Éducation : pourquoi et comment libérer l’école ?

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Financer l’éducation scolaire et plus les écoles, voilà un véritable changement de fond, pour le meilleur.

Par Jérémie Bongiovanni.

Historiquement, l’État s’est peu à peu substitué aux communautés et à l’Église pour proposer l’éducation scolaire. Aujourd’hui, celle-ci est principalement organisée par les administrations publiques.

Les critiques à l’encontre du système éducatif actuel se concentrent sur des questions pédagogiques et le niveau général des élèves alors que la question de l’organisation du système en soi, de son financement et du rôle que l’État doit jouer dans la transmission des savoirs n’est pas abordée. Quid d’un changement de fond ?

Un système scolaire inefficace

Le système scolaire actuel offre le même programme pour tous les élèves. Quel autre domaine fonctionne encore de la sorte ? Un restaurant propose-t-il une carte avec un menu unique à l’ensemble de ses clients ? Un constructeur automobile propose-t-il un seul modèle de voiture ? Un théâtre propose-t-il une seule pièce au public ? Bien évidemment, non.

C’est à chaque fois les clients, les acheteurs ou le public, c’est-à-dire ceux qui demandent le bien ou le service, qui déterminent ce qu’ils souhaitent consommer. Ainsi, du fait de la variété des natures humaines, l’offre est également variée.

Un restaurant proposera des plats avec et sans viande, un constructeur automobile proposera des voitures électriques ou à essence, et un théâtre proposera des pièces classiques et contemporaines. Chacun diversifiera son offre pour le public, lui aussi divers.

Nulle trace de pareille démarche dans l’enseignement public. L’école refuse cette logique et offre son programme unique à tous, sans distinctions. En d’autres mots, un t-shirt à taille unique malgré tous les différents gabarits des élèves. Dans cette situation il est évident que l’école est inadaptée pour une bonne partie d’entre eux.

Le monopole de l’État sur l’éducation

Comment expliquer que l’école fasse fi de la demande et des besoins variés des élèves, particulièrement dans un monde qui permet désormais de facilement connaître les besoins de chacun ?

L’explication se résume malheureusement à une brève explication : l’État monopolise légalement l’éducation scolaire. La logique en place est celle d’une politique de l’offre, c’est-à-dire de l’État, comme seul offreur de l’éducation scolaire. Penchons-nous sur les problèmes liés à cette approche et au monopole détenu par l’État.

Premièrement, ce monopole incite chacun à en prendre le contrôle afin de définir la direction de l’éducation des générations futures. Lorsque l’on décide de rompre ce monopole de l’État sur l’éducation, cela signifie que l’on refuse de laisser l’éducation à portée de main du pouvoir en place. L’État n’a pas à décréter ce qui est juste ou correct, car la science et les faits n’ont pas de couleur politique.

Par exemple, si l’État décidait de supprimer l’enseignement de langues anciennes, un élève qui souhaiterait les étudier n’aurait aucune alternative et devrait simplement accepter que certaines personnes considèrent désormais que celles-ci sont devenues inutiles. Pourtant, les enseignements ne deviennent pas inutiles seulement parce que l’État le décrète.

Il en va de même pour les différentes approches pédagogiques, qui peuvent être plus ou moins adaptées à un enfant. Certains auront besoin d’une pédagogie avec beaucoup d’autonomie et de prise de risque, alors que d’autres auront besoin d’être encadrés ; certains bénéficieront d’un travail en groupe, d’autres de tâches plus individuelles ; certains profiteront d’un apprentissage par cœur, alors qu’il sera néfaste pour d’autres.

Cependant, le système actuel refuse ces nuances. À la vue de ce constat, il est surprenant que notre société accepte le principe même d’abandonner sa progéniture à une seule institution, à un seul messager pendant plus d’une décennie.

Elle accepte ainsi que des thématiques ne soient jamais traitées à l’école, que certains points de vue soient défendus de la même manière et que l’enfant ne soit exposé qu’à une seule manière de faire. Refuser le monopole, c’est donc promouvoir l’autonomie, la liberté d’exploration et la diversité dans l’enseignement.

Deuxièmement, le monopole dont bénéficie l’État sur l’éducation a des conséquences néfastes sur la qualité de l’enseignement. En effet, il n’existe aucune incitation extrinsèque pour une école et son corps enseignant à mieux faire, à innover, car même si la qualité de l’enseignement offert est inférieure à d’autres établissements, les élèves ne pourront pas partir.

