COVID-19 : les « règles claires » tournent à la coercition brute

Screenshot_2020-08-31 (2) REPLAY - Point presse d'Emmanuel Macron depuis l'usine Seqens - AFP — AFP ,

Nos autorités ont définitivement basculé dans la formule qui leur donne tout pouvoir sur les individus, qu’il s’agisse de les obliger ou de les exempter.

Par Nathalie MP Meyer.

Comment s’y retrouver ? Plus la rentrée aussi bien scolaire que professionnelle se rapproche, plus les « règles claires » promises par Emmanuel Macron pour contrer une éventuelle reprise de l’épidémie de Covid-19 tournent à la franche pagaille et sombrent finalement dans la coercition brute.

Le gouvernement a beau avoir décidé de repousser d’une semaine la présentation du plan de relance économique pour mieux manifester son angélique dédication à la santé des citoyens et éviter de renouveler les multiples errements du début de la pandémie, force est de constater qu’en cette veille de rentrée, les ordres, contrordres et incohérences se succèdent dans un mélange d’approximation et d’autoritarisme qui rappelle l’époque cahotique du confinement.

Trois exemples d’approximation

Voici trois exemples :

— Concernant la rentrée scolaire qui aura lieu demain 1er septembre, le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a décidé de rendre le port du masque obligatoire en classe et en récréation pour tous les adultes ainsi que pour les élèves à partir de la classe de 6ème avec une dérogation pour les heures de sport, la cantine et les nuits en internat.

Mais voilà qu’aux dernières nouvelles une extension aux classes de CM1 et CM2 serait à l’étude. Et voilà surtout qu’à quelques heures du retour en classe, un collectif de médecins s’alarme de la légèreté de ces dispositions. En plus de la généralisation de l’enseignement à distance pour tous les âges, il préconise d’imposer le masque dès le cours préparatoire (soit dès l’âge de 6 ans au lieu de 11 ans).

On parle de médecins, donc de scientifiques ; et non des moindres, car on y trouve par exemple l’infectiologue Karine Lacombe qui a été fréquemment sollicitée par les médias pour donner son avis sur l’épidémie et qu’on a beaucoup vue aux côtés de l’exécutif. Comment imaginer dans ces conditions particulièrement discordantes que les parents soient le moins du monde rassurés sur le retour en classe de leurs enfants ?

— Toujours à propos de la rentrée des classes, le Premier ministre a fortement déconseillé jeudi dernier à « papy et mamie » d’aller chercher leurs petits-enfants à la sortie de l’école. Encore une remarque grossièrement catégorielle qui attise les peurs et ne tient nullement compte des situations particulières des grands-parents en matière d’âge et de santé.

Mais ce n’est pas tout, car Jean Castex a ensuite évoqué la possibilité d’augmenter « le périscolaire jusqu’à ce que les parents puissent venir eux-mêmes récupérer leurs enfants ». Stupeur immédiate dans les municipalités. Il s’agirait en effet d’une nouvelle mesure à leur charge, or elles n’en n’ont jamais entendu parler jusqu’à présent et n’ont évidemment pris aucune disposition en ce sens. On nage une fois de plus en plein pilotage à vue.

Last but not least – mais là, je ne vous apprends rien tant le retournement du jour au lendemain est énorme et a fait le tour des médias – alors que le même Jean Castex confirmait également jeudi que le port du masque serait obligatoire dès le lendemain pour tout le monde à Paris et dans trois départements de la petite couronne, on a eu droit, justement le lendemain, à un rétropédalage rapide de la préfecture de police en faveur des cyclistes et des joggeurs qui en sont donc exemptés suite à une demande en ce sens de la mairie de Paris.

Il est certain que les cyclistes et les amateurs de course à pied forment une population chouchoutée depuis toujours par Anne Hidalgo. Les utilisateurs de deux-roues à moteur un peu moins, qui devront porter un masque… sous leur casque ! À ce sujet, il semblerait cependant que sans avoir figé la règle dans le marbre, la préfecture de police admette que ne soient contrôlés que les motards circulant avec la visière relevée. Vous avez dit « règles claires » ?

