Un autre monde (libéral) est possible !

Elon Musk GTC 2015 by NVIDIA Corp (CC BY-NC-ND 2.0) — NVIDIA Corp, CC-BY

Opinion : je rêve d’un monde ou les Bill Gates, les Jeff Bezos ou les Elon Musk, quel que soit leur pays auraient carte blanche, c’est-à-dire où ils n’auraient pas à payer d’impôts pour toutes sortes de causes inutiles.

Par Pierre Brisson1.

Imaginons que dans le contexte actuel, un gouvernement propose ou décide (selon le degré de démocratie des institutions du pays) que des ressources publiques importantes seront affectées à l’implantation de l’homme sur Mars. Ce serait un tollé dans une bonne partie du monde politique et dans les médias !2

Mais que nos opposants se rassurent, cela n’arrivera pas et c’est bien cela qui personnellement me désole et m’inquiète car les États ponctionnent de plus en plus leurs résidents et disposent de plus en plus des richesses qu’ils produisent, les empêchant de développer librement et en responsabilité leur propre projet (comme par exemple celui que j’évoque) puisque dans la plupart des pays, ils ne peuvent plus le réaliser avec leurs seuls moyens.

Une communauté repliée sur elle-même

Le problème c’est que notre communauté humaine est devenue dans son ensemble, frileuse, repliée sur elle-même et plus intéressée par son nombril que par les grands espaces.

Ce qui prime aujourd’hui, c’est la défense de la vie à tout prix (jusqu’à l’absurde), la protection sanitaire (la santé) et sociale (la solidarité), l’égalité à tous crins (à chacun selon ses besoins), le ruminement d’un passé apparemment non digéré car mal connu ou compris (la destruction des statues par nos contemporains !), le principe de précaution (la peur). Pour résumer nous ne sommes plus à l’époque de John Kennedy !

Je n’aime pas ces nouveaux principes. Je suis personnellement partisan d’un autre système de valeurs et en particulier de l’inégalité financière, conservée3 ou construite par la capacité et le travail, pourvu qu’elle soit assortie au départ de l’égalité des chances de chacun assurée par l’éducation obligatoire pour les enfants et adolescents et qu’elle s’exprime dans le cadre d’une compétition loyale c’est à dire de l’égalité des droits ; y compris celui à l’information.

La liberté plus que tout

Le corollaire est de cantonner la solidarité, et donc l’assistance, certes indispensable, à son minimum nécessaire. Je chéris la liberté plus que tout ; l’État ne devrait exister que pour faciliter son expression, collecter les quelques impôts proportionnels et non progressifs utiles au fonctionnement des services publics indispensables, et faire respecter l’ordre et la loi.

L’inégalité n’est pas une supériorité ni une infériorité mais une différence, c’est la vie même, c’est ce qui force à changer, à échanger, à apprendre, à se comparer, à progresser. L’inégalité financière c’est de fait la possibilité d’initiatives individuelles consistantes pour ceux qui disposent des moyens susceptibles d’en permettre la réalisation.

C’est aussi la possibilité pour un individu ou un groupe d’individus librement associés de faire des choix différents de ceux d’une collectivité représentée imparfaitement par une administration au service d’un pouvoir politique souvent démagogique, et de pouvoir mener à bien ces choix en en prenant seul(s) la responsabilité, donc le risque de perte ou la chance de succès et le droit de disposer de ses fruits pour continuer ou recommencer.

Malheureusement l’État moderne ou plutôt le groupe de ceux qui l’incarnent, « ces Messieurs de l’État » comme disait Frédéric Bastiat, prélève de plus en plus d’impôts et il le fait inéquitablement en ponctionnant toujours davantage « les plus riches », c’est-à-dire ceux qui pourraient investir indépendamment du groupe4.

Son premier objectif est en effet de réduire les inégalités puisque la masse des électeurs, dont certains ne payent même pas d’impôts directs et ne vivent que d’aides ou de subvention, croit à tort que contraindre tout le monde à l’égalité est dans son intérêt. Son second objectif, qui découle du premier, est de gérer collectivement la richesse créée par tous selon la fiction d’un gouvernement démocratique agissant pour le bien commun puisque élu par une majorité de la population, et incarné par des fonctionnaires désintéressés.

Or laisser l’affectation du capital produit aux décisions d’une administration sous le contrôle d’un pouvoir politique démagogique (pente naturelle de la démocratie, comme le dit très bien Tocqueville), c’est le gage de la continuité dans la médiocrité.

Cette caste d’individus qui n’ont rien gagné mais simplement prélevé, ne veulent que répartir sans construire (ou au mieux ne pas plus construire que répartir). Leurs projets sont par nature principalement consensuels, curatifs, palliatifs, très peu innovants.

Et lorsqu’ils tentent d’être innovants, ils se préoccupent d’abord de ce qu’ils appellent le bien commun, l’emploi, la sécurité pour tous, toutes préoccupations tièdes, peu créatrices de richesses mais débilitantes et appauvrissantes, non seulement pour les personnes ponctionnées mais pour l’ensemble de la population.