Une fois que cela est établi, il est irrationnel pour une école et son corps enseignant de travailler plus ou mieux. Ce qui empêche la plupart des enseignants de quitter un tel système, c’est principalement la sécurité de l’emploi et les autres avantages liés à leur place, peu remise en question.

Troisièmement, le monopole de l’État nous a convaincu, avec le temps, de l’incapacité des individus à proposer un enseignement scolaire de qualité égale, voire supérieure à celui proposé par l’État. Dans son refus de la concurrence, il met en avant les avantages de l’école publique en expliquant qu’elle est la seule option et qu’aucune alternative crédible n’existe pour garantir ce service de qualité à la population.

Cette position peu argumentée correspond à ce que l’on peut qualifier de rente de l’imposture. Au final, si l’école publique est indubitablement supérieure à l’école privée, elle serait aussi plébiscitée dans un système concurrentiel. Si le système rejette la concurrence, c’est probablement plus parce qu’il préfère garder son privilège, par la loi, plutôt que de se confronter au libre choix des individus. C’est pour ces raisons que les libéraux remettent en question le monopole de l’État dans l’éducation.

Ne plus financer les écoles mais l’éducation scolaire

Afin d’assurer l’adaptation permanente du système éducatif à la demande des parents et aux besoins des élèves, il faut que ceux-ci puissent disposer d’une véritable liberté de choix entre plusieurs écoles et d’une transparence sur la qualité de l’éducation proposée.

Il est donc défendable de continuer à financer l’éducation scolaire à l’ensemble des enfants, mais pas directement les écoles. Une des solutions proposées dès les années 1960 aux États-Unis est celle du chèque-éducation, défendue notamment par Milton Friedman. Cette idée repose sur le fait que ce que l’on nomme éducation « gratuite » ne l’est pas.

Le système éducatif actuel est financé avec les impôts perçus auprès des individus. Actuellement, les parents qui décident de placer leur enfant dans une école privée paient en réalité deux fois, une fois pour l’école publique avec leurs impôts, une seconde fois pour l’école privée avec leurs économies.

Cela fait que l’accès aux écoles privées n’est réservé qu’aux plus riches et reste une niche incapable de réellement concurrencer l’offre monopolistique de l’État. Le chèque-éducation propose de distribuer le produit de l’impôt non plus directement aux écoles, mais plutôt à chaque famille dont l’enfant est scolarisé.

La famille pourrait ensuite choisir dans quelle école elle souhaite inscrire sa progéniture. L’éducation scolaire ne coûterait ainsi pas plus cher qu’à ce jour, mais chaque famille disposerait d’une véritable possibilité de choisir l’école de son enfant. Ce qui forcerait les établissements à être transparents et innovants.

Dès lors que l’on admet qu’il revient aux parents et non aux bureaucrates de choisir l’école de ses enfants, c’est à eux de déterminer quelles écoles doivent obtenir davantage de financements et quelles autres doivent en obtenir moins. Les pouvoirs publics pourraient exiger une scolarité minimale que l’on financerait en attribuant aux parents des bons remboursables pour une somme maximale spécifiée par enfant et par an, à condition d’être dépensés pour des services d’enseignement agréés.

Les parents seraient alors libres de consacrer cette somme, et toute somme supplémentaire fournie par eux-mêmes, à l’achat des services éducatifs dispensés par une institution agréée de leur propre choix. La critique selon laquelle dans un tel système les bons enseignants choisiront uniquement un établissement avec des bons élèves dans les beaux quartiers doit être réfutée.

Les enseignants choisiront un établissement parce que cela a du sens pour eux. Certains vont vouloir s’occuper d’enfants issus de milieux socioculturels défavorisés. D’autres vont préférer enseigner à la campagne, ou encore être au cœur des banlieues car ils sentent que c’est là qu’ils peuvent être utiles, notamment pour faciliter l’intégration des populations d’origine étrangère. 

Conclusion

Dans la réalité, c’est bien la demande qui détermine ce qui est offert. L’éducation du futur doit être une éducation dirigée depuis le bas, par la demande individualisée et diversifiée. Cette demande n’est possible que si le choix et donc la concurrence entre les écoles existent.

Afin que cette concurrence existe il faut que les écoles soient libres. L’État devrait renoncer à son monopole légal sur l’éducation scolaire et admettre la création de nouvelles écoles en assurant à chaque famille son financement en lui attribuant un chèque-éducation.

Financer l’éducation scolaire et plus les écoles, voilà un véritable changement de fond, pour le meilleur.

 

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