Le coût élevé de la gratuité scolaire

Professeur d'université (Crédits : Université de Montréal, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Un état canadien veut introduire la « gratuité scolaire » au collège et à l’université ! Mais est-ce aussi simple que cela ?

Par Jasmin Guénette.

Free Lunch gratuité (crédits sea turtle, licence Creative Commons)
Free Lunch gratuité (crédits sea turtle, licence Creative Commons)

Le gouvernement ontarien vient d’introduire la « gratuité scolaire » au collège et à l’université ! C’est en tout cas la première impression que l’on peut avoir en lisant les titres de certains médias qui ont relayé la nouvelle.

En réalité, dans son dernier budget, le gouvernement ontarien a introduit la « gratuité » pour certains étudiants, soit ceux des familles qui déclarent des revenus de 50 000 $ ou moins.

Il s’agit surtout d’un changement administratif, où l’on remplace plusieurs programmes de prêts et bourses par un seul, la Subvention ontarienne d’études. Si la mesure a le mérite de simplifier les choses, il n’y a toutefois aucun ajout d’argent additionnel pour les étudiants. Et si on veut faire le parallèle, on est très loin du montant de quelque 3 milliards $ exigé par la Fédération canadienne des étudiants afin d’instaurer une gratuité scolaire complète aux niveaux collégial et universitaire.

Les partisans de la « gratuité scolaire » vont sans doute s’inspirer de la réforme ontarienne pour relancer le débat sur la question. Il s’agit pourtant d’une bien mauvaise idée.

D’abord, cette mesure est profondément inéquitable. Un peu plus de 70 % des Québécois ne possèdent aucun diplôme universitaire. Or, le fait d’avoir un diplôme universitaire augmente à la fois le salaire et la stabilité de l’emploi, avec des revenus estimés supérieurs de 53 % pour les hommes et 70 % pour les femmes titulaires d’un baccalauréat. La gratuité distribue donc les coûts de l’enseignement supérieur à une population moins riche, alors que les bienfaits sont concentrés chez ceux qui ont reçu cette éducation.

Aussi, les partisans de la gratuité tiennent pour acquis que la qualité de l’éducation reste la même, peu importe les frais de scolarité. Mais c’est faux. L’expérience française, notamment, suggère que la gratuité scolaire a un effet néfaste sur la qualité de l’enseignement.

L’an dernier, j’ai eu la chance d’aller en France pour tourner un court documentaire expliquant comment la France a réussi à mettre en place un réseau d’établissements de grande qualité appelés « Grandes écoles » en misant sur la liberté de choix et la concurrence, et comment ce système peut servir d’inspiration pour le Québec. Je vous invite fortement à visionner ce court documentaire, où l’on aborde aussi la question de la gratuité scolaire et de ses effets en France.

En France, où les frais d’inscription universitaire sont quasi nuls, 52 % des étudiants échouaient leur première année à l’université française en 2007, selon le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Avec pour résultats, chez les élèves, une démotivation, une peur de l’avenir, du retard, le chômage, etc.

Comme je l’avais expliqué dans un texte précédent, la gratuité universitaire abaisse le coût de l’erreur d’orientation ainsi que le coût lié au fait que l’élève renonce alors à une année de salaire qu’il aurait obtenu s’il s’était directement dirigé vers le marché du travail. De jeunes adultes qui auraient autrement été employés, ou qui se seraient davantage impliqués dans leur orientation, se retrouvent ainsi dans des formations qui ne leur conviennent pas ou ne les intéressent pas vraiment.

Comme me le soulignait mon collègue Mathieu Bédard, qui a enseigné à l’université publique française, la non-sélection vient accentuer ce phénomène. Des étudiants avec des formations pré-universitaires de métier peuvent se retrouver dans des cursus qui demandent des compétences très élevées en mathématique, comme la licence en science économique.

Les classes de première année dans les universités publiques gratuites en France sont constituées de groupes difficiles, principalement à cause d’un nombre important d’étudiants qui n’y sont pas à leur place, ni même intéressés par leurs études. Ils sont là « pour la bourse », ou pour y patienter jusqu’à l’atteinte de l’âge minimal requis pour postuler à certains emplois. La qualité des cours dans ces classes s’en ressent.

Bref, la « gratuité », ça finit par coûter cher…

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