Libra et le rêve de Hayek

En se soumettant à l’avance à tous les diktats des autorités de régulation, Libra ne tourne-t-elle pas le dos au projet disruptif des promoteurs des cybermonnaies comme à celui de Hayek ?

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Golden coins stacked in front of Libra cryptocurrency logo by Marco Verch (CC BY 2.0)

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Libra et le rêve de Hayek

Publié le 1 août 2020
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Par Gérard Dréan.

En réaction à la levée de boucliers des États et des régulateurs dès l’annonce du projet Libra en juin 2019, l’Association Libra animée par Facebook a entamé un processus de concertation avec les autorités monétaires, qui a conduit en avril 2020 à la publication du Livre Blanc 2.01.

Cette nouvelle version contient deux changements importants.

Libra support de monnaies nationales

Premièrement, Libra devient le support de monnaies nationales :

« Nous élargissons le réseau Libra en incluant des cryptomonnaies stables adossées à une seule monnaie en plus de la libra, en commençant par certaines devises dans le panier proposé (par exemple, libraUSD, libraEUR, libraGBP, libraSGD). […] Chaque cryptomonnaie stable adossée à une seule monnaie sera garantie intégralement par la réserve, qui se compose de liquidités ou équivalents, et de titres d’État à très court terme, libellés dans cette devise. » (Livre Blanc p2).

Il faut donc dorénavant parler non pas de « la libra »2 , mais « des libras ».

Cette ouverture aux monnaies nationales fait penser au projet que Friedrich Hayek3 proposait dans son ouvrage de 1976 Denationalisation of money, the argument refined4 : que « Les pays du marché commun, de préférence avec les pays neutres d’Europe (et peut-être plus tard les pays d’Amérique du Nord, se lient mutuellement par traités pour ne mettre aucun obstacle aux échanges libres sur tous leurs territoires de leurs monnaies (y compris les pièces d’or) ou du libre exercice de l’activité bancaire par toute institution légalement établie sur leurs territoires ». (p. 23)

L’idée fondamentale est que la stabilité monétaire serait mieux assurée par une multitude d’émetteurs indépendants en concurrence pour maintenir le pouvoir d’achat de leurs monnaies respectives que par des monopoles qui peuvent produire autant de monnaie qu’ils le désirent pour leurs besoins propres.

Hayek était bien conscient de l’opposition des États, viscéralement attachés à leur souveraineté monétaire. Par son pamphlet, il espérait seulement contribuer à « rendre politiquement possible ce qui est aujourd’hui politiquement impossible » (Hayek, p24).

En utilisant les technologies informatiques, Libra peut-il accélérer la réalisation de l’uchronie qu’il proposait, contre la volonté des États ?

Libra pour tous, partout ?

Pour cela, il faudrait au minimum que toutes les libras puissent être librement utilisées par tous et partout, et que le change entre elles soit facile et immédiat. Pour que la proposition de Hayek soit complètement réalisée, il faudrait aussi qu’il soit possible de créer de nouvelles monnaies utilisables dans les mêmes conditions.

Sur le plan strictement technique, Libra satisfait la première de ces trois conditions. L’infrastructure de paiement Libra repose sur un système de registre distribué qui assure les mêmes fonctions et repose sur les mêmes principes que tous les systèmes analogues : accepter des transactions émises en continu par les utilisateurs à travers le réseau internet et en tenir un registre public et non modifiable après en avoir vérifié la validité.

Ce registre est tenu en parallèle par de nombreux nœuds du réseau appelés « validateurs », qui exécutent un protocole dit « de consensus » afin que tous ces exemplaires soient identiques et forment collectivement le Registre5, accessible en toutes circonstances à tous les participants.

L’accès au Registre, en lecture comme en écriture pour préparer et soumettre des transactions, utilise des logiciels de wallet6 sur ordinateur ou sur smartphone, qui peuvent être développés librement. De cette façon, sauf barrage spécifique des autorités monétaires, toutes les libras pourraient être utilisées librement partout et par tous.

