Bitcoin : toujours décrié, jamais vaincu

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Dans l’Etrange Défaite, écrit en 1940 en pleine débâcle française, l’historien March Bloch, fustige la myopie des élites et de la société française et leur incapacité à comprendre les basculements politiques et technologiques de leur époque. Aujourd’hui, sommes-nous davantage capables de comprendre un phénomène aussi déroutant et inattendu que Bitcoin ?

Par Yorick de Mombynes.1

Au nez et à la barbe des élites mondiales, Bitcoin est en train de gagner son pari. Le fait qu’il fonctionne parfaitement depuis onze ans alors qu’on annonce chaque jour sa fin imminente est en soi remarquable et devrait suffire à nous alerter. Mais non content de survivre, Bitcoin se développe massivement.

Plusieurs dizaines de millions de personnes détiennent des bitcoins dans le monde et le nombre d’adresses visibles sur le réseau connaît une croissance exponentielle.

Le cours du bitcoin reste volatil mais ce n’est guère surprenant : c’est un actif d’une nature totalement nouvelle, donc encore difficile à évaluer. Et il reste relativement marginal dans la finance mondiale, donc soumis à l’influence des acteurs majeurs du marché.

Mais cette situation est sans doute transitoire. Sur plusieurs années, il joue bien son rôle de réserve de valeur, étape indispensable avant de devenir progressivement un moyen d’échange plus communément accepté.

Son régime d’émission désinflationniste offre un contraste saisissant avec le quantitative easing des banques centrales qui menace d’anéantir la confiance dans les monnaies étatiques.

C’est la raison pour laquelle il est étudié de près – et même adopté – par un nombre croissant d’acteurs traditionnels des marchés financiers et de l’économie en général.

Sa technologie et son écosystème progressent à grande vitesse. Son algorithme open source fait l’objet d’améliorations multiples pour renforcer sa fiabilité et ses performances techniques.

Un protocole informatique complémentaire, appelé Lightning Network, rend désormais possibles des micropaiements instantanés, pour des frais dérisoires, avec un haut niveau de sécurité et de confidentialité et sans consommation additionnelle d’énergie. Il fonctionne depuis 2018 et son développement se poursuit, notamment grâce à la startup française Acinq soutenue par BPI France.

Outre ce « passage à l’échelle », de nombreuses autres innovations sont en cours. Elles améliorent notamment le caractère programmable des transactions et ouvrent la voie à de nouvelles fonctionnalités et de nouveaux usages du protocole Bitcoin comme strate fondatrice d’un nouvel Internet de la valeur. Le rythme et la sophistication de ces avancées sont de plus en plus difficiles à suivre.

Il semble désormais trop tard pour que des États puissent stopper Bitcoin. Ils ne peuvent guère faire plus que ralentir son essor par des réglementations et des contraintes fiscales.

La situation actuelle montre que cet essor se poursuit malgré ces freins. Son réseau est trop décentralisé ; les acteurs impliqués dans son développement et son fonctionnement sont trop nombreux et trop engagés ; la puissance de calcul informatique mondiale qui sécurise sa blockchain atteint des niveaux inouïs, difficiles à appréhender par l’esprit humain.

Et la diffusion de transactions par satellite et ondes radio est en train de devenir possible, ce qui pourrait permettre à l’avenir de contourner d’éventuelles coupures politiques d’Internet.

Libra, la « cryptomonnaie » de Facebook assise sur un panier de monnaies étatiques, et les velléités de « monnaies digitales de banques centrales » (MDBC) confirment que l’industrie du paiement et les systèmes monétaires sont à l’aube de changements profonds.

Mais ces projets sont beaucoup moins innovants que Bitcoin. Ils demeurent centralisés donc techniquement vulnérables, politiquement manipulables et soumis aux aléas des politiques monétaires arbitraires.

Malgré des incertitudes et défis techniques encore considérables et une compétition intense dans l’univers des cryptomonnaies, Bitcoin s’affirme comme une réalité tangible et pérenne dans un monde où plus rien ne semble solide.

La probabilité augmente pour que le bitcoin s’impose peu à peu comme une forme de cash digital décentralisé, dépolitisé, dénationalisé, désinflationniste, permettant des transactions instantanées, incensurables, anonymes et programmables. Avec des applications financières et industrielles potentiellement infinies et des conséquences politiques insoupçonnables.

  1. Article publié initialement dans La Tribune le 12/08/20.
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