Le masque en extérieur

Au-delà des multiples situations ubuesques que ces nouvelles dispositions vont à coup sûr provoquer, on touche là à l’utilité controversée de porter un masque en extérieur. Les avis scientifiques divergent considérablement sur cette question. À écouter les uns et les autres, il semblerait que les préconisations de port du masque en extérieur relèvent plus d’un principe de précaution exacerbé et d’une volonté purement politique de faire pression sur les citoyens pour qu’ils pensent à tout moment à se protéger que d’éléments scientifiques fondés.

On touche également à la volonté des autorités à tous les niveaux – national, préfectoral, municipal – de se protéger. Plutôt en rajouter dans les interdictions et les obligations que de voir un foyer de Covid-19 apparaître et encourir ensuite le blâme des Français pour manque d’actions fortes.

On touche enfin à l’impossibilité de régler exhaustivement toutes les situations particulières : et que se passera-t-il si je mange un sandwich dans l’espace public ? et que se passera-t-il si je fume ? Etc. L’extension générale du port du masque qui est devenue réalité dans de nombreuses villes de France découle aussi de la volonté de simplifier des règles devenues tellement nombreuses, tellement locales et tellement micro-détaillées que plus personne ne s’y retrouve.

Aussi, plutôt que de faire du rue par rue à Paris, il fut donc décidé que le masque, ce serait partout, tout le temps et pour tout le monde. Et maintenant que c’est partout, tout le temps et pour tout le monde, on réalise que dans bien des cas, la règle est parfaitement absurde ou s’oppose à d’autres objectifs poussés par les pouvoirs publics (exemple du vélo).

D’où revirements des autorités. D’où défiance des citoyens. D’où, à nouveau, coercition maximale.

Et la responsabilité individuelle ?

Il y avait pourtant moyen de faire autrement, en s’appuyant directement sur la responsabilité personnelle de chacun, c’est-à-dire en édictant des règles qui ne disent pas ce que chacun doit faire en tel lieu à tel instant mais qui donnent les bons repères sanitaires pour savoir quelle attitude adopter selon les différentes circonstances.

Il fut en effet un temps (mi-août) où le ministre de la santé Olivier Véran, se souvenant peut-être qu’il était médecin avant d’être ministre, reconnaissait qu’il n’était pas nécessaire d’en passer par des obligations pour se protéger du Coronavirus à partir du moment où chacun appliquait la règle A-B-C-D qu’il venait de mettre au point :

Munis de cette méthode de discernement et toujours attentifs aux gestes barrière, « papy et mamie » pourraient donc fort bien décider par eux-mêmes (et pas pour obéir aux injonctions unilatérales du Premier ministre), selon qu’ils habitent dans une ville très dense ou un village plus spacieux, en fonction de leur âge, de leur état de santé et les conditions de sortie des élèves, s’il est judicieux pour eux d’aller chercher leurs petits-enfants à l’école et s’ils doivent porter un masque pour l’occasion.

Dans ce débat sur le masque et les autres méthode de protection contre le Coronavirus, on retrouve exactement ce que disait Friedrich Hayek dans La Route de la Servitude (1944) à propos des tentatives de planification totale par opposition à l’appel à la responsabilité personnelle. Pour bien se faire comprendre, il s’appuyait sur la métaphore de la circulation routière :

On peut soit établir un code de circulation, soit dire à chaque automobiliste où il doit aller. (Chapitre VI)

Constatons hélas que nos autorités ont définitivement basculé dans la seconde formule qui leur donne tout pouvoir sur les individus, qu’il s’agisse de les obliger ou de les exempter. Privés de l’exercice de leur discernement, ces derniers en sont réduits à obéir aveuglément. Au bout du chemin, c’est l’infantilisation totale de la société qui guette. Ça promet.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.