À travers leurs contreparties en libras, les monnaies nationales pourraient ainsi être mises en concurrence entre elles. Une entreprise française pourrait choisir de vendre ses produits en libradollars, de payer ses employés en libraeuros et de tenir ses comptes en librafrancssuisses.

Toutes les libras entrent dans la catégorie des global stablecoins (GSC) analysées par le rapport ad hoc du Groupe de travail du G77, qui identifie correctement leur potentiel de disruption :

« Les GSC pourraient avoir des effets négatifs importants, tant au niveau national qu’international, sur la transmission de la politique monétaire, ainsi que sur la stabilité financière, en plus des efforts interjuridictionnels visant à lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Elles pourraient également avoir des implications pour le système monétaire international de manière plus générale, y compris la substitution des devises, et pourraient donc poser des défis à la souveraineté monétaire »

Ces libras nationales ne remplacent pas la libra universelle du projet initial, mais s’y ajoutent. Et puisque la libra universelle serait utilisable partout, elle serait de fait concurrente des libras nationales.

Les autorités vont-elles entraver Libra ?

De plus, la composition du panier sur lequel est assise la libra universelle introduit une deuxième forme de concurrence plus subtile. Il serait naturel que les monnaies nationales les plus stables soient favorisées, voire que les monnaies les plus inflationnistes soient éliminées du panier au profit des plus stables.

On peut donc s’attendre à ce que les autorités monétaires continuent à mettre de sérieux obstacles à la diffusion de Libra, et qu’elles imposent des restrictions sévères au change, qui est une fonction cruciale pour la que concurrence entre monnaies soit effective.

Le Livre Blanc 2.0 affirme de façon répétitive et insistante la volonté de l’Association Libra de mettre en œuvre toutes les dispositions que les autorités de régulation préconisent ou préconiseront :

« Notre objectif est que le système de paiement Libra s’intègre en douceur aux politiques monétaires locales et aux politiques macroprudentielles, et qu’il complète les devises existantes en offrant de nouvelles fonctionnalités, en permettant une réduction drastique des coûts et favorisant l’inclusion financière. » (Livre Blanc, p1)

Dans le système LIbra, la définition d’une monnaie (dont les libras elles-mêmes) consiste en un programme écrit dans un langage spécifique appelé Move, qui permet de rédiger deux types de programmes : « scripts » inclus dans les transactions pour être exécutés une seule fois lors de l’inscription de la transaction dans le Registre, et des modules inscrits dans le Registre et pouvant être appelés par des transactions pour être exécutés par l’infrastructure.

Dans ces modules, souvent appelés « contrats intelligents » (smart contracts), Move permet de définir des « ressources » pouvant représenter des objets du monde réel, et de programmer la discipline de gestion appropriée.

« Move est conçu pour empêcher le clonage des actifs. Il utilise des « types d’actifs » qui obligent les actifs numériques à suivre les mêmes propriétés que des actifs physiques : ils possèdent un propriétaire unique, ne peuvent être dépensés qu’une fois et la création de nouveaux actifs est limitée. Le langage Move permet également de prouver automatiquement et facilement que les transactions respectent certaines propriétés : l’obligation, par exemple, que les transactions de paiements modifient uniquement les soldes du donneur d’ordre et du destinataire ». (Livre Blanc p7).

C’est ainsi qu’un actif peut être défini avec une discipline de création, une discipline de transfert et une discipline de destruction qui en font une monnaie.

