomatiques, l’ont été.

Aujourd’hui, le taux de dépistage est considérablement plus élevé et concerne une population beaucoup plus diversifiée. Les vacanciers désireux de se rendre en Grèce par avion doivent se présenter à l’aéroport avec un test négatif datant de moins de 72 heures, par exemple (d’où l’encombrement soudain des laboratoires d’analyses médicales en juillet).

Un graphique hebdomadaire publié par Santé publique France dans son point épidémiologique du 27 août 2020 permet de mieux prendre conscience de tous ces éléments car il intègre le nombre de tests réalisés et donne aussi le taux de positivité obtenu (attention, il s’arrête à la semaine 34, c’est-à-dire au 23 août 2020) :

Il n’y a donc pas lieu de comparer les chiffres actuels des nouvelles contaminations avec la situation de crise antérieure. Dans les deux cas, les contaminations effectives sont plus importantes que les contaminations révélées (puisqu’on ne teste pas tout le monde), mais dans le premier cas, il y a tout lieu de penser qu’elles étaient en fait considérablement plus élevées qu’aujourd’hui.

On est d’autant plus autorisé à le penser que si l’on passe à des statistiques beaucoup plus solides, comme les hospitalisations, les réanimations et les décès, tout montre que la pandémie perd du terrain.

Au 1er septembre 2020, et depuis un certain temps, le solde quotidien des hospitalisations et des réanimations pour Covid-19 était proche de zéro (voir graphiques ci-dessous). Le nombre total de malades hospitalisés se montait à 4604 personnes et celui des personnes en réanimation à 424 alors que ces chiffres dépassaient respectivement les 32 000 et les 7000 à la mi-avril, point haut de l’épidémie.

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Du côté des décès quotidiens, voici la situation en hôpital (à gauche) et en EHPAD (à droite :  covidLà aussi, on se rapproche de zéro pour une population française de 67 millions d’habitants, alors qu’on était aux alentours de 1500 décès par jour pour les deux institutions au plus fort de l’épidémie.

Autrement dit, nous sommes revenus à une situation quasi-normale, ce que confirme le graphe de l’INSEE donnant les décès quotidiens en France, tous motifs confondus, du 1er mars au 20 juillet pour les années 2018, 2019 et 2020 :

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On distingue nettement la surmortalité due au Covid-19 qui s’étale grosso modo du 16 mars au 25 avril 2020, mais comme le dit l’institut de la statistique lui-même en commentaire :

« Depuis le 1er mai, comme le confirment les données récentes, on ne constate plus en France d’excédent de mortalité par rapport aux deux années précédentes. »

C’est une excellente nouvelle. Faut-il pour autant abandonner toute précaution et remiser ses masques, son gel et sa distance sociale pour une autre occasion ?

Je n’irai pas jusque-là. Quoique sans exercer de pression sur le système de santé, le virus circule encore puisqu’à travers les tests, on continue à trouver des personnes contaminées. Il me semble donc assez légitime de poursuivre les efforts de vigilance, notamment de façon ciblée pour les personnes à risque et dans l’entourage des personnes contaminées (protocole tester – tracer – isoler).

Mais la situation n’est en rien comparable avec celle que nous avons connue au printemps. Il serait temps que le gouvernement arrête de susciter la peur et qu’il commence à faire confiance à l’esprit de responsabilité et au bon sens des Français plutôt que d’imposer une multitude de règles sanitaires d’obéissance aveugle assorties d’exemptions changeantes qui infantilisent les citoyens et placent les entreprises en situation d’insécurité juridique constante face à l’inspection du travail.

Ce n’est certainement pas une surdose de contraintes jetées sur un environnement économique déjà ultra-contraint qui va permettre de relancer la machine. Et si la vraie relance, c’était de regarder les courbes ?

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