Betterave à sucre : la (non) réponse du gouvernement aux agriculteurs

Beta vulgaris Cercospora leaf spot by Scot Nelson-Domaine public — Scot Nelson,

L’interdiction des pesticides fait sentir ses premiers effets catastrophiques sur la betterave à sucre mais le ministre reste sourd aux appels répétés.

Par André Heitz.

La catastrophe de la betterave à sucre affectée par le virus de la jaunisse transmis par les pucerons fait l’actualité médiatique (petitement) et politique.

Une lettre ouverte au Président de la République

L’Opinion a publié le 29 juillet 2020 une tribune d’une centaine d’élus, une lettre au Président de la République, « Halte au sabordage de la filière betteravière ».

Voici le chapô de L’Opinion :

« Une centaine d’élus – quatre présidents de régions, des députés, des sénateurs – adressent une lettre ouverte au président de la République. Ils soulignent l’urgence de redonner à la filière betterave (sucre-alcool-bioénergie…), les moyens de protéger ses cultures et d’exister. Sans cela, elle est promise à une destruction programmée avec des conséquences graves pour la souveraineté alimentaire énergétique et sanitaire de la France. Ils appellent à en finir avec le « virus de la décroissance agricole ». »

Voici l’enjeu économique décrit très brièvement par les signataires :

« … 26 000 betteraviers et 21 sucreries dans nos territoires ruraux, 45 000 emplois directs, premier producteur européen de sucre et de bioéthanol pour plus d’un milliard d’euros d’excédent commercial…

Les planteurs français qui connaissent des niveaux de pertes financières jamais atteints, ne replanteront pas sans avoir la certitude de pouvoir protéger leurs cultures dès la prochaine campagne ! »

La betterave avec pédagogie par Emmanuelle Ducros

Six minutes de pédagogie… et « [m]erci à l’entomologiste Étienne Herrbach, à Christophe Boizard, Benjamin Thirouin et Vincent Guyot pour avoir partagé leurs expériences et images. »

 

Le « c’est pas de notre faute » du ministre M. Julien Denormandie

C’est, à l’Assemblée nationale, la séance de questions au gouvernement du 28 juillet 2020. Mme Marianne Dubois, députée Les Républicains du Loiret, interroge le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation Julien Denormandie.

La Confédération Générale des Planteurs de Betteraves d’Île-de-France a fait le choix du politiquement correct, des remerciements aux deux protagonistes.

betterave

(Source)

Il y a pourtant urgence à clarifier la situation.

La question de Mme Marianne Dubois était limpide :

« Monsieur le Premier ministre, allez-vous avoir le courage et l’honnêteté de dire à nos agriculteurs et industriels que vous les abandonnez ? Ou, au contraire, allez-vous avoir le courage de mettre en pratique les paroles présidentielles en permettant l’enrobage protecteur des semis de betteraves dès 2021, dans l’attente d’une autre solution technique viable ? »

Réponse de M. Julien Denormandie, en bref : c’est pas de notre faute. En plus développé, en omettant les passages inutiles, polémiques :

« […] il faut trouver une solution. […] Voilà trois semaines que je travaille d’arrache-pied pour trouver une issue à la crise. Parlons franchement : le Gouvernement actuel est en train de mettre en application une loi votée en 2016. Voilà la réalité ! Je respecte le pouvoir législatif que vous représentez. Où est donc la proposition de loi que vous auriez pu déposer depuis quatre ans pour dire aux Français que vous voulez revenir sur l’interdiction des néonicotinoïdes ? Chacun doit assumer ses responsabilités ! Je respecte le secteur de la betterave, si important pour notre souveraineté alimentaire, et ne l’abandonnerai jamais ! Mais le pouvoir exécutif ne peut pas changer la loi sans le concours du pouvoir législatif. On a donc aujourd’hui un choix : soit on change la loi, soit on offre à la filière un soutien financier massif. Nous travaillons sur la question avec le Premier ministre, mais chacun doit assumer ses responsabilités. Je m’engage, devant toute la filière, à travailler autant qu’il le faudra pour trouver des solutions[…]  »

Comment ne pas ressentir de l’exaspération devant ce genre de verbiage, cette paralysie gouvernementale qui sacrifie – sciemment dans son cas (il est ingénieur agronome) – une filière agricole et industrielle de grande importance au profit de la chasse aux voix vertes pour la prochaine élection présidentielle ?

Trouver des solutions ? C’est simple ! À court terme, annoncer que le gouvernement accordera l’année prochaine une dérogation pour l’enrobage des semences avec les meilleurs néonicotinoïdes (attention : pas que pour la betterave). À plus longue échéance, modifier les lois stupides.

Il faut du courage ? Il faut au commencement le courage de la pédagogie.

C’est faire preuve d’indigence civique que de se défausser sur la loi adoptée sous la législature précédente – incidemment sous la pression de députés aujourd’hui dans la majorité et d’une députée aujourd’hui au gouvernement –, de renoncer implicitement au pouvoir de l’exécutif d’initier des lois, et d’attendre de l’opposition qu’elle prenne l’initiative d’une proposition de loi qui sera évidemment combattue par les crypto-verts de LaREM.

Notre pays part à vau-l’eau.

Pour sauver la betterave, la « solution » Pompili : taxons !

Pour les commentaires désabusés, on a vraiment le choix. En voici un échantillon :

betterave

En guise de conclusion

(Source)

Post-scriptum

Qu’importe si toute une filière socio-économique s’effondre : Générations Futures

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(Source)

C’est une « alerte » que ce « Générations Futures s’oppose fermement aux insecticides néonicotinoïdes dans les plantations de betteraves ! » publié le 30 juillet 2020. Nous atteignons là un pic d’imbécillité (qui sera sans doute dépassé – l’intelligence a des limites biologiques, la bêtise non).

Une filière tire la sonnette d’alarme, voire fait hurler la sirène et

« « Face à la pression des betteraviers, Générations Futures se positionne fermement contre d’éventuelles dérogations accordées à des néonicotinoïdes pour la culture de la betterave car ces substances sont trop dangereuses pour l’environnement et la santé pour être utilisées en agriculture. De telles dérogations constitueraient une régression inacceptable en matière de politique agricole et de santé environnementale, totalement incompatible avec les objectifs affichés par le gouvernement dans ces domaines. » déclare François Veillerette, Directeur de Générations Futures. »

Les néonicotinoïdes ont été utilisés pendant des années en enrobage des semences de betteraves. Aurait-on constaté un danger (n’évoquons même pas le risque) ? Un danger qui aurait manifestement disparu avec leur interdiction ? Un danger que l’on pourrait constater par une comparaison avec la situation dans les pays voisins qui, plus pragmatiques, ont accordé des dérogations ?

Nous allons dans le mur, mais il ne faut surtout pas modifier la trajectoire… ce serait « une régression inacceptable » !

Beati pauperes spiritu…

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