Libra s’écarte du projet initial

Dans le projet Libra actuel, la possibilité de créer des modules, et donc de nouvelles monnaies et de nouveaux types de transactions, est réservée aux seuls validateurs agréés. En effet, Libra est un système permissioned où certaines fonctions sont réservées à des acteurs approuvés par l’Association Libra, qui elle-même s’engage à respecter et à faire respecter de façon stricte les règles monétaires internationales. Citons ici in extenso le Livre Blanc 2.0 (page 2) :

 « Le réseau Libra distingue quatre catégories d’acteurs : (i) les revendeurs autorisés ; (ii) les fournisseurs de services d’actifs virtuels (« VASP », y compris les cambistes et les portefeuilles de dépôt) qui sont accrédités ou inscrits en tant que VASP dans la juridiction d’un membre du Groupe d’action financière (GAFI), ou qui sont accrédités ou inscrits dans la juridiction d’un membre du GAFI et qui, dans ce cadre, sont autorisés à offrir des services d’actifs virtuels ; (iii) les VASP ayant effectué un processus de certification approuvé par l’association (VASP certifiés) ; et (iv) tous les autres individus et entités cherchant à effectuer des transactions ou à fournir des services par le biais du réseau Libra (portefeuilles non hébergés). […]

Les portefeuilles non hébergés favorisent l’inclusion financière, une concurrence forte et une innovation responsable, ouvrant ainsi la voie à la création de services pour les personnes ne bénéficiant pas ou peu de services bancaires. Leurs activités pouvant représenter un plus grand risque, elles seront soumises à des limites de solde et de transactions. Au départ, seuls les revendeurs autorisés et les fournisseurs de services d’actifs virtuels réglementés auront accès au réseau. […]

Une fois le cadre de conformité adéquat finalisé, l’association a l’intention de rendre le réseau accessible aux fournisseurs de services d’actifs virtuels certifiés et aux portefeuilles non hébergés. »

Dans sa réalisation initiale, Libra n’offrira donc que des monnaies « de gros » réservées à des échanges entre institutions agréées, et on ne pourra pas créer librement de nouvelles monnaies.

Ces restrictions sont évidemment contraires à l’objectif qu’affichait le Livre Blanc original dès sa première page :

« La mission de l’Association Libra est de favoriser le développement d’un système de paiement et d’une infrastructure financière simples et à l’échelle mondiale, au service de milliards de personnes. ».

Enfin, le change entre les monnaies ne sera ni facile ni immédiat.

« Le réseau Libra ne se chargera pas lui-même d’effectuer, fixer ou enregistrer les conversions entre les libras et la monnaie fiduciaire ou d’autres actifs numériques ; à la place, comme indiqué, une telle fonction de change serait assurée par des fournisseurs de services financiers tiers. » (Livre Blanc 2.0 p11).

Ces fournisseurs de services financiers devant eux-mêmes être agréés et respecter toutes les régulations, la fonction de change restera donc entièrement sous le contrôle des autorités monétaires.

Ce que décrit le Livre Blanc 2.0 est donc très éloigné de la proposition de Hayek, et se borne à offrir des variantes « cyber » des principales monnaies nationales, réservées aux transactions entre organismes bancaires et assimilés agréés par les Etats à travers les autorités monétaires et l’Association Libra, et sans réelle possibilité de choix pour les utilisateurs à cause du contrôle des changes.

En se soumettant à l’avance à tous les diktats des autorités de régulation, l’Association Libra tourne le dos au projet disruptif des promoteurs des cybermonnaies comme à celui de Hayek.

On peut prévoir que les autorités monétaires feront tout pour maintenir ces limitations et préserver la souveraineté monétaire des États dont elles sont l’émanation, ce qui placera tôt ou tard l’association Libra devant un choix cornélien : soit trahir son objectif initial, soit trahir sa promesse de se conformer à toutes les règlementations passées, présentes et à venir.

Cela signe-t-il la mort de ce projet ? De qui pourrait venir quand même cette disruption et comment pourrait-elle se réaliser ?

Alors, Libra : disruption ou pas ?

La base technologique de Libra n’est pas en cause. Elle peut toujours héberger un système de monnaies librement concurrentes et facilement échangeables entre elles comme le proposait Hayek. Ses limitations récentes sont artificielles et surajoutées.

Le Livre Blanc originel a été complété par des dispositions visant à apaiser l’opposition des régulateurs, mais le texte original n’a été que très peu modifié, si bien que le document contient de nombreuses contradictions internes qui appelleront tôt ou tard des choix sur lesquels il est peu probable que tous les membres de l’Association soient d’accord, ce qui amènera vraisemblablement cette association à se scinder en un groupe légaliste (dont Facebook) et un groupe rebelle.

