Betterave à sucre : la (non) réponse du gouvernement aux agriculteurs

L’interdiction des pesticides fait sentir ses premiers effets catastrophiques sur la betterave à sucre mais le ministre reste sourd aux appels répétés.

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Betterave à sucre : la (non) réponse du gouvernement aux agriculteurs

Publié le 1 août 2020
- A +

Par André Heitz.

La catastrophe de la betterave à sucre affectée par le virus de la jaunisse transmis par les pucerons fait l’actualité médiatique (petitement) et politique.

Une lettre ouverte au Président de la République

L’Opinion a publié le 29 juillet 2020 une tribune d’une centaine d’élus, une lettre au Président de la République, « Halte au sabordage de la filière betteravière ».

Voici le chapô de L’Opinion :

« Une centaine d’élus – quatre présidents de régions, des députés, des sénateurs – adressent une lettre ouverte au président de la République. Ils soulignent l’urgence de redonner à la filière betterave (sucre-alcool-bioénergie…), les moyens de protéger ses cultures et d’exister. Sans cela, elle est promise à une destruction programmée avec des conséquences graves pour la souveraineté alimentaire énergétique et sanitaire de la France. Ils appellent à en finir avec le « virus de la décroissance agricole ». »

Voici l’enjeu économique décrit très brièvement par les signataires :

« … 26 000 betteraviers et 21 sucreries dans nos territoires ruraux, 45 000 emplois directs, premier producteur européen de sucre et de bioéthanol pour plus d’un milliard d’euros d’excédent commercial…

Les planteurs français qui connaissent des niveaux de pertes financières jamais atteints, ne replanteront pas sans avoir la certitude de pouvoir protéger leurs cultures dès la prochaine campagne ! »

La betterave avec pédagogie par Emmanuelle Ducros

Six minutes de pédagogie… et « [m]erci à l’entomologiste Étienne Herrbach, à Christophe Boizard, Benjamin Thirouin et Vincent Guyot pour avoir partagé leurs expériences et images. »

 

Le « c’est pas de notre faute » du ministre M. Julien Denormandie

C’est, à l’Assemblée nationale, la séance de questions au gouvernement du 28 juillet 2020. Mme Marianne Dubois, députée Les Républicains du Loiret, interroge le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation Julien Denormandie.

La Confédération Générale des Planteurs de Betteraves d’Île-de-France a fait le choix du politiquement correct, des remerciements aux deux protagonistes.

betterave

(Source)

Il y a pourtant urgence à clarifier la situation.

La question de Mme Marianne Dubois était limpide :

« Monsieur le Premier ministre, allez-vous avoir le courage et l’honnêteté de dire à nos agriculteurs et industriels que vous les abandonnez ? Ou, au contraire, allez-vous avoir le courage de mettre en pratique les paroles présidentielles en permettant l’enrobage protecteur des semis de betteraves dès 2021, dans l’attente d’une autre solution technique viable ? »

Réponse de M. Julien Denormandie, en bref : c’est pas de notre faute. En plus développé, en omettant les passages inutiles, polémiques :

« […] il faut trouver une solution. […] Voilà trois semaines que je travaille d’arrache-pied pour trouver une issue à la crise. Parlons franchement : le Gouvernement actuel est en train de mettre en application une loi votée en 2016. Voilà la réalité ! Je respecte le pouvoir législatif que vous représentez. Où est donc la proposition de loi que vous auriez pu déposer depuis quatre ans pour dire aux Français que vous voulez revenir sur l’interdiction des néonicotinoïdes ? Chacun doit assumer ses responsabilités ! Je respecte le secteur de la betterave, si important pour notre souveraineté alimentaire, et ne l’abandonnerai jamais ! Mais le pouvoir exécutif ne peut pas changer la loi sans le concours du pouvoir législatif. On a donc aujourd’hui un choix : soit on change la loi, soit on offre à la filière un soutien financier massif. Nous travaillons sur la question avec le Premier ministre, mais chacun doit assumer ses responsabilités. Je m’engage, devant toute la filière, à travailler autant qu’il le faudra pour trouver des solutions[…]  »

Comment ne pas ressentir de l’exaspération devant ce genre de verbiage, cette paralysie gouvernementale qui sacrifie – sciemment dans son cas (il est ingénieur agronome) – une filière agricole et industrielle de grande importance au profit de la chasse aux voix vertes pour la prochaine élection présidentielle ?

