L’interdiction des produits phytosanitaires tue les agriculteurs

Betterave by INRA DIST (CC BY 2.0) — CC-BY

Comment les mesures écologiques et législatives prises par le gouvernement sont en train de mener droit à une catastrophe économique, écologique dans le monde agricole et au-delà.

Par Wackes Seppi.

Il n’est pas de notre intention d’accabler le nouveau ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation Julien Denormandie. Qu’il s’installe dans sa nouvelle fonction et fasse ses preuves.

Le 16 juillet 2020, il a été interpellé au Sénat par M. Pierre Cuypers, sénateur les Républicains de la Seine-et-Marne et exploitant agricole.

Voici ce qu’en retient le compte-rendu de la séance :

« Menaces sur la betterave

M. Pierre Cuypers :

– (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) En août 2016, le gouvernement œuvrait pour l’interdiction, au 1er septembre 2018, de certains produits phytosanitaires dont la non-dangerosité pour l’homme est pourtant prouvée.

Le président de la République de l’époque avait conditionné l’arrêt à l’existence de produits de substitution.

Or les alternatives proposées par l’Anses sont inefficaces et contre-productives, vous avez pu vous en rendre compte mardi.

Le gouvernement ruine les cultures françaises, en particulier celle de la betterave, attaquée par une invasion de pucerons transmettant la jaunisse virale, qui entraîne une perte de rendement de 30 % à 70 %. C’est inadmissible alors que vous connaissiez depuis des mois les risques économiques et sociaux.

Sans mesures dans les quinze jours, il n’y aura plus d’alcool, de gel hydroalcoolique, de sucre ni de nourriture animale produits localement. Il faudra importer. Voulez-vous anéantir la filière ?

(Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et sur plusieurs travées du groupe UC)

M. Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’alimentation :

– Je partage votre inquiétude. La jaunisse de la betterave causée par le puceron vert réduit les rendements de 30 % à 40 %, car la betterave ne peut plus faire sa racine tubérisée par manque de photosynthèse.

C’est toute la filière qui est menacée, jusqu’à la sucrerie locale.

Le gouvernement cherche la solution. Il applique une loi de 2016 ; le 14 juillet, pour rendre hommage au monde agricole, je me suis rendu en Seine-et-Marne sur un champ de betterave ; le 15 juillet, j’ai réuni la filière à mon ministère. Soyez assuré de ma détermination totale.

Déroger à la loi est compliqué ; après quatre ans, le produit alternatif n’est toujours pas là. Il faut accélérer, investir dans la recherche. (M. Bruno Sido s’agace.)

Se pose également la question de la compensation. Je prends l’engagement de tout faire, sans démagogie, pour trouver la solution. (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM)

Mme Sophie Primas :

– Vite !

M. Pierre Cuypers :

– Le temps presse. Il faut réapprendre à produire ce dont nous avons besoin, dit le président de la République, tandis que le Premier ministre déplore notre trop grande dépendance à nos partenaires extérieurs.

Je prends acte de vos propos, et de vos contradictions.

J’accuse le gouvernement de la destruction de la filière betterave, de la filière alcool, de fragiliser la production d’énergie et l’alimentation de notre bétail. La filière est au bord du gouffre, il y a urgence. Faites vite ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains ; Mme Nadia Sollogoub applaudit) »

Y a-t-il meilleure description de la pagaille législative et gouvernementale induite par la complaisance envers les thèses de l’écologisme politique, punitif et suicidaire ?

On prend une mesure démagogique que l’on sait irresponsable… On est alerté par la filière dès la mi-avril, mais on ne fait pas suffisamment pour répondre à la crise… On fait le constat amer des conséquences de l’irresponsabilité… « Le gouvernement cherche la solution »… Mais « déroger à la loi est compliqué »…

Il faut changer la loi, M. Julien Denormandie ! L’interdiction des traitements de semences de betteraves avec des néonicotinoïdes est un non-sens agronomique, économique et… environnemental.

Il faut avoir faire preuve de courage et de pédagogie pour expliquer les vrais enjeux de la protection des plantes. Plus généralement, il faut changer de logiciel.

Mais on peut craindre que le mot d’ordre ne soit : « Tout pour la réélection dans moins de 600 jours ! »

Alors tant pis pour les betteraves et tout ce qui en découle.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.