S’il se produit, cet éclatement de l’association entraînera une scission (fork) du système, comme Bitcoin en a connu de nombreuses. Les validateurs dissidents mettront en œuvre leur propre version du logiciel de validation, en éliminant notamment la vérification des autorisations introduites par le Livre Blanc 2.0, afin que chacun puisse se connecter à l’aide du matériel et logiciel de son choix, en adoptant n’importe quel rôle y compris celui de validateur, comme dans tous les systèmes ouverts.

Ces validateurs construiront leur propre exemplaire du registre en utilisant leurs propres critères de validation, ce qui divisera le réseau en deux parties, définissant des monnaies différentes.

Les sécessionnistes auront certainement à cœur d’exploiter tout le potentiel de Libra : donner un accès libre à tous, accepter toutes les formes de wallets utilisateurs et donner toute liberté pour la création de smart contracts, ce qui ouvre la voie à la définition de nouvelles monnaies et au change décentralisé pair à pair8.

Mais ils devront aussi se protéger et protéger leurs utilisateurs contre la surveillance et l’intrusion en mettant en œuvre toutes les mesures ad hoc déjà utilisées par d’autres systèmes : transactions anonymes protégées contre la réidentification9, effacement des traces dans le réseau.

Cette intention de produire un-fork-de-Libra a déjà été annoncée en octobre 2019 sous le nom « Open Libra » par un consortium d’une trentaine d’entreprises et d’organisations à but non lucratif non liées à l’Association Libra. Ce projet semble actuellement peu actif, mais ses promoteurs viendraient évidemment en renfort des sécessionnistes de Libra.

Enfin, il ne faut pas exclure un voire plusieurs développements ex nihilo, ou plus vraisemblablement sur la base d’autres infrastructures telles que Ethereum, EOS ou Cardano. Notons que la Fondation Ethereum fait partie du projet Open Libra.

Au total, il est raisonnable de parier que, tandis que l’Association Libra restera inféodée aux autorités étatiques et respectueuse de leur souveraineté monétaire, les fonctions disruptives du Libra originel seront bien offertes par un ou plusieurs systèmes.

Ces systèmes constitueront bien une mise en œuvre sous forme de cybermonnaies du schéma proposé par Hayek, et seront violemment combattus par les autorités étatiques. Reste à savoir quelle en sera l’utilisation effective, et quel « ordre spontané » émergera de cette confrontation.