Trouver des solutions ? C’est simple ! À court terme, annoncer que le gouvernement accordera l’année prochaine une dérogation pour l’enrobage des semences avec les meilleurs néonicotinoïdes (attention : pas que pour la betterave). À plus longue échéance, modifier les lois stupides.

Il faut du courage ? Il faut au commencement le courage de la pédagogie.

C’est faire preuve d’indigence civique que de se défausser sur la loi adoptée sous la législature précédente – incidemment sous la pression de députés aujourd’hui dans la majorité et d’une députée aujourd’hui au gouvernement –, de renoncer implicitement au pouvoir de l’exécutif d’initier des lois, et d’attendre de l’opposition qu’elle prenne l’initiative d’une proposition de loi qui sera évidemment combattue par les crypto-verts de LaREM.

Notre pays part à vau-l’eau.

Pour sauver la betterave, la « solution » Pompili : taxons !

Pour les commentaires désabusés, on a vraiment le choix. En voici un échantillon :

betterave

En guise de conclusion

(Source)

Post-scriptum

Qu’importe si toute une filière socio-économique s’effondre : Générations Futures

betterave

(Source)

C’est une « alerte » que ce « Générations Futures s’oppose fermement aux insecticides néonicotinoïdes dans les plantations de betteraves ! » publié le 30 juillet 2020. Nous atteignons là un pic d’imbécillité (qui sera sans doute dépassé – l’intelligence a des limites biologiques, la bêtise non).

Une filière tire la sonnette d’alarme, voire fait hurler la sirène et

« « Face à la pression des betteraviers, Générations Futures se positionne fermement contre d’éventuelles dérogations accordées à des néonicotinoïdes pour la culture de la betterave car ces substances sont trop dangereuses pour l’environnement et la santé pour être utilisées en agriculture. De telles dérogations constitueraient une régression inacceptable en matière de politique agricole et de santé environnementale, totalement incompatible avec les objectifs affichés par le gouvernement dans ces domaines. » déclare François Veillerette, Directeur de Générations Futures. »

Les néonicotinoïdes ont été utilisés pendant des années en enrobage des semences de betteraves. Aurait-on constaté un danger (n’évoquons même pas le risque) ? Un danger qui aurait manifestement disparu avec leur interdiction ? Un danger que l’on pourrait constater par une comparaison avec la situation dans les pays voisins qui, plus pragmatiques, ont accordé des dérogations ?

Nous allons dans le mur, mais il ne faut surtout pas modifier la trajectoire… ce serait « une régression inacceptable » !

Beati pauperes spiritu…

Sur le web

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  • Chez LaRem, l’intelligence a des limites bobo-biologiques

  • il est temps de trouver une alternative à l’agriculture pour nourrir l’humanité, il faut avoir le courage de regarder l’anthropophagie avec un œil débarrassé de nos préjugés patriarcaux de suprématistes blancs.

    en outre comme je l’ai entendu dire le sucre est un « poison »…

    rappelez moi, quels effets sanitaires ont les pesticides sur la population française?

  • Ce qui est valable pour le secteur de la betterave à sucre est valable pour tous les autres secteurs…

    • chez moi , l’interdiction de lutter contre les nématodes fout en l’air la filière carotte…

      le principe de précaution c’est ça..

      on ne peut pas prendre des mesures de précaution proportionnées quand on ne connait pas le problème sur le plan quantitatif..

      on a mis dans la tête des gens qu’il existe un problème avec les pollinisateurs… on leur a fait remarquer que les pollinisateurs sont importants..sinon essentiels à la vie..

      donc on interdit les néonic…

      une remarque les voitures tuent aussi des abeillles…

      en clair ça va changer quoi pour les pollinisateurs d’interdire les néonic??? moi je ne sais pas trop..mais je sais ce que ça va changer pour les betteraviers!!!

