Bitcoin : toujours décrié, jamais vaincu

Dans l’Etrange Défaite, écrit en 1940 en pleine débâcle française, l’historien March Bloch, fustige la myopie des élites et de la société française et leur incapacité à comprendre les basculements politiques et technologiques de leur époque. Aujourd’hui, sommes-nous davantage capables de comprendre un phénomène aussi déroutant et inattendu que Bitcoin ?

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Bitcoin : toujours décrié, jamais vaincu

Publié le 29 août 2020
- A +

Par Yorick de Mombynes.1

Au nez et à la barbe des élites mondiales, Bitcoin est en train de gagner son pari. Le fait qu’il fonctionne parfaitement depuis onze ans alors qu’on annonce chaque jour sa fin imminente est en soi remarquable et devrait suffire à nous alerter. Mais non content de survivre, Bitcoin se développe massivement.

Plusieurs dizaines de millions de personnes détiennent des bitcoins dans le monde et le nombre d’adresses visibles sur le réseau connaît une croissance exponentielle.

Le cours du bitcoin reste volatil mais ce n’est guère surprenant : c’est un actif d’une nature totalement nouvelle, donc encore difficile à évaluer. Et il reste relativement marginal dans la finance mondiale, donc soumis à l’influence des acteurs majeurs du marché.

Mais cette situation est sans doute transitoire. Sur plusieurs années, il joue bien son rôle de réserve de valeur, étape indispensable avant de devenir progressivement un moyen d’échange plus communément accepté.

Son régime d’émission désinflationniste offre un contraste saisissant avec le quantitative easing des banques centrales qui menace d’anéantir la confiance dans les monnaies étatiques.

C’est la raison pour laquelle il est étudié de près – et même adopté – par un nombre croissant d’acteurs traditionnels des marchés financiers et de l’économie en général.

Sa technologie et son écosystème progressent à grande vitesse. Son algorithme open source fait l’objet d’améliorations multiples pour renforcer sa fiabilité et ses performances techniques.

Un protocole informatique complémentaire, appelé Lightning Network, rend désormais possibles des micropaiements instantanés, pour des frais dérisoires, avec un haut niveau de sécurité et de confidentialité et sans consommation additionnelle d’énergie. Il fonctionne depuis 2018 et son développement se poursuit, notamment grâce à la startup française Acinq soutenue par BPI France.

Outre ce « passage à l’échelle », de nombreuses autres innovations sont en cours. Elles améliorent notamment le caractère programmable des transactions et ouvrent la voie à de nouvelles fonctionnalités et de nouveaux usages du protocole Bitcoin comme strate fondatrice d’un nouvel Internet de la valeur. Le rythme et la sophistication de ces avancées sont de plus en plus difficiles à suivre.

Il semble désormais trop tard pour que des États puissent stopper Bitcoin. Ils ne peuvent guère faire plus que ralentir son essor par des réglementations et des contraintes fiscales.

La situation actuelle montre que cet essor se poursuit malgré ces freins. Son réseau est trop décentralisé ; les acteurs impliqués dans son développement et son fonctionnement sont trop nombreux et trop engagés ; la puissance de calcul informatique mondiale qui sécurise sa blockchain atteint des niveaux inouïs, difficiles à appréhender par l’esprit humain.

Et la diffusion de transactions par satellite et ondes radio est en train de devenir possible, ce qui pourrait permettre à l’avenir de contourner d’éventuelles coupures politiques d’Internet.

Libra, la « cryptomonnaie » de Facebook assise sur un panier de monnaies étatiques, et les velléités de « monnaies digitales de banques centrales » (MDBC) confirment que l’industrie du paiement et les systèmes monétaires sont à l’aube de changements profonds.

Mais ces projets sont beaucoup moins innovants que Bitcoin. Ils demeurent centralisés donc techniquement vulnérables, politiquement manipulables et soumis aux aléas des politiques monétaires arbitraires.

Malgré des incertitudes et défis techniques encore considérables et une compétition intense dans l’univers des cryptomonnaies, Bitcoin s’affirme comme une réalité tangible et pérenne dans un monde où plus rien ne semble solide.

La probabilité augmente pour que le bitcoin s’impose peu à peu comme une forme de cash digital décentralisé, dépolitisé, dénationalisé, désinflationniste, permettant des transactions instantanées, incensurables, anonymes et programmables. Avec des applications financières et industrielles potentiellement infinies et des conséquences politiques insoupçonnables.

Voir aussi : comment gagner de l’argent grâce au bitcoin ?

  1. Article publié initialement dans La Tribune le 12/08/20.
Voir les commentaires (17)

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Créer un compte Tous les commentaires (17)
  • « Le cours du bitcoin reste volatil mais ce n’est guère surprenant : c’est un actif d’une nature totalement nouvelle, donc encore difficile à évaluer. »
    Je suis d’accord avec la volatilité qui ne lui donne pas de caractère sécurisant pour une valeur de réserve.
    Dire qu’il s’agit d’un « actif » alors que c’est seulement un « jeton informatique » sans aucune contrepartie, donc il est faux d’écrire qu’il s’agit d’un actif. D’où la difficulté de l’évaluer.
    Une monnaie doit répondre à trois fonctions : l’échange, la mesure et la réserve. Voilà les trois défis du jeton Bitcoin et autres concurrents

    • C’est bien un actif qui représente la valeur des algorithmes nécessaires pour le mettre en oeuvre, valeur qui est au mieux une fraction de son cours actuel, temporairement survalorisé par les injections monétaires des banques centrales, comme les cours des actions, des obligations ou de l’or.