  1. Texte disponible en ligne
  2. L’usage établi distingue Bitcoin et Libra d’un côté, noms propres s’écrivant avec une majuscule et sans article défini, et de l’autre côté le bitcoin et la libra (et non le libra), noms communs s’écrivant sans majuscule et précédés d’un article. Les noms propres Bitcoin et Libra désignent des systèmes informatiques, à l’instar de Word ou Internet, alors que les noms communs bitcoin et libra désignent des unités de compte, de la même façon que l’euro ou le dollar. La distinction est importante dans la mesure notamment où certains systèmes comme Libra permettent la cohabitation de plusieurs unités de compte (ou monnaies).
  3. Économiste et philosophe autrichien (1899 – 1992), prix Nobel d’économie en 1974.
  4. Texte disponible en ligne à http://www.iea.org.uk/publications/research/denationalisation-of-money.
  5. Libra utilise un format du registre particulier, qui n’est pas celui d’une chaîne de blocs bien que la documentation parle de « Libra blockchain ». Il utilise également un protocole de consensus particulier différent de la « preuve de travail » utilisé notamment par Bitcoin.
  6. Traduit habituellement par  portefeuille. Mais contrairement à un portefeuille, un wallet ne contient pas de monnaie, mais uniquement les clés d’accès au Registre, et peut en revanche assurer de nombreuses autres fonctions. « Porte-clés » serait un équivalent plus exact, mais j’utiliserai le mot wallet.
  7. Texte disponible en ligne à https://www.bis.org/cpmi/publ/d187.pdf, octobre 2019.
  8. Dans le change pair à pair, chaque utilisateur peut inscrire des propositions de change dans le Registre. Son wallet consulte le Registre pour présenter les propositions complémentaires compatibles et permet une négociation. L’opération de change est effectuée directement entre utilisateurs sans intervention d’un tiers spécialisé. Plusieurs systèmes offrent déjà cette fonctionnalité, mais elle est relativement peu utilisée car elle ne peut donner satisfaction qu’avec un grand nombre de participants.
  9. Procédé permettant d’associer les numéros de compte à leurs propriétaires par une analyse approfondie du Registre.
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  • J’ai rien compris…
    En tant que citoyen, consommateur, salarié, propriétaire de biens mobiliers et immobiliers, l’une des conditions sine qua non de ma liberté est la maitrise de mon patrimoine. Cette maitrise est non seulement la libre disposition de ce que je possède (droit de dépenser ce que je veux comme je veux, céder à qui je veux etc) MAIS la maitrise est aussi la compréhension de ce que j’ai. Voir mieux : si je ne comprends pas ce que je possède, je ne le maitrise pas, donc je n’ai pas la liberté de l’utiliser.
    Pour faire clair : si j’hérite par exemple d’un instrument financer trop complexe pour ma compréhension (des reverse turbos adossés à machin truc en devise sur tracker à échéance en split option bazar bidule), ben à part le regarder, je ne « sais » rien en faire, je n’ai pas la liberté de l’utiliser.
    Et c’est pareil avec les libras : les citoyens posséderaient un « truc » qui a une valeur faciale, mais dont le fonctionnement lui échappe totalement.
    Si le bon vieux cash est si prisé par certains, c’est qu’il a un avantage indéniable : sa maitrise. J’ai 10 euro, je peux cacher, brûler, donner, perdre aussi, acheter, etc avec un bout de papier physique.
    Ces monnaies virtuelles sont une boite noire mystérieuse dépossédant les individus de leur patrimoine.

    • Pa de problème. Ce que veulent les promoteurs des cybermonnaies (comme Hayek..) c’est que chacun puisse utiliser la ou les monnaies de son choix. Ceux qui pensent comme vous que les « monnaies virtuelles » « dépossèdent les individus » ont une solution simple : ne pas les utiliser.
      Mais il y a aussi des gens qui pensent que ce sont les monnaies d’État qui dépossèdent les individus à travers la création monétaire à tout va. Pour ceux-là, les cybermonnaies sont une solution. Chacun son truc …

      • Certes je ne comprends pas les mécanismes macro-économiques de création de monnaie, mais ya un truc qui me turlupine : une unité de n’importe quelle monnaie a une valeur. Pour payer mon pain, si j’emploi du libra, du yen, de l’euro ou des colifichets, c’est parce que le vendeur dit que son pain vaut X unités de monnaie, quelle qu’elle soit.
        L’Etat qui m’envoie si gentiment une feuille d’impôt chaque année pourra accepter toutes ces monnaies qu’il veut tant que la valeur totale correspond, après change, à sa demande initiale en euro.
        Donc, en tant que citoyen ou consommateur, je ne vois pas l’intérêt au quotidien.
        Cependant, là où je vois un intérêt pour certaines personnes, c’est la complexité du bazar qui fait que des gens très compétents dans le domaine vont se faire de l’argent à gogo en créant ex nihilo de la valeur totalement déconnecté de la réalité. Pas de biens physiques, pas de travail, juste des lignes de code virtuel.
        Et comme dans tout système, parfois ça crash. Sauf qu’il n’y aura pas de responsables, juste des bugs ou des effets en cascade non désirés. ET qui va en pâtir ? Eeeehhh oui, le petit citoyen de base qui n’aura rien demandé à personne.