      « quoi qu’il en coûte… »

  • Nos pauvres agriculteurs en voie de disparition, qui les sauvera, Brigitte, au secours.
    Une nouvelle lue a2h du matin, canicule oblige, les agriculteurs ont besoin de demander une autorisation pour couper l’herbe… Des jachères payées 80 euros l’hectare pour conserver la biodiversite…alors pour les betteraves…. et puis, tant pis pour l’alcool ajoutee à l’essence, le sucre des vignerons et le petit carré blanc dans le café noir à l’ombre d’un brasero en se grillant une cigarette.

    • ça ça ne me choque pas, si vous touchez une subvention pour laisser une jachère..normal,

      c’est en amont , accepter des subventions est une folie… vous acceptez une supervision bureaucratique avec..

    • Qui aura notre peau?,les cours très bas,les réglementations en tout genre ou la météo de moins en moins tempérée:beaucoup d’eau par periode puis plus rien,des années de plus en plus sèches et chaudes(en Mayenne pas d’eau depuis 2 mois et rien en vue)

  • Ce qui est redoutable en France, et qui a des conséquences rédhibitoires est que jamais, lorsqu’on impose une loi, un décret ou quelconque règle administrative, on ne prend jamais le temps de faire une étude prospective de toutes les retombées et incidences qui en découleront.

    • Si si, mais seules les retombées électorales sont prises en considération.

    • Oh comme c’est vrai !!! depuis plus d’un an on est harcelés par des offres d’isolation à 1 € mais vous a-t-on jamais proposé au préalable une étude thermique sérieuse ??? Bien sur que non il s’agit de faire nombre sans se préoccuper de l’efficacité puisque çà suffira pour expliquer aux dictateurs verts que l’on mérite d’être réélu après tous les efforts consentis

  • ça veut dire que l’année prochaine je vais me faire défoncer sur le prix du sucre et de l’alcool.
    Bon bah c’est bientôt fini pour moi…

  • Ne pourrait-on pas au moins autoriser temporairement ces traitements?
    Lorsqu’il y a un incendie on balance de l’eau sans se préoccuper de ce qu’il t’a en dessous..

    • non on aura un logo sucre français…

      les gens l’ont dit , ils veulent « local », le prix: pas important.. il «  »suffit que les prix des denrées double et voili voilou..problème résolu.

      bon sinon il faut que les dérogations soient compliquées à obtenir sinon on pourrait imaginer que les interdictions sont peu fondées..

      • « le prix: pas important..  »
        Pas important jusqu’au jour où il faut le payer ce fameux prix. Et à ce moment là… Cela risque de tanguer un peu. 🙂 🙂
        Mais pas de manique, les coupables sont déjà trouvés: le néoturbo libéralisme, le capitalisme débridé et ses accolytes la finance apatride et la mondialisation. 🙂

  • Comme disait ma grand mère: »le mieux est l’ennemi du bien ».

    • Votre grand-mère qualifiait les escrologistes de « mieux » ? Je ne vois aucun « mieux » chez les escrologistes, juste du nihilisme démentiel.

  • Si on suit la logique de génération future, ce sera no futur pour l’agriculture.

    • Comme il n’y a déjà plus de futur pour l’industrie, exit celle de l’automobile et de l’aéronautique, jusqu’où Macron va-il lécher le cul des écolos-gauchistes?

  • Quel aveuglement et quelle pleutrerie de la part du gouvernement! C’est franchement décourageant.

  • 2015 : « Cuba se tourne maintenant vers l’agroforesterie à une vitesse et une ampleur inégalées. Et c’est un succès »

    2018 : « Autrefois roi du sucre, Cuba doit désormais en importer à cause d’une récolte désastreuse  »

    Prenons exemple sur Cuba ! ( et, c’est certain, tout va bien se passer )

  • Interdictions, taxes, subventions et décroissance : ce gouvernement est socialiste, chimiquement pur.

  • Non seulement incompétents mais criminels. Après le covid la betterave!

  • « Beati pauperes spiritu »

    Bienheureux les fêlés, car ils laisseront passer la lumière.

  • Quand le personnel politique décide de quoi que ce soit ce n’est pas la raison qui le guide c’est sa réélection.

  • En Mayenne ,beaucoup de champs de betterave fourragères sont touchés,on en verra sans doute pas beaucoup l’année prochaine.L’orge est aussi concernée par la jaunisse.

  • Barbara Pompéi, ministre de l’écologie.

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