En effet tous ne peuvent bénéficier suffisamment de la création de ces nouvelles richesses forcément limitées au niveau de chacun, du fait d’une dynamique trop faible car sans perspective séduisante ou trop diluée.

Les fonctionnaires non seulement n’aiment pas les projets audacieux (pour ne pas utiliser le terme fou qu’ils emploieraient volontiers), mais ils n’ont pas davantage le souci de la fructification (i.e. de la rentabilité) puisqu’ils savent que par leur capacité à prélever ils disposeront toujours des ressources nécessaires et que personnellement ils resteront rémunérés. Ni le goût de l’aventure, ni l’espoir de gain pas plus que le risque de perte ne sont des motivations, au contraire du souci de plaire5 qui reste constant.

Tout au contraire, la personne privée qui s’est enrichie par son travail et/ou qui veut préserver un capital acquis ou hérité, ne va pas chercher à en faire profiter tous les autres indistinctement. Elle va s’efforcer de le préserver ou de l’augmenter et, pour le maintenir au moins à son niveau, de le faire fructifier par l’investissement tout en satisfaisant souvent une passion ou un désir de création.

Mais l’investissement va être pesé avant d’être réalisé, en fonction des risques et de l’intérêt qu’il présente, financiers mais pas seulement. Dans cet esprit, la personne privée ne va en faire profiter avec précaution et attention que ceux qui contribuent efficacement à ses côtés à son projet car elle sait que celui-ci ne sera validé ou sanctionné que par le succès ou par l’échec qu’il recueillera sur le marché.

Un mauvais projet meurt s’il ne recueille pas l’adhésion d’une demande. Une personne riche perd sa richesse et, tout aussi grave, elle ne peut réaliser son rêve si elle ne sait pas la gérer.

Le système capitaliste ainsi décrit est un gage d’efficacité (gestion du risque pour le moindre coût), de justice (échec des mauvais projets, récompense des bons) et in fine d’avantages pour tous : les gens productifs qui travaillent avec perspicacité sont recherchés et récompensés par les détenteurs de capitaux, les autres sont incités à faire aussi bien qu’eux.

Je rêve d’un monde ou les Bill Gates, les Jeff Bezos ou les Elon Musk, quel que soit leur pays (car il est certain qu’il y en a potentiellement ailleurs qu’aux États-Unis), auraient carte blanche, c’est-à-dire où ils n’auraient pas à payer d’impôts pour toutes sortes de causes inutiles.

Je rêve d’un monde où l’État ne s’occuperait que des fonctions régaliennes et que pour le reste, il laisserait faire ! Je rêve d’un monde d’initiatives et de responsabilité.

Dans ce monde je paierais un GAFA parce qu’il me rend service, plutôt qu’un État qui se goinfre sans contrepartie. Dans ce monde, la recherche, l’astronautique, l’exploration, mais aussi le soin des autres ou de l’environnement, toutes les passions humaines auraient toute leur place pour s’épanouir pour autant qu’elles soient portées par des individus, un monde où il suffirait de vouloir pour décider de faire.

  1. Cet article a été écrit à titre strictement personnel et ne peut absolument faire présumer l’adhésion des autres membres de la Mars Society Switzerland aux idées exposées.
  2. J’ajoute évidemment un bémol pour les États-Unis, à retirer ou à introduire selon la présidence, et je ne parle pas de la Chine !
  3. Je ne critique pas les héritiers. Ils bénéficient certes d’avantages de départ mais quels parents ne souhaitent pas aider leurs enfants ? Par ailleurs, dans le courant d’une vie, les avantages hérités sont rapidement remis en cause par la compétition et maintenir une fortune est presque aussi difficile que de l’acquérir. On le constate dans les familles. La troisième génération n’a le plus souvent plus beaucoup d’avantages par rapport à ses contemporains qui n’ont pas eu la même chance, même dans les pays libéraux où les impôts sur les successions sont moins lourds qu’ailleurs. Vouloir persécuter les héritiers relève plus de la jalousie que du souci de l’efficacité économique d’autant que certaines dynasties (celle des Rockefeller par exemple) ont eu un impact économique et social remarquablement positif pour tous.
  4. Bien entendu tous les hommes politiques ne sont pas égalitaristes donc totalitaristes mais les tendances à toujours plus d’étatisme et de socialisme qui conduisent à un État obèse, véritable cancer qui pompe toute la substance de l’être social, sont extrêmement lourdes. Les vrais libéraux sont extrêmement rares, surtout en France mais même en Suisse et surtout en Romandie, ces jours.
  5. À leurs supérieurs hiérarchiques ou aux dirigeants politiques, eux-mêmes et indirectement à la masse de leurs électeurs. Cela est d’autant plus vrai me semble-t-il, que la structure étatique est hiérarchisée et centralisée et que les hommes politiques n’exercent aucune profession en dehors de la poursuite de leur carrière politique, comme en France (ce qui n’est pas le cas en Suisse) et sont donc coupés des réalités.
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