        • Dans un monde de monnaies concurrentes, si vous payez votre pain en yens, c’est que le boulanger est d’accord. Et si vous décider de garder des colifichets sur votre compte, c’est que vous croyez qu’ils vont conserver leur valeur, sinon vous vous en débarrasseriez vite fait bien fait.
          Dans le monde actuel, vous n’avez pas le choix. Donc les seuls qui peuvent « se faire de l’argent à gogo en créant ex nihilo de la valeur totalement déconnecté de la réalité » ce sont les États et leurs annexes.
          S’il y avait concurrence, ceux qui essaieraient de le faire seraient éliminés parce que vous refuseriez leur monnaie.

    • Plusieurs attitudes sont possibles :
      Comprendre le marché, ou faire confiance au marché, ou passer son chemin.
      C’est valable pour chacun des biens que vous citez : immobiliers, mobiliers, cash, et aussi cryptomonnaies.

    • Et vous pensez maîtriser tous les mécanismes cachés derrière votre « bout de papier physique » ?
      La seule question à vous poser avec votre moyen de paiement : à l’instant t, j’ai pu acheter 5 carambars avec ma monnaie « Schmurf », est-ce qu’à l’instant t+Theta j’ai pu en acheter autant ?

    • « J’ai rien compris… »
      Rien de surprenant…

      Plus sérieusement, les réactions des autorités spécifiquement à l’encontre de Libra, beaucoup plus violentes qu’envers n’importe quelle autre cryptocurrency, démontrent en creux que Libra est ce qui s’approche le plus d’une véritable concurrence face aux monopoles monétaires.

      C’est la caractéristique de panier des monnaies nationales qui a provoqué le déferlement insensé de haine pure. C’est donc le chemin à suivre pour concurrencer les monopoles nationaux, pour échapper à la tutelle illégitime des pouvoirs monétaires monopolistiques, essentiels à la survie des Etats obèses, mais qui seraient inutiles pour des Etats régaliens limités.

      • La monnaie est une chose trop importante pour la confier à des financiers qu’ils soient nationaux ou en aient revétu les habits (Zukerberg)

      • Cavaignac, je sais que vous êtes très intelligent mais malheureusement exécrable pédagogue, donc je ne vais pas pouvoir compter sur vous pour m’expliquer simplement en quoi la concurrence des monnaies serait bénéfique pour le commun des mortels dans leur vie quotidienne, ni comment cette concurrence peut avoir lieu, ni comment le dérèglement du marché monétaire quotidien ne provoquera jamais de crash.

        • Je vais vous aider : essayez de lire le livre de Hayek en référence, ou sa traduction en français, ou mon analyse de ce bouquin https://www.contrepoints.org/2011/09/08/44835-denationaliser-la-monnaie

          • J’ai trop de lectures en retard que pour me lancer dans Hayek, surtout sur un sujet aussi pointu. Cependant, j’ai lu avec intérêt l’article en lien et ça m’éclaire déjà mieux.
            Cependant, le dernier paragraphe me laisse songeur : vous admettez vous-même qu’il y a des grandes chances que l’offre pléthorique ne se réduisent au final à quelques grandes monnaies. Créer une monnaie, la diffuser, la promouvoir, demandant temps, ressources et moyens, cela restera réservé à des grands groupes ou conglomérats ou entreprises. Et le citoyen lambda naviguera entre quelques gros opérateurs. Ma main à couper que le schéma suivant sera fréquent : entreprise X a créé la monnaie Xro. Elle accepte toutes les monnaies mais ocroit une réduction si payement en Xro. N’est-ce pas une distorsion de la concurrence ?
            Et quid des payements à terme ? Certes, c’est déjà le cas avec les payements en devise, avec adossement à des assurances et tout le bazar, ce qui représente des surcoûts.
            Pour l’inflation, n’est-ce pas le propre même de toute croissance ?

            • Votre réduction revient à dévaluer la monnaie. Les porteurs de cette monnaie s’en débarrasseront pour une monnaie plus forte. La distorsion de concurrence sera immédiatement punie grâce à la concurrence monétaire.