      Ce n’est en revanche pas une monnaie, ni même une une valeur de réserve, d’autant moins qu’il est structurellement déflationniste. Aucune monnaie ne peut être durablement déflationniste, pas plus qu’elle ne peut être longtemps inflationniste. Une monnaie forte est une monnaie neutre.

      Note : les satellites et les radios finissent par transiter par les réseaux terrestres. Ils sont donc aussi susceptibles d’être contrôlés qu’internet.

  • Non, bitcoin est un protocole, un grand livre de comptes décentralisé et sécurisé par le minage qui est une réelle activité économique qui rend les échanges infalsifiables, le Bitcoin est une unité de compte pas un jeton. Il existe plein de jetons numérique mais ce n’est pas le Bitcoin.

    • la spéculation aurait disparu comme par enchantement ?

      • Faire disparaitre la spéculation ? La spéculation c’est la vie, c’est un pari sur l’avenir. Qu’il y ait des filous ok mais c’est comme tout marché. La loi de l’offre et la demande. Par ailleurs spéculation par rapport a une monnaie fiat ? (Qu’elle est la valeur d’échange de la monnaie fiat sur le forex, discutez en avec des vénézuéliens et bientôt des Européens…)Même si il existe des « bulles » bitcoin, sur le long terme il existe effectivement une augmentation de sa valeur d’allure logarithmique. Enfin bon. Les keynésiens sont marrants, ont ils conscience qu’ils font des emprunts toxiques…

        • Les keynésiens sont les cancrelats de tout système économique. Ce qui n’empêchera pas dans un tout autre secteur quelque spéculation effrénée qui causera des ravages, ce qui serait plutôt la mort que la vie. N’appelez pas svp le bitcoin et autres avatars « monnaie »

          • N’appelez pas svp le bitcoin et autres avatars « monnaie »

            Mais si ! une monnaie, c’est « un moyen d’échange pour ceux qui veulent le détenir jusqu’à ce qu’ils souhaitent acheter un équivalent de ce qu’ils ont fourni à d’autres » (Friedrich Hayek, The denationalization of money, 1976.)

            • Non bitcoin n’ est pas une monnaie bien que c’etait le but de son ou ses créateurs. C est un actif financier spéculatif . Son minage represente l’equivalent de la production electrique de 7 centrales nucleaires pour l’ annee 2019.
              Pour en revenir au premier point , bitcoin est coté en euros, dollars ou autre….si ces monnaies s’ecroulent bitcoin s’ ecroulent .
              De plus je ne suis pas payé en bitcoin, et si j’en ai je souhaite les garder si on est dans une période haussiere et mon commercant le refusera si on est dans une periode baissiere. Bref c est un objet indeterminé pour l’ instant . Juste un pqri sur un certain futur, ce qui correspond bien à la periode qu’on vit ou tout peut faire l’objet d’un pari.
              A suivre…..

              • Si j’utilise un couteau comme cure-dents, ça devient un cure-dents sans cesser d’être un couteau.
                Pareil pour Bitcoin (et tout ce qui peut être utilisé comme moyen d’échange indirect).
                Je ne sais plus quel économiste (« autrichien » bien sûr) a dit « La monnaie, c’est tout ce que les gens considèrent comme de la monnaie ».

          • C’est curieux, on appelle tranquillement monnaies (currency) des montagnes de faux dollars et faux euros injectés par les banques centrales pour faire semblant de sauver les Etats en faillite mais vous rechignez à appeler monnaie un vecteur d’échange commercial instantané, infalsifiable (jusqu’à présent), plutôt discret et insaisissable: un rêve libéral.
            Je ne vois rien dans la définition d’une monnaie qui implique qu’elle doive pouvoir être détournée par une quelconque autorité supérieure.

    • Non, la block chain est le livre de compte pas bitcoin. Et non ce n’est pas pour le moment une unité de compte . C’est une nouvelle classe d’actifs financiers, c’est pas si mal pour un début .

    • Non la block chain est le livre de compte pas bitcoin qui lui est un bien un protocole informatique. Et non ce n’est ni une monnaie, ni une unité de compte ….

  • En ce qui concerne l’anonymat des transactions, je ne suis pas trop d’accord étant donné que la blockchain sous-jactente est publique…
    Pour le reste je suis d’accord, je suis convaincu que le BTC et autres actifs numériques décentralisés (DeFi, Art /NFT, Certificats de propriété / Immobilier) changeront peut-être en profondeur les rapports de forces actuels, avec en premier lieu le « monopole de la violence légitime »… En effet ces nouvelles technologies ont le potentiel de rendre complètement caduque les multiples intervention étatiques, dans des domaines qui sont indispensables à la survie des institutions que nous connaissons aujourd’hui.

    • Le principe du bitcoin c’est la transparence de échanges tout en préservant l’anonymat des échangeurs (d’où shnorr, ring signature, lightning network, mixing etc…)

  • Comment trouvez-vous « plusieurs dizaines de millions de détenteurs » alors qu’il n’y a que 18 millions de Bitcoins en circulation ? Bitcoin n’est pas mort parce qu’il est négligeable et donc négligé par les états.
    La plupart des états développés approchent les 50% du PIB et une bonne partie sont gérés de manière mafieuse. Dès qu’une crypto-monnaie dépassera le stade de l’infime, je vous parie qu’ils se mettront à taper dessus et ils ont les moyens de le faire.

    • On peut acquérir une fraction de bitcoin.
      Il n’est pas complètement négligé par les Etats, en France vous payez 30% de taxe sur les plus-values dans les crypto-monnaies (en cas de conversion en monnaie fiat).

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