              En ce qui concerne la dernière question, l’évolution de la quantité de monnaie au même rythme que la croissance ne génère pas d’inflation.

              • Mouais.
                Mais aussi, je doute quelques peu que les gens soient très emballés par l’idée de devoir passer du temps chaque matin à regarder la valeur de l’entièreté de leurs biens en monnaies diverses pour s’assurer qu’ils ne perdent pas leur plumes pour des raisons totalement obscures (comme quand une cryptomonnaie prend 10% ou perd 10%).
                Si tous les soirs je dois me coucher en m’inquiétant de savoir si je fais bien d’avoir mon compte en banque en monnaie X au lieu de Y ou Z ou W, c’est pas terrible.
                Une chose dont je suis sûr, c’est que les acteurs économiques aiment la stabilité. Et cette concurrence sur les monnaies n’apportent pas de stabilité, mais de l’insécurité.

              • J’ai repensé à ce que vous dites : réduction = dévaluation de la monnaie. N’est-ce pas plutôt l’inverse ?
                Avec 10 euro, je peux acheter 10 objets de la société X.
                Avec 8 Xro, je peux acheter 10 objets de la société X.
                Les porteurs de cette monnaie Xro seront ravis d’en avoir s’ils sont clients réguliers de la société X. Cette monnaie sera toujours utilisable à cours normal ailleurs.

  • « […] le but des monopoles monétaires est essentiellement fiscal, il ne s’agit pour les hommes de l’état que de VOLER LES AUTRES. » [François GUILLAUMAT et Georges LANE, bulletin ALEPS N° 131] La raison première de la création des cryptos a été justement de contourner la main mise étatique via les banques centrales. On comprend bien dès lors, que les hommes de l’état utilisent à fond leur monopole de coercition pour entraver l’essor des cryptos. Les prédateurs de l’état ne veulent à aucun prix voir leur échapper leur meilleure arme de spoliation massive. L’histoire de la monnaie n’est rien d’autre qu’une course-poursuite entre les innovations de la société civile et la prédation des voyous légaux. C’est une lutte silencieuse mais féroce, qui est en cours.

  • Merci à l’auteur de cet article très intéressant, qui a le grand mérite de nous donner des informations sur l’actualité des cryptos. Car côté médias subventionnés, c’est plutôt motus et bouche cousue.
    Même si le projet Libra se limite aujourd’hui à des monnaies nationales bis, il aura au moins l’intérêt d’initier beaucoup plus de gens à l’usage des cryptos.
    Il existe une excellente traduction de l’ouvrage de Hayek en français, sous le titre : « Pour une vraie concurrence des monnaies », éditée au PUF.

  • Bonjour,
    Le souci c’est que je suis payé en euro.
    Et 1 euro =1 euro.
    Le probléme, c est que toutes ces monnaies , libra ou crypto ne se definissent pas par rapport à elle même. Evacuons le libra qui n’est qu’une monnaie electronique adossée à un panier de devise, le tout embarqué dans une blockchain, qui finalement ne révolutionne pas grand chose. Les crypto par contre fluctue beaucoup trop, et se definissent par rapport à une devise connue, je ne voie pas trop comment cela peut constituer une monnaie du quotidien. Pour moi c’est un actif financier amelioré, c’est tres bien mais dans mon quotidien je fais comment et mon commerçant il fait comment? Si j’en possède je souhaite le garder et pas payer mes endives avec…
    Encore une fois je suis payé en euro…
    Si quelqu’un pouvait m’ expliquer, je suis preneur.
    J’ai fêté mes 85 ans, et je suis à mon grand regret dépassé….

    • Chacun fait ce qu’il veut, notamment changer ses euros en libras ou en bitcoins, et vice-versa. Dans le monde idéal de la concurrence entre monnaies, rien ne vous oblige à utiliser une monnaie qui ne vous convient pas.
      NB : moi aussi j’ai fêté mes 85 ans, il y a déjà un bon moment.

      • Mais le libra n’existe pas…
        Et personne autour de moi n’accepte le bitcoin…..
        Encore une fois si j’avais du bitcoin, je le conserverai pour spéculer dessus car il s’ agit simplement d’un actif financier, limite miraculeux car il ne repose sur absolument rien de rien. C’est juste un pari sur un certain futur…
        In fine la valeur totale du bitcoin devrait avoisiner son coup de production en electricité rien de plus…
        Encore une fois je suis payé en euros et le bitcoin se définit par rapport à l’euro pour moi.
        Je ne suis absolument pas convaincu que le bitcoin soit une monnaie du moins pour mon quotidien….
        Donc votre réponse à mon commentaire de neophyte ne m’apporte aucun éclairage.
        Merci tout de même

        • Encore une fois, rien ne vous oblige à utiliser la libra, le bitcoin ou n’importe laquelle des 5889 cybermonnaies recensées ce jour.
          Et avez-vous pensé que d’après votre raisonnement, l’euro devrait valoir très exactement zéro ?

          • Encore une fois personne n’accepte les crypto dans mon quotidien….

          • L’ euro vaut zero oui comme un certains nombres de monnaies mais tout le monde les accepte. Les cryptos valent quoi reellement ? Zero aussi , le libra adossé sur un panier de devises qui valent zéro vaut zéro aussi.
            Seul le métal vaut ….

          • D’ailleurs si un bitcoin vaut 10000 dollars, et que le dollar comme nous le savons tous vaut zéro, le bitcoin vaut 10000 X 0 , ce qui fait zéro

        • Le libra est différent du bitcoin. Les réactions des autorités sont un bon indicateur de leur peur face à la pertinence de telle ou telle proposition monétaire concurrente.

          • Je l’avais bien compris. Mais le libra n’existe pas pour l’instant du moins….
            Je comprends votre raisonnement . Même cette idée d’ indexation sur un panier de valeur parait les déranger. A moins que ce ne soit les banques qui sentent avec appréhension l’arrivée d’un nouveau concurrent qui n’appartient pas à leur sérail . Je les comprends, le monde qui vient va voir arriver un nouveau consommateur connecté 24h sur 24 trés different de ma génération , adepte du virtuel et du pari sur tout et n’importe quoi…

          • les pays ont peur d’une réelle concurrence. Le bitcoin c’est trop anecdotique et geek pour remplacer le dollar ou l’euro. Mais un truc avec une assise populaire touchant 2 milliards de personnes potentielles et avec une ergonomie d’utilisation améliorée c’est sûr que c’est plus dangereux.

      • Le monde ideal n’existe que dans les theories economiques…

        • Tout à fait d’accord. Les économistes ont le chic pour ne jamais être capable de prédire quoi que ce soit. Ils expliquent le passé, et quand une crise survient, ya toujours l’une ou l’autre école de pensée qui pourra dire « je l’avais dit » au moins pour celle-là mais pas pour la précédente ni la suivante. En gros, du pifomètre.

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Par Simone Wapler.

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C’est le fruit de la réglementation qui depuis 2020 oblige ces plateformes de mise en correspondance de communiquer à l’administration française l'identité des personnes cumulant plus de 3000 euros annuels de ventes ou effectuant plus de 200 ventes annuelles. Pour les locations meublées, le pl... Poursuivre la lecture

Par Gérard Dréan.

Sur la chaîne américaine CNBC, Nassim Nicholas Taleb, le célébrissime auteur du livre Black Swan, s’en est récemment pris au bitcoin, et à travers lui aux cryptomonnaies en général, en déclarant :

Ça a toutes les caractéristiques d’un schéma de Ponzi. Tout le monde sait que c’est un Ponzi.

Les critiques de Taleb

Eh bien non. Malgré tout le respect que j’ai pour Taleb, moi je ne le sais pas. D’ailleurs je me méfie toujours quand quelqu’un dit « tout le monde sait que… » En général, c’est qu’on n’a pas de ... Poursuivre la lecture

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